TITIEN
Riche de gloire et d'argent^ il eut à Venise un palais splendidement meublé^ où il recevait d'une façon princière ; à Rome^ à la cour de Tempereur^ en Espagne où il laissa ses ouvrages les plus estimés^ il fut accueilli avec les plus grands honneurs. Il ne pouvait donc rester toujours fidèle aux inspirations de ses matires^ la patrie et la (oi; dès lors , il déploya son talent dans des sujets où ne brillait que la beauté naturelle et sans expression, eomme ses nombreuses Vénus, ses Danaés et ses Dianes; son habileté dans le paysage dérive de ce naturalisme. Sa vie fut longue et tranquille, et il survécut à ses amis ; sans connaître ni langueur ni décrépitude, il mourut dans un temps de peste^ et le sénat dispensa son cadavre d^étre brûlé comme les autres.
n ne forma point d'élèves» parce qu'il manquait de patience pour enseigner^ ou peut-être par jalousie. A sa suite^ cependant^ vint une famille de peintres^ qui se jeta dans des compositions compliquées et négligées. Si Michel-Ange recherche les difficultés^ Titien les évite^ parce qu'il veut imiter la nature sans laisser paraître Teffort; ce fut donc par l'exagération que les imitateursdu premier devinrent détestables^ tandis que ceux de l'autre furent entraînés dans le trivial par l'apparence de simplicité.
Les écoles apparurent distinctes lorsque chacune s'efforça d'élever au-dessus de la nature Tidéal vers lequel eUe tendait : à Florence, en la soumettant à la science des proportions^ avec l'harmonie des teintes et les suaves gradations; à Rome^ en lui donnant une expression gracieuse^ avec la finesse du dessin et la délicatesse des contours et des formes^ dérivés des statues antiques, dont l'étude nuisit au sentiment, mais non à l'exécution. L'école lombarde^ moins préoccupée de la régularité de l'art, força l'expression; celle de Venise^ correspondant à l'école allemande pour la fidélité à la nature^ voulut exprimer la force au moyen du coloris tranquille et splendidement harmonieux, au point de néglitger l'idée et le dessin. Comme les portraits, dont ils s'occupaient beaucoup, n'ouvraient aucune issue à l'invention, les Vénitiens ralBndent sur les détails ; de là leur habileté à reproduire les étoffes, les velours, les métaux, outre leg ornements d'architecture, les tables servies et autres accessoires.
Le Trévisan Paris Bordone, sur l'invitation de François !•% fit le portrait des principales dames de sa cour; son coloris est gracieux et varié, ses tètes expressives, sa composition régulière; Q^ais il noie le contour dans le vaporeux des teintes, et ne sait {^exprimer la force. Licinio de Pordenone, dans les trois Ju-
154 TINTORKT. PAlîL VÉROWfeSE.
gemêntê du palais ducal^ unit au coloris de Titien le
et le modelé fondu des Lombards ; mais son deasin et sa coolan
sont chargés; dans la persuasion qn^il était tofojours entoae
d'ennemis, par lesquels il fut empoisonné, diton , il vivait m
sauvage.
Le Tintoret (Jacques>Hobusti) avait écrit sur son atelier : ■ de»M^n de Michel- Ange et le oolorin du Titien; il s'exerçait éom sur ces modèles plus que sur la nature. Persuadé qu'il n'exista pas de corps parfait, il disposait des figures en cire ou bien plâtre^ et les éclairait selon le besoin pour les copier, d'oti ^ viennent des teintes sombres, qui le distinguent de la couleur ri et claire du Titien. Il abusa de la facilité quil avait acquise pa imposer silence à sa conscience et travailler h la hâte, au poi que plusieurs de ses tableaux semblent à peine ébauchés; il 1 préférait aux toiles léchées, en disant qu'il les rendrait froids ê les soignait trop. Honnête homme , il ambitionnait la gloif pourvu qu'elle fût sans tache ; ses élèves imitèrent ses défaute, non sa vigueur.
Vérone, qui n'avait pas oublié les leçons de (irère Joeonds ai le maniériste Brusasorci, dut se glorifier de Paul Cavazsola, lequel exprimait le sentiment selon les meilleures traditions, et fol le plus correct dessinateur de l'art vénitien.
Paul Caliari se forma sur les œuvres du Titien et du Tintoret sur les gravures et les statues antiques, dont il associa rétods i celle de la nature. La vie, sous son pinceau, se manifeste pleui et riante, au milieu d'une pompeuse architecture, de gais pei sonnages, des métaux, des coupes étincelantes, des cristaux, d( bijoux, de banquets joyeux , et plus que tout autre il révèle k mérites et les défauts de Técole vénitienne. La voûte de la vieill bibliothèque de Venise fut peinte par Balviati, Franco , And Schiavone, Zelolti (1), Licinio, Varotari, et chacun d'eux fittrc compartiments sur les vingt et un ; d'après le jugement du Titiei on donna la palme à Paul, qui reçut alors des procurateun 4 Saint-Marc la (X)mmande de ses quatre meilleurs tableaux t dei Madeleines aux pieds du Christ, Jésus avec les publicains et 1 Noces de Cana, Dans ce dernier tableau, où l'on compte Oii trente figures, qui sont toutes des portraits, jusqu'au chien d Titien, il étale une somptuosité digne seulement du luxe du s<
(1) l*aul, peu lubile dam lei freiquei, voulait toujours avec lui Zelotti, K iU rakier daoH eu travail.
