VENISE
terre et au pape Paul V. Capitaine de Padoue^ ilrétabKt la tranquillité dans cette ville ^ autour de laquelle il fit planter des arbres, renouvela les courses de chevaux^ améliora les rues; puis il y fonda Tacadémie Délia ^ de soixante gentilshommes, appliqués aux exercices chevaleresques ^ sous la direction d'un mathématicien^ d'un chevalier^ d'un maître de science militaire^ et d'autres professeurs^ afin qu'ils se rendissent propres à servir la patrie. Il fit ériger six chapelles à Monselice par Scamozzi, dont il fut le Mécène. Outre les rapports de ses anibassades^ il écrivît quelques ouvrages.
Le gentilhomme Charles Magio , chargé de visiter les forteresses de nie de Chypre, de les munir et de. les approvisionner, s'acquitta de cette mission ; puis il se rendit auprès du pape , afin de solliciter son concours contre les Turcs menaçants. Revenu à Chypre, il défendit Famagouste; mais, après la prise de cette ville, tombé dans Tesclavage, il fut vendu successivement à deux maîtres qui le firent travailler sans aucun égard. AfTranr chi de la servitude après divers accidents , et rentré dans sa patrie vers Tan 1570, il fit peindre ses aventures par Paul Véronèse et d'autres artistes illustres, en dix-huit miniatures, qui maintenant se trouvent dans la bibliothèque de Paris. Outre des emblèmes et beaucoup de figures symboliques , et le pc^trait de Magio avec celui de son fils . on y voit l'île de Chypre, Zante, Candie, Venise, TÉgypte, Tripoli et d'autres pays, et le navire sur lequel il voyageait; enfin Florence, Rome, Bologne, d^autres lieux qu'il visita, et le consistoire de Rome , dans lequel il harangua le pape.
Dans ce curieux monument biographique, nous le voyons, tantôt visiter en pèlerin le saint sépulcre sur des ânes , puisqu'il était défendu d'entrer à Jérusalem sur des chevaux; tantôt lié et nu devant un pacha, ou bâtonné et accablé de fatigues par ses maîtres; tantôt aborder au lazaret de Venise, et raconter ses aventures devant le doge et les pregadi; tantôt rentrer dans sa riche et déHcieuse maison , se réconcilier avec ses parents, qui avaient sans doute abusé de son absence, et célébrer son retour par des festins et des banquets : tout se termine dévotement par un ange qui montre la gloire du paradis à Magk) et à son fils.
Les découvertes arrachaient à Venise le sceptre des mers pour le donner à l'Espagne, à l'Angleterre, à la Hollande ; néanmoins ce débris des créations en ruine du moyen âge se tenait debout comme une sentinelle avancée contre la fureur ottomane^ n'é-
LES TUAG8. DBAGUT. 6>7
pirgnaDt ni sang ni argent pour combattre parfois^ pour sur* veiller toujours l'adversaire commun de la chrétienté. Depuis la prise de C^mstantinople y Venise avait entrepris trois guerres Gootre les Turcs^ et toujours à son préjudice : dans la première^ elle dut abandonner Négrepont et beaucoup de villes de la Horée et de TÂlbanie; dans sa lutte contre Bajazet II , elle perdit beaucoup de places sur la côte de la Grèce; en 1538, elle fut dépouillée de Malvoisie, de Napoli et de tous les États de TArchipel. Ces pertes furent en partie compensées par Tacquisition de Gépbak>])iey de Zante^ et surtout de Tile de Chypre, d^où elle donÛDait sur le bassin entouré par l'Asie, la Syrie et TÉgypte. Elle conservait ces possessions au moyen de tributs qu'elle payait à la Porte et à TÉgypte, tributs déguisés sons le nom d'achat de privilèges mercantiles; mais le péril croissait à mesure que la puissance ottomane se fortifiait, surtout après l'avènement du gniod Soliman.
Gharies-Quint, coomie ennemi , François I^, comme ami, provoquèrent contre l'Italie des hostilités qui ne finirent pas avec 6uXy et les pirates turcs traitèrent ritaUe comme les Européens traitèrent ensuite le centre de l'Afrique, c'est-à-dire cooune une pépinière d'esclaves. Il ne s^écoulait point une année sans qu'ilS fissent des courses, contre lesquelles Pie IV dut mettre en état de défense Ancône et Civita-Vecchia, et renouveler même lês fortifications de la cité Léonine. Le grand-duc Cosme fortifia le littoral toscan; le vice-roi de Tolède forma des régiments qui statioonaient sur la côte^ et construisit les châteaux de Reggio^ Ga^9 Otrante, Lecce, GalUpoli, Trani, Barlette, Mimfredooia. Monopoli.
Le terr^le corsaire Dragut, qu'André Doria inoitait sans croire s'avilir, fut capturé par lui près de Calvi de l'île de Corse, condamné à ramer sur une galère, puis affranchi moyennant 3,000 écus : imprudent nuirché, dont Dragut se vengea par de nouveaux ravages. Après avoir enlevé aux chevaliers de Malte Tripoli de Barbarie et l'île Zerby, il contraignit Doria lui-môme à foir et à rester spectateur oi^ des dévastations de la c>ôte calabraise; du reste, il ne respectait pas même l'autorité du Grand Turc. Bientôt, il est vrai, Doria, le poursuivant avec vigueur^ l'enferma dans un port de la Barbarie; mais, au moment où l'on croyait le prendre^ l'intrépide corsaire fit traîner ses galères sur ie rivage , les tranq)orta sur des chars au delà d'une langue de terre,» large peut-être d'une lieue, les remit à flot, et le matin