‹ Histoire des Italiens, trChapitre 176 sur 176 · PROTESTANTS DANS LES BÀILUÀGES ITALIENS · texte numérisé non relu

PROTESTANTS DANS LES BÀILUÀGES ITALIENS

Dirent ensuite des personnages qui ont rendu de grands services à la science et à l'humanité. Us eurent dans cette ville une église italienne, administrée d'abord par Beccaria, ensuite par Ochino» et rendue célèbre par Pierre Martyr et Leiio Socino; toutefois Bullinger et les autres apôtres de T^lglise la voyaient de mauvais œil. Un grand nombre d'Italiens habitaient également Genève, où tous les jeudis ils prêchaient dans leur langue (1).

Il faut croire, néanmoins, que la cure de Locamo contenait encore des hérétiques, puisque le pape, en 1580, jugea nécessaire de la soumettre aux inspections particulières de Tévéque de Novara Speziano.

Dès cette époque, un nonce pontifical siégea toujours dans la Suisse, où l'on fonda des écoles de capucins à Âltorf pour les classes inférieures, et de jésuites à Luceme pour les riches familles. Sous le prétexte de religion, mais dans un but politique, le roi d'Espagne, comme duc de Milan, forma une ligue d'or ou borromée avec les cantons catholiques pour la conservation de l^glise et la tranquillité des pays respectifs. Les cantons permettaient à ce roi de conduire ses armées en Lombardie à tra- • vers leur territoire et d'y lever des troupes, tandis qu'il s'engageait à les soutenir de toutes ses forces.

La lutte fut plus sérieuse parmi les Grisons. Ces descendants des anciens Rhètes indomptés, mêlés avec un grand nombre de Romains qui s'y réfugièrent à la chute de Tempire, en y laissant des dialectes semblables au latin, comme le roman et le ladin, habitaient des vallées parallèles et confinantes à la Valteline italienne. On pénètre dans cette vallée par le mont Fraele, par le Muretto, par la montagne Julie et la Spluga. On appelle Valteline la vallée traversée par TAdda, dont la source est au mont Branlio, voisin de FOrtlerspitz, et qui, après uxx cours de quatre-vingts milles du levant au couchant, va se jetçr dans le lac de Côme. Elle a pour chef-lieu Sandrio, et pour citadelles secondaires Morbegno et Tirano. A Texlrémité occidentale, le territoire de Bornléo formait un comtat distinct; l'autre comtat de Chiavenna, ancien passage du commerce avec TAUemagne, dévie, près du lac de Côme, vers la Spluga et le val

Pregalia.

Sa position rend la Valteline très-importante ; en effet, tandis qu'un de ses flancs s'appuie aux vallées vénitiennes du Berga-

(1) LbxI| Iialia regn<mU,X. I, 37.

H18T. DES ITAL.— T. VllI. 35

546 PROTIBT^KTS DANS LA VALTELINE.

masque et du Brescian, une de ses extrémités touche au Tyrol; et l'autre à la Lombardie^ double possession de la maison d'Autriche. Maîtresse de la Valteline, cette puissance aurait pu envoyer librement ses armées d'Allemagne en Italie pour la dominer et la bouleverser; d'un autre cdté, elle se serait trouvée en mesure d'empêcher les Vénitiens d'en tirer des mercenaires, dont la Suisse était la pépinière. La politique avait donc les regards fixée sur ce petit territoire, clef ou chaîne de l'Italie. Les Grisons l'enlevèrent au duché de Milan en 1512^ et, tnen qu'à la paix de Jante, ils l'eussent reçue comme alliée^ ils la soumirent bientôt à la servitude la plus dure^ comme est celle qu'imposent des républiques. Elle était gouvernée par dea personnes ignorantes^ qui n'avaient d'autre mérite que d'avohr adieté leur charge aux enchères, et d'autre ambition que de s'enrichir en vendant la justice.

