IMITATEURS DE MIGUEL- ANGE
Pierre de Gosimo^ idolâtre de la nature au point de ne pas aooflrir que l'homme la modifiât, se plaignait quand il voyait tailler les arbres ou arracher les mauvaises herbes de son verger, n n'avait pas d'heure fixe pour manger, errait dans des lieux étranges, et contemplait les figures dessinées par les nuages et les crachats; il excella donc dans l'imitation y la perspective et le clair-obscur^ autant quMl fut pauvre de sentiment. Il faut citer comme un sculpteur habile Benoît de Rovezzano^ qui fit le saint Jean-Baptiste de la cathédrale de Florence et le monument de Samt-Jean Gualbert, détruit en 1530. Les mausolées des Doria^ à Gènes y et de Sannazaro , au Pausilippe, et la fontaine de Messine, par frère Montorsoli, sont des travaux lourds et pauvres de conception. Dans les portes de Saint-Pétrone, à Bologne, Tribolo sut éviter les exagérations. Le Pérousin Vincent Danti , fondeur habile , a laissé sur son art de bons conseils; nous lui devons encore des travaux bien finis^ quoiqu'ils pèchent par l'affectation.
Le Milanais Jacques de la Porta posa la coupole de Saint* Pierre, finit les travaux de Michel- Ange au Capitole y et fit des palais, des façades, des fontaines à Rome, à Frascati^ le belvédère des Aldobrandini à Gênes, la magnifique chapelle de Saint- Jean-Baptiste. Son neveu^ frère Guillaume^ dont le talent s'était formé à la Chartreuse de Pavie et à Gènes, abandonna le sobre fini des artistes lombards pour suivre les traces de Michel-Ange. Si l'on ne considère que Pattitude y la grâce et la vérité des chairs^ son tombeau de Paul III est un des meilleurs travaux de Saint-Pierre; mais, aux deux côtés du pape, œuvre magnifique^ sont couchées une jeune fille et une vieille qui^ bien qu'elles semblent le symbole de certaines vertus y reproduisent la matasse du pape et sa mère^ dans un état de nudité scandaleux; ^si^ tandis que le corps ridé de Tune excite le dégoût, l'autre inspire la volupté.
Nous devons compter parmi les artistes italiens Jean Bologne^ qui vint très-jeune de Flandre à Florence^ où il travailla beau- ^np sur le marbre et le bronze ; il fit , entre autres^ le Mercure ^knty composition hardie et d'une exécution gi-acieuse; VEn- ^ètment de la Sabine y où les figures de trois âges différents se groupent avec art, outre la statue équestre de Cosme I*'; il pré- P^ celle de Henri IV, terminée ensuite par Pierre Tacca. Il fut gi^ndement aidé par Phabile fondeur Dominique Portigiani, de Florence, surtout dans les portes de la cathédrale de Pise ,
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ooittHie dans la grandiose chapelle de SaintrAntoin^^ au cou- Veat des moines de Saint-Marc^ qui dépensèrent pow ce tamii 80,000 écus.
Baecio Bandinelli^ inventeur incorrect^ mais v^oureux^ ocMOinata on le voit dans VB$rcule et le CaeuSy œuvres qui ne le cèd^tyas aux compositions eontemporaines , fut rabaissé piv récote (to Micbel-Ange et Benvenuto Ceilim, envieux de ses succè$ir 1&90-1559 Le Nepium sur la place du Grand-Duc^ fait par Barlbékmjr AmRMUinato , eu concurrence avec Jean Botogne, Danti H GcA* Uni, fut préféré parce que les décisions ne dépendaient p^sda peuple, mais de Cosme. Ce constructeur de colosses fit à Prftto* ïino le Jupiter Pluvieux ^ qui , s'il était debout, aurait s^ze mè* très de haut. A Rome , il érigea le palais Ruspoli ^ qui devait awoir quatre façades^ et le vaste collège des Jésiûtes , et il finit le palais Pitti, adaptant l'intérieur à la façade avec des endieilissements opportuns. Il était d'usage d'asseoir les ponis swdca piles massives, ayant un quart et parfois un tiers de l'ouvertiire de l'arc, ce qui rétrécissait le lit, surtout quand il y avait de for* tes crues ; d'autre part, les arches à plein cintre aiigmentaièDl la rindeur de la pente. Ammannato, dans celui de Saînie-TriDité, à Florence , donna trente mètres d'ouverture aux arcbes, qu'à oourbaen ellipse très-écrasée sur des piles dont la grosseur était de huit mètres. Dans sa vieillesse, il reporta ses pensées verri Dieu, eit se repentit de ses figures nues (1).
