EÉFORME DU THÉÂTRE ET DE LÀ BIUSIQUE
pas satisfaits^ et l^on demanda une correction nouvelle^ dont s'occupa Léonard Salviati. Les railleries et les déclamations des humanistes n^épargnèrent pas ce travail^ qu^ils comparaient aux culottes dont Paul IV avait voilé les nus du Jugement de Micbel- Ange.
Le concile de Trente avait ordonné de ne placer dans les églises que des images approuvées par Tévéque; il voulait, pai* cette censure^ qu^il n'y eût rien de faux , de profane, dMndécent, de contraire à la vérité des Écritures et des traditions, ou qui rappelât de vulgaires superstitions. Les images devaient convenir à la sainteté et à la dignité du prototype^ de manière que leur vue excitât la piété, non des pensées honteuses. Saint Charles répétait ces prescriptions^ en abolissant même la pieuse coutume^ dont on avait abusé, de représenter la passion du Christ ou des actes de saints; il ne voulait pas que les visages des derniers fussent des portraits de personnes vivantes.
Mais les représentations théâtrales sont-elles compatibles avec la religion? beaucoup étaient pour la négative^ et les œuvres d'alors, surtout les comédies à sujet, leur donnaient grandement raison. Une troupe d'acteurs jouait à Milan des pièces indécentes; Charles Borromée les frappa d'une décrétale, approuvée par le gouvernement, jqui les bannit ; mais ils recoururent au saint , en lui disant que cette mesure les réduisait à la dernière misère ; accueillis avec charité , ils obtinrent la permission de continuer le spectacle, à la condition de soumettre le canevas de leurs pièces à des personnes qu'il désigna. De semblables précautions furent prises ailleurs.
Nous avons vu que saint Philippe Néri avait introduit les oratorios, qui d'abord étaient des laudes chantées dans les églises Sur la musique de Jean Animuccia, maître à Saint-Pierre; par la suite, ils grandirent jusqu'à former de complètes représentations de faits moraux et sacrés. La musique alors n'était qu'iîh travail de difficultés vaincues, de fugues continuelles et de combinaisons disparates; n'attribuant à la voix humaine d'autre valeur que celle d'un instrument quelconque , elle voyait un mérite capital dans les imitations de sons, les prolations, les rapports sesquialtères, les nœuds, les énigmes ; dans ces conditions, pouvait-elle convenir à la sainteté des rites qui doivent élever l'âme vers le Créateur ? Dans des compositions de quatre, de cinq, de six, de sept et même de huit parties, les paroles s'embrouillaient et n^offraient plus de sens; les compositeurs se permet-
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^iant 4 -interc^l^r des mots italiens et parfois obscènes ; 1^ orgunistes cherchaient à produire de Teffet par des airsi connus, et (jes messes entières furent composées sur des motifs profanes. ).éon X avait appelé de Florence Alexandre M^llini^ pour b<lbituer les gens de sa chapelle à conserver la tonique dans le chant des psaumes , et la mesure syllabique dans les hymnes. Les féfppmatpqrs catholiques et protestants jetèrent lea hauts cris, et le concile de Trente s'en montra scandalisé. Paul IV fit examiner la question de savoir si l'on devait tolérer )a musiqne dans les églises ; la commission nommée ^ cet effet établit qu'on ne chanterait ni messes ni motets dans lesquels se trouverait ce mé|{|pge 0e paroles, ou qui seraient composés sur d^s airs profanes^ et qu'on n'admettrait que les textes adoptés par TÉglise; mais les maîtres assuraient qu'il serait impossible^ dans un chant ^u|*é^ de faire entendre clairement et constamment les paroles, à cause des fugues et des imitations^ caractère dp la musique sapfée.
1529-94 — Et pourquoi ne le pourraii-on pas? dit Piprre-Louis Palestpina. Élève des Flamands^ les maîtres les plus habiles d'alors, et renvoyé de la chapelle papale parce qu'il s'était marié , il vivait inconnu dans la solitude et le malheur , se perfectionnant daps son art^ au point de s'élever à des compositions libres et originales. Connu et nommé maître de chapelle à Saint-Jean-de- Latran , il mit en musique les Lamentations de Jérémie, le Magnificat, [es Reproches ^ sans sacrifier la parole à l'harmonie. Invité k composer une messe destinée à servir d'épreuve , il se mit à l'œuvre comme un individu qui veut sauver son art de la mort; 01} trouve sur son manuscrit : Seigneur, éclfiirez-moi. Après deux tentatives peu heureuses, il composa la fameuse missQpapalis à six voix^ avec une mélodie simple, en respectant l'expression rituelle, qu'il sut adapter à la diverse signification des cantiques et des prières ; aussi la comparait-il aux chants célestes que saint Pierre entendit dans ses extases.