Jean Gomander^ archiprétre de Coire , Henri l^eiter^ i^ Biaise et Philippe Saluzio avaient répandu les doctrines de Calvin parmi les Grisons, qui cherchaient à les introduire dans la Valteline et les deux comtats ; ils en fermaient l'entrée k Bofromée comme visiteur pontifical, soutenaient les réformes au préjudice des catholiques^ auxquels ils enlevaient des églises, it commettaient les abus qu'on voit d'(»rdinaire dans les pays où les intérêts des sujets sont opposés à ceux des gouvemaots. De là des haines^ des conflits et des violences repoussées par itf violences.

Parmi les Grisons eux-mêmes, les dissidences religieuses avaient pris un caractère politique. Deux factions s'étaient formées : une dite évangélique, et l'autre catholique ; la première, dirigée par les Salis, favorisait la France, et l'autre, dévouée à l'Espagne, avait pour chefs les Planta. Ces divisions empirèrent la condition du pays, déjà mal gouverné par l'aristocratie, infecté par la corruption étrangère et opprimant les sujets. Les 1020 réformés, ennemi^ du parti autrichien, exaltés par les prédicanti, détruisent les châteaux des Planta, emprisonnent leurs adversaires, puis établissent à Tusis le slra/gerichty cour inartialequi s'attribuait un pouvoir dictatorial toutes les fois que le statut national était menacé.

Alors commencent des procès violents , des supplices et des proscriptions. Nicolas Husca, saint archiprétre de Sondrio, meurt sur le gibet; plusieurs chefs catholiques sont tués, dai^' très s'enfuient, et le bruit se répand qu^on a formé le coopl^^

SAirCT MASSACILE. 547

'l'égoi^er tous les catholiques de la Rhétie et de la Valteliue^ pour rassurer le triomphe exclusif de la réforme. Chez les catholi- i^janr ques, la piété fait place à la liaine, Tépouvante à la fureur ; après s'être concertés^ ils égorgent tous les protestants qui se trouvent dans la vallée^ laquelle se déclare indépendante, et organise un gouvernement distinct sous Jacques Robustclli, Tâme de ces mouvements. Les Grisons accourent pour venger les victimes , et des luttes s'engagèrent avec des avantages balancés. Les catholiques appelèrent à leur secours TAutriche, qui envahit nonseulement la Valteline^ objet constant de son ambition^ mais encore la Rhétie. Toutefois la jalousie de la F'ranre élevait des >bstacle8, le pape inter\'enait, et plusieurs années s'écoulèrent Ml milieu de combats, de négociations et des misères de la vallée •'isputée, dont le courage ne pouvait suffire à la défendre contre ces puissants compétiteurs. Enfin ^ à Milan^ et sans même prouter la Valteline, les puissances inler\enantes tirent un traité lar T^Hr lequel cette vallée était rendue aux Grisons^ à la condition ou'itn'y resterait ni protestants ni inquisition.

Noos reviendrons sur ces faits; mais nous avons voulu les •nentionner^ bien qu'ils sortent des limites de ce livre^ afin de leunir dans le même cadre tout ce qui a Irait à la grande critique religieuse née dans le seizième siècle. Après avoir com- .aeocé de la manière la plus glorieuse^ par la découverte et la .apide conversion d'un nouveau monde, par ie plus grand éclat les lettres et des arts, ce siècle vit ensuite s'introduire la ques- !ûu religieuse^ suine de la confusion des esprits, de l'anarchie lans les actes, de la tyrannie dissimulée sous le prétexte de la éprimer, du fanatisme persécuteur; aussi^ loin de pouvoir réu- "lir la liberté civile à Tindépendance religieuse, il fallut combattre au dedans et au dehors la barbarie, qui semblait ressusnter. Ces luttes rendirent possible en Italie un siècle de honteuse misère^ au point que tout individu qui ne croyait pas fermement que la Providence, par la voie du mal, dirige sans cesse Phumanité vers des idées plus vraies , des mœurs plus humaines, une liberté mieux entendue, put s'imaginer que la civilisation avait péri.

n>' bC UI'1TILM£ VûLCttK.

Page 1