‹ Histoire des Italiens, trChapitre 47 sur 176 · LUINI · texte numérisé non relu

LUINI

ffloslres, si ce n*esl pcul-ôtre que d'après les gravures; du reste, Bétail misérablement rétribué (i).

Cés»r de Sesto choisit, comme son maître, des sujets raison-

(1) Ffote de Canlù lui-même , tirée de V Illustrazlone del LombardoVeneto :

n inqnit à Luino, mais les renseignements sur son compte sont rares et rempfiidi fables .Pauvre de biens, riebe de mérite, fort de volonté , bizarre et que- Nllnr, on ftkUmà. qu*il eut pour maître Etienne Scotto, peintre d'arabesques, 91 reothousiasma pour les vieux artistes. En effet, son premier mode tient de Grr^rcio, de Montorsolo, de Borgognone, avec des ornements d'or, une manière Toffibre timide, un coloris tranquille, qu^on dii*ait mî^me froid. Du premier lykl seraient V Affligée derrière le grand autel de la Passion, le Noék Bréra, et ■ène le Cruei/iement à grand effet de Lugauo , auquel les adorateurs de la orme reprochent un relief trop faible et Tabsence de gradation dans le clairhnt. Un grand progrès se manifeste dans le Couronnement d'épines qui se nwfe à la bibliothèque Ambrosienue , dans les fresques du monastère Majeur, aitout dans celles de Soranno, dans VEcce Jutmo et la Déposition de Crohç, à Umt-£îeorge au Palais. Faut-il croire qu'il profita de Tccole de Léonard de ^inci? Il est certain que Taimable et affectueuse expression de la Vierge avec •ht Antoine et sainte Barbe à Bréra, la Vierge au Giron à sainte Anne, dans tlàbliothècfue Ambrosienne, et celle des Archinti, avec d'autres peintures des flkriei llelii, Borromée... rivalisent avec les travaux des plus grands maîtres, le |« puis me détacher de la touchante composition de sainte Catherine portée piries anges, fresque aujourd'hui à Brcra, avec beaucoup d'autres qui étaient £qwrsées çà et la. Le monastère Majeur est une véritable galerie des œuvres de Liini, et les figures du coin de Tépître ne laissent rien à désirer pour le ebane et la majesté.

On sait peu de chose, nous le répétons, sur uu si grand maître. Afin de prouftfeombien il était misérablement rémunéré, il suffit de dire qu'il reçnt, pour le Crucifiement de Lugano, 244 livres et 8 sous impériaux. Quant au merveil- ^ Couronnement tPépineSf un mémoire de 1521 dit queiimessire Bemardiu k LifiiiG, peintre, a reçu pour son travail, commencé le 12 octobre et fini le ^Burs 1522, y compris les frais de couleurs, 115 livres 9 sous. »

U fable se nèle à son existence. On raconte que, parti de MilaB k cause de ^ |ttte, il alla peindre ime petite église près de la Pelucca. Revenu à Milan, il "tfdiBis réglise de Saint-Ceorge, les belles peintures qu'on y admire encore; ^^ lonqu'il eut établi l'échafaudage, le curé voulut y monter, tomba et se i^^Bipit le corps. Dans la crainte d'être accusé de cette chute, Luini s'enfuit, et ^ seigneurs de la Pelucca le prirent sous leur protection ; il couvrit presque ^ leurs palais de peintures représentant des faits historiques et mytbologi- 1^) dont une partie fut ensuite transportée à Bréra, et parmi lesquelles se trouve ^ Milite Catherine. Là il s'éprit d'une jeune fille de ces seigneurs, et, comme ^e refusa pour lui d'épouser un illustre chevalier, elle fut envoyée, comme "^^ioise, dans un couvent de Lugano.

Utini trouva promptement une occasion de se transporter dans cette ville, ^f l'étant fait moine, il peignit, pour le couvent, le Crueifiement, la Cène dans '^ réfectoire , et la Vierge au-dessus de la porte du monastère, avec tant de

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iiO OiSAK DE S£STO. GAUDENGE.