Admirateur de Michel- Ange, George Yasarid'Arezzo se disait à lui-môme, jeune encore : iVc pourrais-je me procurer les grat^ deurs et les grades que d'autres ont acquis ? But misérable pour un artiste, auquel il parvint en peignant à la hâte pour le couronnement de Cbarles-Quint , puis à Rome, pour le cardind de Médicis, une Vénus avec les Grâces. Cette impudique composi* tion plut tant au prélat qu'il donna au peintre un vêtement neuf, en lui faisant la commande d'une grande bacchanale, travail pour lequel il obtint les faveurs de Clément VII , et devint l'artiste de cette famille quand elle se fut em])arée de Florence. Il excella comme architecte dans la construction hardie des Offices et dans les appartements du Palais Vieux, qu'il couvrit ensuite
(1) Ce qu*aUeste une lettre qu^il écrivit au grand-duc Ferdinand. On sait de quels remords fut aussi déchiré Augustin Garrache, dans ses dernières antiéeft, ponr ses gravures lasciTes ; qiie les jeunes gens ne TouMient pas.
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défaits historiques des Médicis^ en faisant du métier et comptant les journées. Il peignit la salle de la chancellerie^ toujours avec des idées superficielles ou de frivoles allégories et des figures insignifiantes^ avec un coloris pitoyable et sans harmonie^ p^ de relief et sans perspective aérienne ; enfin , c'est un travail ou se révèle Fétude des statues et de Michel- Ange, non de la nature. Nommé chevalier et peintre de cour^ en position d'occuper la jeunesse, il habitua^ par son exemple^ au travail hardi et négligé^ au style maniéré.
Ses Vies des peintres lui ont valu plus de gloire que Tart. 8a duronologie est entièrement incertaine, outre qu'il examine presque exdusivement les faits relatifs à la Toscane^ ou plutôt à Florence, et avec ses passions de contemporain et d'artiste. Panégyriste des peintres récents , il oublie qu'ils avaient admiré et étudié ceux du quinzième siècle (i), comme s'il voulait flatter les Médicis en effaçant les souvenirs même à propos de l'art, de même qu'en restaurant Sainte-Marie-Nouvelle il avait effacé les fresques de Masaccio et de frère Angélique ; prenant son école pour règle unique, il ne s'occupe que de la forme, des procédés inatériels du dessin, de la disposition des plans, de la manière de représenter les muscles, du relief des têtes , qu'elles expriment ou non rétat de Tàme. Jamais il ne s^élève à la poésie, à la contemplation de l'idéal ; devant l'admirable* composition de Giotto à Assise, il ne voit que l'effet a très-grand et vraiment merveilleux de quelqu'un qui, penché sur la terre, boit à une fontaine. x> n ne tient pas compte de Tépoque où l'artiste vécut , ni des circonstances qui purent le favoriser ou lui faire obstacle , comme s'il suffisait à un grand peintre d'être un ouvrier habile, et non l'interprète de la pensée morale de ses contemporains.
Toutefois, il défrichait une terre vierge ; il vit de ses propres yeux une infinité d'œuvres, qu'il jugea en homme expert. Le ^emps, les amis, la prudence et un nouveau voyage dans l'Italie, lui suggérèrent, pour la seconde édition, un grand nombre de ^rrections et de changements ; bien qu'il n'y ait pas un histo- ^n qui ne soit obligé de le réfuter à chaque instant , il restera toujours comme un des auteurs les plus attrayants pour l'ingénuité du langage, pour la foule des anecdotes qui nous révèlent svec vérité la vie d'alors, et surtout pour la passion qu'il met à
(1) n raconte lui-même, dans la Fie de Michel-Ângey que ce grand maître ^ MTéta pour contempler le saint Marc de Donatello à Or-Saint-Michel, et dit Savoir jamais vu une figure qui eût plus Tair d*un honnête homme.