Cette expérience suffit pour que cet art, comme les autres^ fût assuré de son triomphe ; ainsi, lorsque la réforme ne savait qu'abolir et détruire, TÉglise, même en cela, ravivait et sanctifiait (i). Lorsque Palestrina a pris un motif, il le développe avec tout l'ar-
(1) Joseph BaINI, Mémoires historico-criùques de la vie et des œuvres de Pierre-Louis Palestrina; Rome, 1828. — WiNTERFELD, Jean Gabrieli et ses contemporains y ou Histoire du meilleur chant sacré dans le seizième siècle, spé' cialement dans l'école de musique de Venise; Berlin, 1834.
|)qire-poiutc /u^a/a, en écartapttout accompagp^pental ; il se fait aclmirer par la clartéi la précision^ yère ()e rii^rmonie^ la grâce, la vérité d'expressiop
délicat , par une noble simplicité dans la modulas Flamands, tout était rbythme et mathémiitiquç ; >sédant Tesprit ^t Tonction, il chantait au lieii ^'^lux formes matérielles, il donnait de la sérénité ^t de \e s'il voulait réaliser cette pensée de Sfiipt Bernard^ ]ue sit suavis ai non sil levii; sic mukent auras Mt a, trisiitiam levet^ iram miiigei, sensut^ liiera^ 9»(^ fecundet(\). Il n'atteignit pas la perfection 4^ IVt»
le comparer au Pérugin ; Mutefqis, i:ûen qu'il fût lélodie, il possédait à un si haut degré le pur sentiarmonie et de la tonalité, que nul autre artiste ne aire chanter, avec une élégance et un bonheur pae , six, et jusqu'à huit parties distinctes. Ses madriicore le modèle inimitable des contre-pointistes; mais ssiste, un vendredi-saint, aux cérémonies de la cha- , doit se convaincre qu'il est impossible d'exprimer î vérité le sens intime des Écritures et leur signifîcaique. Haendel et quelques autres ont reproduit la on style ; mais personne n'a égalé la puissance, Taci et simple^ la mystique tendressp, l'enchajiterpssp îs harmonies, pour révéler (es doulepirs de la mèrp I les angoissas de l'Incarné^ pour noiiç transporter nde invisible et nous f^i^e entendre Ips symphopips es entourent le pavillon de PÉternpl.
commencement du siècle, tout ét^it devenu p^ïeu îurs, les arts, les gouvernements et l'Eglise; mai§, fi ne faisait presque rien que sop* l'impulsion (i'jp- 3UX : c'était au nom du christianisme que tous écribattaient, tuaient, dirigeaient l'éducation et l'exisjissantes influences ecclésiastiques entrent dans Ijss rois pour en diriger la conduite et les actes ; les papes, le la moitié du monde, réparent leurs pertes par l'ac- 5 deux Indes, et refrènent les rois et les penseurs ignée de clercs, redoutés partout où se manjfeste contre l'autorité de Pierre,
rme ne put déraciner le vice et ne changea point la !S universités et des corps religieux auxquels était
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confié le haut enseignement ; si même les ordres nouveaux perdirent de leur zèle ou se corrompirent^ la charité avait un baume pour chaque plaie , et empêchait que la corruption n'atteignit la dernière limite. Des âmes fatiguées des orages et du monde cherchaient un refuge dans les mains de Dieu; les sœurs de la charité^ se jetant au milieu des misères^ et les carmélites s'emevelissant vivantes^ paraissaient envahies par une passioD chrétienne ; le clergé se répandait partout^ cherchant Tignorance pour rinstruire, le vice pour le corriger, la vertu pour la soutenir, ^indigent pour le nourrir, sans reculer devant le martyre do mépris et de la calomnie. L'esprit ravivé du christianisme combattait reffervescence de la chair et la volupté sensuelle.