15» nables^ et, comme lui^ se prépare par de longues études et ds dessins soigneusement élaborés ; s'il est loin de régaler par la» chesse d'idées et la correction soutenue^ et s'il se néglige 80ivent par là certitude d'être applaudi, on ne détournerait jamw les regards des toiles où il a voulu être grand. Plus tard, afin di voir des modèles difrérents, il se rendit en Sicile et à Rome^ oà il aida Raphaël qui^ suivant une tradition, lui aurait dit un jour: a Je ne comprends pas comment y étant aussi amis que nom k sommes^ nous avons si peu d'égards F un pour t autre. » SoD ii* time ami Bemazzano ornait ses fonds de paysages, dans lesqudi il excellait. Lorsqu'on découvrit le tableau d'Antoine Salaioode la sacristie de Saint-Celse, tiré des cartons de Léonard de Yinei» tout Milan accourut pour l'admirer.

Gaudence Ferrari de Valdugia^ élevé à Yerceil par Jértaia Giovenone^ puis aide de Raphaël même alors qu'il conservait 11 manière de TOmbrie, étudia surtout Léonard de Vinci (I); moi il joint, mieux que ce peintre, la force à la grâce, bien qoH finisse par adopter le genre prétentieux^ c'est-à-dire qu'il dégénéra pour imiter l'école de Michel-Ange, n soigna beaacoif l'expression des visages et des sentiments pieux; Lomazzoat firme qu'il est impossible de représenter la divine majesté nûeiii qu'il no Ta fait dans sa Mort du Christ au sacré Mont de Va* rallo. Ce sanctuaire et celui de Saranno^ alors fréquentés en proportion des misères publiques^ furent le champ où se déploya le

rhanur et de jientiment qu*on ne voudrait pas voir autre chose. 11 y a le milli* «iror de 1&!28, ce qui k fait postérieure aux peintures de Soraimo.

La jeune fille mourut de douleur, et Luino retourna dans sa patrie, mab i ne Toublia jamais ; il reproduisit souvent le portrait de la jeune fille chérie, it principalement dans le tableau qu'on appeUe la Religieuse de Luino. Void i quelle occasion ce travail fut exécuté: le chevalier Jean-Baptiste Ihi8terU,a combattant pour Maximilien Sforxa, tomba au pouvoir des Français, se leeflBuiaiida à la bienheureuse Catherine Bruira et se vit tout à coup tranipflrtA dans sa propre tente ; c'est dans ce fait, qu'il chargea Luino de peindre, qa's* voit la jeune fille de la Felucca sous l'aspect d'une sainte, avec un crucifix dm la main droite appuyé sur le cceur, la palme dans la main puche et la Golonbe ftur l'épaule. Ou donne à Luino deux fils, Aurelio et Evangelista, avec un frère, nommé Antoine, qui lui senil d'aide, et auquel oo attribue quelques peintnM du sanctuaire de Surauuo, et d'autres du^ monastère Majeur, moins claires, «t d'un faire muiu» hardi.

(1) Burdi|;4, yotizia iJirt>rjta • GmuJemMio^ Milan, 1821» cite un concile^ Novare où l'un trou\e Gmmieittims yosier, operm ^mdem tsimimt^ tedmaf itjnmie /nh*^ Nous ne croyons pas qu'il fût élève du Pémgin. Dans son tabkiB d« l&U> pour ré|Use d'Ar<»«« U sîfiie giiff ti» HmeL

ORNEMENTISTES LOMBARDS. 141

lalaitdeGaudence;detoutesparts^on lui demandait quelque éfkoàe du grand drame de la Rédemption qu'il avait représenté eo entier à Yarallo.

