PROTESTANTS DANS LES BAILUAGES ITALIENS
son, en emmenait un autre, et le tuait de la même manière.
Tel est le récit d'un témoin oculaire^ qui en fait périr ainsi jusqu'à 800. — Les vieillards, dit-il, meurent joyeusement, et les jeunes avec une certaine peur. On a donné Tordre, et les charrettes sont là, de couper les cadavres par morceaux et de les exposer le long de la route jusqu'aux confins de la Galabre, si le pape ou le vice-roi ne défend pas au marquis (de Buccianico) de le faire. Ace moment même, on applique les autres à la corde. On a ordonné de faire venir aujourd'hui cent femmes des plus âgées, de les soumettre à la torture, et puis de les envoyer au supplice pour faire la mixture parfaite. Il y a sept Vaudois qui refusent de voir le crucifix et de se confesser; on les brûlera vifs. Dans onze jours, 2,000 victimes sont tombées, et il reste encore dans les prisons 1,600 personnes condamnées ; on en a massacré plus de 100 dans la campagne, trouvé environ 40 avec les armes, et tous les autres, par groupes de 4 et de 5, sont réduits au désespoir. Les flammes ont dévoré les villages, et l'on a ravagé beaucoup de a possessions (1). » Louis Pascal, leur chef, fut brûlé à Rome, et d'autres allèrent ramer sur les galères espagnoles.
Nous avons déjà dit comment une partie de l'Italie, appartenant jadis au duché de Milan, était tombée, dans les vicissitudes du siècle précédent, au pouvoir des Suisses et des Grisons, leurs confédérés. Les trois cantons primitifs de l'Helvétie, Uri, Schwitz , Unterwald , avaient occupé les bailliages de Bellinzone, de Bienio et de Rivière, qui s'étendaient du lac Majeur jusqu'au sommet du Saint-Gothard. Tous les cantons ensemble possédèrent les bailliages de Lugano, de Locarno, de Mendrisio, de Valmaggia, autour des lacs de Ceresio et de Verbano. La réforme jeta la division parmi les cantons : Uri , Schw^itz , Unterwald, Lucerne, Zug, Soleure et Fribourg restèrent fidèles à l'Église, et les autres Tabandonnèrent. Les bailliages cisalpins étaient administrés par des individus qu'envoyaient les cantons dominants; or, ces baillis, qui avaient acheté leur chargea prix d'argent, vendaient la justice pour rentrer dans leurs déboursés; puis, selon que ces cantons et les baillis étaient catholiques
(1) Je tire ces paroles de lettres qu'on trouve dans les archives des Médicis [Correspondance de Naples) ; si elles sont authentiques, elles sont certainement exagérées, comme tout ce qu'on écrit dans un temps de partis et sous l'impression du moment. On les attribue à quelqu'un qui accompagna Ascagne Caracciolo dans cette expédition ; elles portent cette date : juin 1562, Montaito.
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OU proU^stants^ les apostats trouvaient faveur ou persécution. Les Orelli et les Muralti> familles principales de Locarno, introduisirent dans leur patrie les doctrines nouvelles. Un certain Baldassare Fontana, carme du pays, écrivait aux Églises suisses fidèles à JéauS'Christ, pour les inviter à songer au Lazare de l'Évangile^ qui voulait se nourrir des miettes tombées de la table du Seigneur. Soyez touchées de mes larmes et de mes prières, et envoyez-moi a les œuvres du divin Zwingle, de Tillustre Luther^ de Tingénieux Mélancbtbon^ du soigné GEcolampade^et faites en sorte que notre Lombardie , esclave de Babylone^ acquière cette liberté qui est accordée par l'Évangile, d
Bon nombre d'Italiens^ attirés par le voisinage^ le climat, la langue et les mœurs encore italiennes, s'étaient réfugiés dans ces bailliages, Un certain Beccaria, Milanais^ |ami d'Ocbino et de Caruesecchi, y avait surtout répandu les enseignements de céB hérétiques^ en prêchant avec d'autres moines apostats^ de telle sorte qu'un bailli catholique le fit incarcérer. Ses partisans le délivrèrent par force ^ et son audace redoubla; néanmoins, il jugea prudent de se retirer dans la vallée Mesolcina, où il se maria et fit Téducation des enfants de tous les Italiens qui voulaient élever leur famille dans les idées de la réforme.
Ce voisinage troublait le sommeil du pape et du roi d'Espagne^ comme duc de Milan. Charles Borromée^ qui avait déjà fondé le collège helvétique à Milan^ afin de préparer des pasteurs pour ces pays^ pénétra clans la Suisse en qualité de légat pontifical , et punit de mort des sorciers et des hérétiques. Sur ses instances^ les cantous catholiques mirent obstacle à la propagande qui répandait l'hérésie dans les États italiens. Malgré l'opposition des cantons réformés, ils publièrent de sévères prohibitions, et finirent par décréter que tous ceux qui ne voulaient 1555 pas aller à la messe devaient abandonner la patrie avec les biens et la famille. En conséquence^ un grand nombre de personnes, avec leurs femmes et leurs enfants, traversèrent le Saint-Bernard, s'arrèt(Teiit quehjue temps dans la Mesolcina, puis gagnèrent les cantons réformés, et surtout Zurich. Parmi ces exilés se trouvaient Taddée Duni de Locarno, qui se distingua coninie médecin, jouit de Taniitié du fameux naturaliste Gessner, publia divers ouvrages, et traduisit en latin quehjues-uns des livres d'Ochino et de Stancari. L(»s Italiens firent prospérer, à Zurich, l'art de la soie, laissèient à une rue le nom de Lombards, et les familles des Duni, des Orelli, des Muralti, des Pestalozzî, four-
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