VENISE INTERDITE. PAUL SARPI
Toute TEurope se mêla de cette lulte^ parce que des causes et id ][)ersonnes s'y trouvaient partout intéressées. La cour à'E»^ igne repoussa l'ambassadeur vénitien comme excommunié; is thèses et des consultations furent écrites pour et contre par B meilleurs juristes, et surtout par le célèbre Menocchio, pré« tent du sénat de Milan. La plupart soutenaient que les gou*^ ^irûemënts avaient le droit d'examiner les motifs des excomlunications et des ordres pontificaux. L'opinion des libertin» st révélée par Grégoire Leti qui, dans la Vie de Sixte^Quint , èrit : c Les moines vénitiens ont tant à cœur la réputation de ( leur république, qu1ls renonceraient dans son intérêt , pour I Ainsi parler, non-seulement au pape et à la religion, mais à I Dieu ; je trouve que tous les autres religieux doivent en faire I antant pour le service de leur prince, bien qu^on voie baau« r coilp d^exemples contraires et scandaleux, d Le gouvernement vénitien déploya une grande rigueur, qui li valut des félicitations de la part des protestants, lesquels mçurént Fespoir d'y trouver une occasion d'introduire la r^ ^e dans toute l'Italie. Paul Sarpi , frère servite de San Vito 1552.162s il Tagliamento, leur inspirait plus de confiance que les autres. 6 religieux fut un des plus grands génies de son époque, et ^{>t cents de ses pensées manuscrites témoignent qu'il était ersé dans la géométrie, l'algèbre, la mécanique, la physique, astronomie, Taréométrie et rarchictecture. Dans VArt de bien 'cnser, il s'aperçut que les sens ne trompent pas, puisqu'ils Pansmettent à l'intelligence ce qui se présente à eux , et que les viornes ne servent à rien pour les découvertes. Théologien de ^'république vénitienne, il fut conduit à examiner son droit lins sa lutte contre Rome, afin de diminuer, par des raisons et f témoignage des autorités, l'ingérence du pape dans les af- Aires civiles; bien qu*ii écrivit par ordre et « selon l'intérêt ^k (1), » il se passionna tellement pour sa cause qu'il devint Wo\x{ célèbre par son aversion pourle saint-siége. Dans la Cou* '^^tionde VespHl, dans la Tranquillité de conscience, procurée <^ la bonne manière de vivre de la cité de Venise ^ dans I9 ^enda Interdit de Paul F, il posa les questions suivantes : ^^Qile pontife et l'Église, y a-t-il autorité pour excommunier?
(1) GriseUini , dans la vie ou plutôt l'apologie de frère Paul, dit que , «lort- ^ ^ fut coDsulteur, il n'entreprit jamais aucun ouvrage sans le motif de Tintérdt 'blic, c'est-à-dire pour défeodre le droit souverain de la principauté ou poitf SUmer ses ordres, » p. Î8.
5i2 SES OPINIONS.
^"^ Quelles sont les personnes sujettes à rexconununication, et quels motifs la font appliquer? è"" Peut^n en appeler delV communication? 4'' Du pontife ou du concile, lequel est spjpé' rieur ? 5'' Le prince légilime , pour cause d^excommunicaiiofi, peut-il être privé de ses États? G^' Parce qu^on empêche la liberté ecclésiastique^ encourt-on justement Texcommunicatioat V Quelle est cette liberté , et s'étend-elle seulement à l'Église^ ou bien encore aux personnes de celle-ci? S*" La possession i» choses temporelles concernant TËglise est-elle de droit divin! 90 Une république^ comme un prince libre, peut^Ue être privée de i'Ktat pour cause d'excommunication? iO"" Le prince séculier a-til le droit de percevoir les dîmes et de prendre^ à Tégard déf biens et des personnes ecclésiastiques^ toutes les mesures (pu sont utiles à la république ? 11^ A-t-il par lui-même autorité pour juger les ecclésiastiques? 12^ Jusqu'où s'étend l'infailIibilHé dn pontife?