le Yercellais Bernardin Lanini se distingua moins par le desnet le claiis>b6cur que par la bonne composition, môme dans itt sujets grandioses, comme on le voit dans la Sainte Catlierine iStM-Nazaire. Nous avons de la peine à croire aux turpitudes neontées par Yasari sur le compte de Jean- Antoine Razzi de Tcoeil dit le éhemlier Sodoma, parce que ses (teintures en lonbardie tiennent du style de Léonard de Yinci, qu il surpasse lène dans les Yierges par la grftce naturelle. Les Siennois , qui lenroitréveiUer Tesprit de leur école, le chargèrent de peindre ks histoires de saint Bernardin et de sainte Catherine, outre 'es gonfalons très-vénérés; ailleurs, il fit de pieuses images, bit à la fois charmantes, élevées et graves, surtout à Naples, et il se montra véritablement l'élève de Raphaël dans les enhnts comme dans les adultes; d*un autre côté, il n'entend pas t eomposition historique, et en vieillissant il tomba dans le iianiéré.

Vm élite de sculpteurs, surtout d*ornementistes, formait à ces Peintres im brillant cortège. Des maîtres maçons et des tailleurs le pierre, venus des lacs de Lugano, de Gôme et de Yarèse, dewent des sculpteurs et des architectes. Les cathédrales de la Undbardie et de la Yénétie sont embellies de travaux d'auteurs mcoonus, ou désignés à peine sous le nom de Lombardi , de Campioni, de Bregni. Les Luganais Gaspard et Christophe Pedoni firent beaucoup d'ornements à Crémone, et le vestibule des Ifincles à Brescia; les frères Rodari de Maroggia exécutèrent duos la cathédrale de Côme des ouvrages d'une élégance encban- ^cvttse, et probablement dans la demi-cathédrale de Lugano ; Boninode Campione éleva le mausolée de ConsignorioàYérone, W des plus belles œuvres gothiques, à six côtés avec six colonie surmontées d'élégants chapiteaux, et une magnifique balus- ^e en fer; celui de Çoleone à Bergame est dû au Pavesan An* Wne-Amédée.

Jean Galéas avait doté richement les moines de la Chartreuse ^ Pavie, pour qu'ils continuassent la construction de cet édi- ^ce; l'œuvre terminée, la somme devait être répartie entre les Pauvres. La distribution commença en 1542; mais les grandes ^liorations que les terres avaient subies permirent aux moines ^'embellir la Chartreuse, et d'en faire, comme le disait Guic-

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ciardini , « le monastère le plus beau de tous ceux quH y a «a Italie. »

La Chartreuse fut construite par le Milanais Jacques Campione en 1396^ non par le Florentin Nicolas des Gaîli, auqvel beaucoup l'attribuent. Disposée à la manière bramantesque et polychromatique ^ sans arcs aigus^ elle a soixante médaillons i la base^ qui ofTrent des portraits d'empereurs et de rok, dès «^ moiries^ des symboles, des faits tirés de TÉcriture^ la plupart d'un goût excellent. Les quatre grandes fenêtres seraient quali* fiées d'incomparables^ si elles n'étaient pas inférieures k la portai ornée d'un ensemble ravissant de sculptures représentant la fondation du temple, les funérailles de Jean Gaiéas, les vies des saints Ambroise, Sire et autres; le nombre considérable des figures, le fini de toutes, l'expression de plusieurs, enchanteot les regards, bien que le vandalisme révolutionnaire et l'impiété les aient mutilées et gâtées. A l'intérieur, la majesté desvaetas arcades, les voûtes riches d'ornements et semées d'étoiles sitf fond d'azur, la coupole octogone à galeries, les quatorze clw^ pelles décorées à Tenvi, les restes de quelques vitraux peints, les riches balustrades en fer et octogones frappent d'étonnement avant qu'on admire les détails.