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décrire les tableaux. Avec quelle évidence il retrace le Cmeife* ment de Gaddi à Arezzo^ la chapelle Spinelli à SaÎDte-Croix^ les peintures de la bienheureuse Michelina à Rimini! Comme 9 s'exalte quand il parle de la Vierge de frère Angélique (i) , do portrait de Léon X et du Spasimo de Raphaël ! Avec quelle verve il décrit les chefs-d'œuvre de Michel- Ange 1 Un artiste seul peut s'enthousiasmer ainsi^ et quiconque a goûté les mêmes délices est heureux de les savourer de nouveau avec lui. U aimei parler du plaisir qu'il trouve dans l'amitié des grands, à se vanter (|ne « personne n'a plus fréquenté Michel- Ange quelui^etn'aéié plus son ami et son serviteur lldèle ; que personne ne poorn montrer un plus grand nombre de lettres écrites par le grand maître, ni plus affectueuses. » Ajoutez à cela qu'il n'est pas obligé d'entamer la polémique^ entrave perpétuelle de ceux qui ont écrit apr(>s lui sur l'art, et cela môme à cause de ses nombreuses erreurs.
Bernardin Campi publia ses Opinions, et Jean-Baptiste Annenini de Florence, les Vrais préceptes sur la peinture, en s'étayant d'exemples ; Raphaël lk)rghini ne fait que puiser dans Yasari pour établir des dialogues^ qui sont de longs discours à transitions forcées^ avec l'absurde prétention de faire réciter de mémoire tant de notions |>ositives. Nous avons aussi un traité de peinture par Frédéric Zuccari^ qui , avec son frère Taddée^ peignit les palais Faru^se à Rome et à Caprarola , puis TEscurial en Espagne, et fut président de TAcadémie de Saint-Luc ; fondée sous Grégoin^ Vil, cotte Académie obtint que nul écrit sur les beaux-arts ne fût publié à Rome sans son autorisation : expédient pour emptVher que les abus fussent connus et corrigés.
Jean- Paul Lomazzo, bon peintre milanais^ surtout quand oo le voit à Tradate, et qui perdit la vue à trente et un ans, avaiiécrit de^ préceptes sur son art (â), qu*il regardait comme un sacerdoce
(U Kn (lrrn\an( crttr Vi<Tgv, beaucoup de Tentés de tentiment lui échap- |vnl . ^ (>ti\ qui travaillent à des rhiises ecclésiastiques dohent être ecclêaiûtiqiirs vX de Miuts hommes ; car. lorsque de pareilles choseï ioot fiûtcs par des IHTMUitir» qui mneut yntu et estimcut peu la rrlipoo. des appétits déshonnétei et de» tlrùr» lascib smit evcitê» dans le conir. d*où nait le Mânir des CBOTres intkvrntes» aiiuà que la liHutipr de Tart ol de la %^ertu. »
tVnuèreinent enciYre^ Diilmo errixAit : fajari rs! amiumirr ée terreur, et Je „\mx^i^ t\'3i ./'■■".irfftv.Vii ç»..' je trcrsyr.:: ^m s^mreftt f«e /lu, ou voiomtoire^ mfKt i^ r>£r tj;it^^',i9%^, [^Jnttéiifi tfr.-.vrti.'.-i^y«ir^, 1806. p. 33.) Beaucoup de 9ir> erreurs ont ete reie\res dans rë&iiiiou faite de ses ctuttcs par Le Monnier.
v?^ rrx.'Mfe dtiC iÊurit «1W4 piuv^ . divàê en sept lîwes, coBtcaut toutt la
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destioeà représenter Dieu et les saints. De ces idées enveloppées (te théories abstruses , de circonlocutions , de métaphores de iZMiafais goût et d'observations sur les étoiles^ il déduit d'autres o(M)C6ptions et des pratiques dévotes. De préférence à l'étude des anciens et des Allemands, il veut que l'on cherche à former dans son idée ce que Ton doit ensuite mettre sur la toile; il recommande de bien soigner les caractères^ et d'associer dans ceux de saints la majesté à la beauté, réunion qui accroît en nous les sentiments de piété et de vénération. Lorsqu'il traite des moyens d'exprimer les passions^ surtout les délicates, il se montre observateur sagace; il s'élève contre le mauvais goût^ contre le genre théâtral de l'école de Michel-Ange et la prédilection pour des sujets scandaleux; il avait en horreur de voir la femme représentée seulement comme objet sensuel^ ou figurer indécemment dans les cariatides; ce qu'il aime avant tout, c'est la grâce enfan* line, au point de croire que sans elle un tableau ne peut être beau. Dans l'architecture et la décoration ^ il préfère le mode antique et le bramantesque au style introduit par les idolâtres deVitnive; ce qui ne Tempéche pas de sacrifier aux préjugés du jour, soit par la manière dont il juge les auteurs, soit par son admiration pour les saillies musculaires^ ou son mépris du moyen âge; mais, outre que ses jugements sont moins superficiels que ceux de Yasari^ il est d'autant plus utile à l'histoire qu'il appuie ses préceptes d'exemples lombards , inconnus ailleurs.