A ces questions» \\ répondait que le pouvoir du saint père se limite à l'utilité publique de i'Kglise; que le chrétien ne doitpa& au pontife une obéissance absolue, et qu'il faut d'abord examinersi le commandement est convenable, légitime^ obligatoire; quMl pèche s'il obéit aveuglément. Lorsque le pontife fulorine l'interdit ou l'excommunication pour des commande^nents in- ' justes et nuls, on ne doit pas en tenir compte, parce que c^est un abus d'autorité. Toute excommunication prononcée contre la multitude est injuste et sacrilège; elle n^a de valeur qu'autant qu'elle s'appuie sur un péché antérieurement menacé d'anath^ime. Le concile de Trcnt(î, feu de saint filme appani au milieu des plus grands orages de l'Église, enjoint de Finiligeravec une extrême circonspection; mais il se trompe quand il veai qu'on livre à l'inquisition, comme suspect d'fiérésie, quiconque résiste pendant un an aux efforts de l'excommunication, et lorsqu'il défend au magistrat séculier d'empêcher de la publier: les immunilés ecclésiasticiues ne sont pas de droit divin. L'ÉgFise grecque , toujours i)auvre , a mains souffert de scandales que l'Église latine. 11 est convenu entre le peuple et les ministres de rKglise que ceux-ci fourniront la parole et les sacrements, et celui-là le pain corporel. Les pai)es, loin de posséder l'aulorife temporelle, n'ont pas niAinc; eu toujours la suprématie spirituelle qu'ils ont usurpée cm favorisant les princes usurpateurs. Tandis que les choses huniaines se fortifient av(;c le temps, dans la nK^ narcliie ecclésiastique on voit croître l'autorité, mais non I^res'
SHS OPINIONS. 513
Dect et la sainteté. Les princes temporels ne dépendent que idfe
lîSeû'^'Iè'iChrSt'ne pouvait transmettre à son Vicaire la pilisâàifi'ce
^riijpi)i*ellfe^' qùMl n'exerça point lui-même. Le pape ii^aaticu&
)6èyoîr sur les princes, ne peut les pnnir temporellement/liî
uâihiàtèr letits lois, ni les dépouïller 'de letJrs doniaincs. Quant
lùx ébcléisiàaftîques, il n'est rien chez eux qui soit exempt de
'autorité béculîôre, et le prince l'exerce sur leurs pêrtonhèi iel
éùrs'bt^à comme sur les autres sujets.
"'bu. reste, combattre Rome n'était pas une préruve d^héroîsrtie
latis àne république toujours opposée aux prétentions papales.
i^'ète Paul, tandis qu'il bravait le pontife, s'humiliait devônfc
Philippe H, auquel îl prédisaî tqu'il réduirait en servitude FEu-
tojie ei l'Afrique, et ferait de Paris un village. Très-humble dé-
^nt les nobles de son pays, il usurpait les honneurs du courage
el^ flnttaût leurs passions et les opinions intéressées. Gertaitves
c6tistitutions qu'il avait imaginées pour son ordre, et dans les^
<]ueUcs il n'hésitait pas à recourir à la torture, nous font connfkt'-
trë ses sentiments libéraux, manifestés encore par les mesures
fj/i^nnïquès qu'il suggérait à Venise. Il trouvait mautais que la
Qlià^Hntie juge&t d'après des consultations, qu'il ne tolérait tout
au plys <itie dans les causes civiles; il aurait voulu que leconsefl
dbktiix,' qui excluait les.débats, connût de toutes les affaires cri*-
niinellés {i). II recommande de tenir dans l'abaissement les nobles
paùvies; car, dit-il, de môme que la vipère est impuissante
I^âânt le froid, les nobles ne sont pas dangereux quand ils se
trtuvoht dans une humble condition. Il conseille d'opprimer les
éaionies dû Levant, de limer aux Grecs, comme à des bêtes sau»
vi^és,' leis. dents et les griffes, de les humilier souvent, de leuf
eçSever toute occaision de s'aguerrir, de leur donner des fers et
dès coups de bâton, en réservant Phumanîté pour d'autres occa»
sSoi^s. pans les provinces d'Italie, il faut s'efforcer de dépouiller
lejidtés.de leurs privilèges, faire en sorte que les habitants s'ap^
pauVrissent, et que leurs biens soient achetés par des Vénitiens;
perdre ceux qui se montrent hardis dans les conseils municî-
ÇjjUx si^ôh ne peut les gagner à aucun prix, et, s^îl y a descheft
& parti, tè^ tuer sous quelque prétexte, en évitant la justice or-'
^ire; a cet effet, il regarde le poison comme moins odieux et
pljis profitable que le bourreau (2). »
^(^yùpînhru di frà Paoio came délia gopernsrsi la republica.per avère il- P'^Wunidomiftio, etc.
^li ^l^ilifj^ Il ayant, (ait égorger par son .fameux secrétaire Perez Tautre se-