Sans parler des autres Lombards, André Solaro, qui travailla à Venise et en France (i), puis Bernardin Campi, méritent d'étî» loués pour la vive expression et la puissance de coloris dans QD tableau de la nouvelle sacristie, aujourd'hui veuve des richesses religieuses et artistiques. Il faut y ajouter les magnifiques pers^ pectives et les fresques, avec quelques moines répandus çàetUi qui semblent se détacher en relief, vous regarder et s'abstenir seulement de parler parce que la règle le défend (21) ; mais, lif ï

(1) Ce peintre et Christophe dit U Gobbo naquireut, à ce qu'il parait, é^ Boneforte, qui coDStruifiit pour François Sforza V Incoronata , la Rose , la Piis« les Grazie, sans jamais s'écarter du gothique.

(2) Les sculpteurs qui se trouvent mentionnés dans les comptes rendus de la Chartreuse de P&?ie , à partir du commencement du seizième siècle, sont An* toine-Amédée , Jean-Jacques de la Porta , Sylvestre de Carate, Joseph Rosnrti Deuys Bussola, Cliarles Sinionetta, Albert de Carrare, Jean-Raptiste de Magis tris dit le Folpino, Christophe Uomano, Bernardin de No\i, Chntftopke SoUk le Dossu, Bambaja, Augustin Busti, Baptiste Galtonl, Antoine Tamagioi, Tho mas Orsolino , André Fusina, Ange Marin ^ Marc Agrati, les frères Montegazzi Hector d'Alva, Antoine de Locate, Baptiste et Etienne de Sesto, Biaise de Vai rano, François Piontello, Jacques Nava«

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fat mentionner et admirer le peintre Borgognone, c'est-à-dire AiiÀiDise de Fossano, presque inconnu dans les histoires (1); néumoiDs, par la vigueur du dessin, Tartifice des ombres et la nriété des raccourcis, il rivalise avec les meilleurs artistes^ tandis qu'on peut le comparer au Lombard frère Angélique par la douceur expressive et châtiée, par la grâce des poses et la délicatesse mystique. Toujours dirigé par de pieuses inspirations et des souvenirs ascétiques^ sans s'égarer dans les allusions et les symboles, il inqNnme un caractère séraphique à ses anges, aux saints une dévotion grave, un air divin à la Vierge, comme on peut le voir dans le chœur de Saint-Sébastien à Milan ^ et à Bergame dans l'Assomption du Saint-Esprit, avec ces apôtres d'extatique expression, sur la tête desquels rayonne la lumière d'en haut. Ce peintre est vraiment le frère Angélique de Lombirdie.

D'iqNrës ses dessins^ Barth^emy de la Porta ou de Pola, en 1466, marqueta le chœur de la Chartreuse avec des attitudes simples. Dans la vieille sacristie, un triptyque à dents d'hippopotame en soixante-sept bas-reliefs et quatre-vingts statuettes, pésente des faits de Thistoire sacrée^ œuvre d'une grande patience par Bernard des Ubriachi de Florence. Dans le mausol&dufondateur, -commencé en 1490 sur le plan d'un certain GsléasPellegrini, et terminé seulement en 1562^ avec richesse d'ornements^ Antoine-Amédée représenta son histoire en six médaillons. La statue est couchée sur le tombeau, auquel furent Routées mal à propos deux statues symboliques de Bernardin deNovi^ assises sur le monument comme l'avait introduit l'école de Michel- Ange. Le sarcophage de la duchesse Béatrix d'£ste^ <&iivie de Christophe de Solaro le Bossu , n'est pas une moindre merveille. Le cloître , diaprés le dessin de François Richino^ est un chef-d'œuvre d'architecture; c'est un portique à cent vingt ^ttNfate (ornements légers et percés à jour dans les parties supé- Aeares des édifices) avec des colonnettes en marbre soutenant des bas-reliefs de terre cuite, des bustes, des statuettes, des festons et des arabesques, qui offrent la plus brillante variété poijdiromatiqae; la grande cour est entourée de vingt-quatre coQuies^ disposées chacune avec un quartier complet, outre ms petit jar^n mh le moine pouvait se distraire de sa solitude forcée.

(1) Lomazzo le nomme une fois, jamais Lattuada.

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