L'école lombarde remontait jusqu'aux imitateurs de Giotto^ Andrino d'Élesia et Jean de Milan, qui laissa de belles peintures à Florence, et fut suivi de Vincent Foppa^ de Crivelli, de Nolfo deHonza^ imparfaits par la forme^ mais non sans grandeur dans les caractères. Les deux Civerchi, Bernardin Zenale et Buttinoni de Treviglio purent mettre à profit les exemples de Bramante. Sur les traces de cet artiste, Barthélémy Suardi dit le Bramant ^'M^ modeleur délicat, excella dans la perspective , étudia les effets plus que le caractère y et fit des travaux à Rome^ outre
^ne et la pratique de cet art ; Milan, 1 584. Idea del tempio délia ptttura, 1 590. A chaque peintre il associe un métal et un animal : Michel-Ange est le dragon, '^oljdore le cheval, Raphaël l'homme, Titien le bœuf, Mantegna le serpent. U ivait réuni quatre mille tableaux ; il rapporte beaucoup de détaib sur Bramante (liv. lY et xxi). U possédait un traité de perspective de Bernardin Zenale et on autre de Vincent Foppa, travaux dans lesquels Albert Durer et Daniel ^Wo étaient devancés.
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quil écrivit sur les antiquités grecques et romaines , comme Foppa et Zenalc sur la perspective linéaire et les proportions da corps humain. Môme aprcs que Mantegna eut apporté en Loinbardic l'art de faire les perspectives, Gentile Bellini les traditions do rOmbric, Léonard les délicatesses florentines, les plus disfegués conservèrent une physionomie particulière : de ce nombre furent François Molzi, aimé surtout de Léonard de Vinci, nm plus gracieux que vigoureux ; Jean-Antoine Beltrafflo, qui conserva de récole archaïque la gravité et les fortes conceptions, sur lesquelles il n';pandait la fraîcheur de la vie , la magie do clair-obscur, la finesse du modelé, outre le mérite de Fexacte traduction de la physionomie. Marc d'Oggiono reste inférieur, surtout pour le dessin , quand il ne copie pas le maître; mais^ dans le tableau de sainte Ëuphémie, il atteinte sa plus grande hauteur. i
L école lombanle continua à fleurir , malgré tous les malheurs ptiblics, et comme une consolation de la perte de Tindépendance; mais, n'ayant pas d'historiens comme les autres, elle resta pn»sqtie ignorée au dehors. Néanmoins, les fresques de iM^.* Bernardin Luini, dont il existe bon nombre en Lombardie, rivalisent avec les meilleures ; bien plus , les étrangers prennent ses toiles pour celles de Léonard de Vinci, qu'il étudia au point de faire siennes la sublime simplicité, la pureté de conoeptioa et la pudique suavité de cet initiateur, bien qu'il n'atteigne pas sa vêhtMnence, son expression grandiose et profonde; H excelle surtout par la douceur d'esprit et la grâce bamioniqac. Sers protecteurs ne furent pas les rois, mais bien ceux qui gémissaient et priaient sur les C4ilamités publiques, et le peintre travailla prt*sque exclusivement dans des églises et des couvent*.
IV sainte Catherine, légende afTectionnée surtout des peintres lombanls, il est impossible de trouver une composition et une extvution plus heureuses que le transport du cadavre par \& anges« comme on le voit à Drt*ra; il n'y a rien de plus suave et do pins juthtiiqui* que les fn^sques du monastère Majeur. Dans la maturité do 1 Age, il peignit k Saronno la DiscvsxwnduCkri*^) c\ k Lnirnno, le Crvnfirmrnfy poème véritable, avec une infinité do jvrsonnn^os dnnt les ï>oî;c^. les costumes et les effrfs si>nt tou^ \ ariô> ot viiiis^ avec àcs loles bien détachées et cett^ magio do n^4ï:anis qui soimblent dâmaiidtf ODe réponse. Cepei^ dani , il i^araît qu*ii n'avait pas vu les œuvres des ocHileinporaîi^