VENISE
tête de Farmée autrichienne, chargé d'enlever la Transylvanie au fameux Etienne Bathori, il fut nommé gouverneur de cette province, qu'il soumit au régime militaire. Il écrivit le Mestre de camp général et le Gouvernement de la cavalerie légère.
L'art des sièges dul changer de fond en comble après Tinvention d'armes de très-longue portée, et dont la force était si terrible. On ne songea plus aux hauteurs, à moins qu'elles ne fussent pas dominées par d'autres ; puis on avait toujours à craindre que les mines ne fissent sauter les forteresses les plus solides. En enfonçant les murailles dans le fossé, on parvint à raser avec Tartillerie le talus qui s'abaisse progressivement vers la campagne; par celte inclinaison le glacis couvre la courtine, et, si l'ennemi veut la battre, il est contraint de pratiquer des tranchées dans ce glacis et la contre-escarpe, et d'établir, au milieu d'un grave danger, ses batteries de brèche sur le bord du fossé. Ces améliorations furent introduites successivement , et beaucoup sont dues aux Italiens, comme étant à peu près les seuls qui, dans le premier siècle de Tartillerie, servissent dans toute l'Europe en qualité d'ingénieurs militaires.
A l'intérieur, les princes s'appliquèrent à se munir de petites fortifications, à détruire les bandes d'aventuriers et leurs capitaines. Les ducs de Toscane et d'Urbin s'entendirent même à cet effet avec le pape, et publièrent des bans très-sévères, qui défendaient de porter des armes ou de se mettre à la solde des étrangers. Dans le même but, les princes visaient à détruire les grandes familles, pépinière de guerriers : les ducs de Parme expulsèrent les Torelli de Monlechiarugolo ; Grégoire XIII s'emparait, au profit de l'Église , d'un grand nombre de domaines et de châteaux de ses vassaux , comme Gastelnuovo des Iseri de Gésène, Corcona des Sassatelli d'Imola, Lonzano et Savignano des Rangoni, Bertinoro et Verrucchio des Pio, etc.
Au milieu de l'inimitié générale contre les républiques, la gloire ou la vie de l'Italie, le sentiment patriotique peut encore se consoler en se fixant siir Venise. Assaillie par toute l'Europe coalisée à Cambrai, elle trouve à 5 pour 100 les sommes extraordinaires dont elle a besoin, tandis que la France en obtient à peine à 40. Sortie de cette lutte avec honneur, après avoir sacrifié 70 millions, elle put encore, chose étonnante, alléger les impôts, fortifier Padoue, Trévise et d'autres places, secourir même François T^.
La liberté s'était concentrée dans un très-petit nombre, et le
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commerce prospérait encore, bien qu'il eût diminué. Du reste^ menacée par les Turcs et les Autrichiens^ Venise devait songer à sedéfendire plus qu'à s'agrandir; néanmoins elle offre encore de nobles caractères. Antoine Grimani^ capitaine général de la flotte en 1498^ vaincu à Lépante, fut condamné aux fers par la république; son fils Vincent ne souffrit pas qu'un autre que lui les lui mit, et ne Tabandonna jamais. Après l'expiration de sa peine^ dépouillé de toutes ses dignités, confiné, Antoine s'enfuit à Rome auprès d'un autre de ses fils qui était cardinal; dans cette ville, toujours dévoué à son ingrate patrie, il ne cessait de détourner Jules II de la fatale ligue^ et n'oubliait jamais d'informer Venise de tout ce qui se tramait contre elle. Enfin la république lui rendit la patrie et les honneurs^ et^ pour qu'il fût un exemple de la manière dont l'homme doit se venger de ses con« dtoyens, on l'élut doge à quatre-vingt-cinq ans. A son inauguration, il se mit à genoux, et, se couvrant du bonnet dogal^ il pria Dieu de le guider dans le difficile chemin de sa charge. Un jour, tandis qu'il montait sur le bucentaure avec solennité, il s'arrêta et dit : C'est là même que les fers me furent mis, et main-
tenant je suis doge. Lorsqu'il fut mort, son fils Vincent ne déposa jamais les habits de deuil (1).
Biaise-Julien^ qui commandait la batterie de Saint-Théodore à Candie , voyant qu'il ne pouvait la défendre , attend l'approche des Turcs, met le feu à une mine et meurt avec les assaillants. André Gritti, étant prisonnier chez les Turcs, avait réconcilié cette puissance avec la république. Prisonnier de Pempereur, il Famena également à faire alliance avec Venise. Plus tard il fut chargé de visiter les provinces, de réparer les forteresses, de rétablir l'obéissance, de recevoir de nouveau le serment. Autant qu'il était possible de le faire au milieu de la nouvelle direction que le commerce avait prise, il ramena vers sa patrie les sources dispersées de la prospérité; il remit en état les canaux destinés au transport ou à l'irrigation, et rouvrit l'université de Padoue.
Pierre Duodo, employé de bonne heure dans les afiTaires de sa patrie, fut envoyé comme ambassadeur à Charles-Emmanuel de Savoie, puis à SigismondlII de Pologne , qui le créa chevalier; à Henri IV, qui, par reconnaissance, lui permit d'écarteler ses armes <le l'écude France et de Navarre; à l'empereur Rodolphe, qui k créa comte du saint empire romain ; enfin , au roi d'Angle-
(1) Marin Sakuto, DiarJ.
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