PAUL VÉHORÉSE. 155
lième siècle; au milieu de la pompe des vêtements^ des chiens^ desttaiireS) des nains et d'une multitude de serviteurs, il représente un concert, où chaque artiste joue de Tinstrumeiit qui symbolise sa qualité. Charles-Quint siège en empereur dans ce banquet^ où n'auraient dû figurer que de pauvres artisans galiléens: tant le naturalisme étouffait les convenances et les traditions (4). Paul n'avait aucun souci du œstiune et du caractère; l'étaUe de Bethléem ressemblait à un palais; il affublait du panier les femmes de Darius^ et Esther se présente devant Assuérusavec le cortège d'une dogaresse ; mais on pardonne tout en faveur de cette joyeuse sérénité, de cette fraîcheur et de cette tnnsparence de coloris indescriptibles.
Malgré cet irrationnel naturalisme, le palais ducal, qui est la véritable galerie vénitienne, avec une si grande profusion de
(1) Algarotti {OEuvres, t. vni, p. 26) dit que Paul Véronèse ne reçut pour son tableau de la Cène que 90 ducats d'or, « comme je l'ai recueilli des livres de Id ceUeraria du monastère de Saint-George. » Nous produirons le contrat tel ^Q'on le lit dans les archives de ce même monastère, et Ton verra combien AU pifXiirtoueUlûMtïûÊXi
«Au 6 Juin 1562.
« Il est déclaré par le présent écrit que, ce jour, le père dom Alexandre de Bergame, procurateur, et moi, dom Maurice de Bergame, cellerier, sommes demeurés d*accord, avec messire Paul Caliari de Vérone, peintre, de faire dans notre réfectoire neaf un tableau, de la hauteur et largeur dont se trouve la fa- {idfi, qui nra cxmverte tout entière, et sur laquelle sera représentée l'histoire (le la Gène et du miracle fait par Jésus-Christ à Caua en Galilée. Il y sera placé k quantité de figures qui peuvent y entrer convenablement et nécessaires à cette inteiition; ledit Paul fournira son travail de peinture, ainsi que toutes les couiiors, de quelque sorte qu'elles soient, et toute autre chose pouvant y entrer, le tout à ses firais. Le monastère fournira seulement et simplement la toile, et tel foire le (AiâMift pour ledit tableau ; du reste , il clouera la toile k ses frais , Bt fcm fiure les autres travaux manuels nécessaires. Ledit measire Paul sera tenu d'employer à eet ouvrage de bonnes et excellentes couleurs, sans négliger de mettre, où besoin sera, de l'outre-mer très-fin et autres couleurs trcs^parfailes, qui soient approuvées de tout expert. En récompense , nous lui avons promis, pour ledit ouvrage , 3S0 ducats , en lui donnant ledit argent à la journée , selon qu'il en sera besoin, et nous lui avons compté, à titre d'arrhes, 50 ducats, ledit hx\ i*eag«f;eant à livrer l'ouvrage terminé pour la fâte de la Ylcrge de septem- ^ 1Ô63 ; par-dessus le marché, nous lui avons promis une barrique de vin 'codae à Venise, pour lui être livrée à sa réquisition. Le monastère lui fournira ^ dépenses de bouche pendant qu'il travaillera audit ouvrage , et il aura la nourriture que Ton mangeraau réfectoire. En foi de quoi, etc. »
Suivent les signatures et la quittance définitive de 300 ducats, donnée par ^Véronèse» I« 6 octobre 1568.
156 BASSANAIS, GBÉMONAIS.
peintures, de stucs^ d'or, de ciselures^ ne respire que dévotk^ et patriotisme. Les vingt-deux tableaux de la salle du grand cob seil^ où Pisanello^ Guariento et d'autres avaient représenté Yem trevue d'Alexandre III avec Barberousse^ s'étant dégradés c bonne heure^ il fut décrété^ en 1474^ qu'ils seraient renouveL par Jean et Gentile Beliini^ Âlvise, Vivarini, Christophe de Paru et d'autres, môme par Giorgione, Titien et Tintoret; mais ils f" rent détériorés par l'incendie de 1577. Les toiles que Pon vm maintenant^ examinées avec attention, accusent surtout la a cherche de l'effet^ bien qu'elles forment encore un ensemt grandiose.
François de Ponte s'établit à Bassano, où il coomiença !■ école renommée. Jacques, son fils^ imita le Titien et le Parez; gianino; mais avec une simplicité naturelle. Il traita de pr^i rence les sujets qui exigent peu de force^ les lumières de boug^ les lustres de cuivre, les crânes, les paysages^ en un mot toi ce qui fut caractérisé par le genre flamand^ où le sujet dispara sous les accessoires. Vivre en paix^^ ne point intriguer^ ne mea dier ni envier les louanges^ fut son plaisir. D'autres peintres da mémo nom remplirent les boutiques de leurs tableaux^ auxqueb il manquait la spontanéité^ puisqu'ils n'étaient que la reprodoo» tion manuelle d*œuvres antérieures.
Jacques Palma égala Giorgione par la vivacité de la couleur et la fusion des teintes; il fut surnommé le Vieux pour le distinguer de son neveu ^ du môme nom^ qui prétendit vainement rivaliser avec Paul Véronése et Tintoret tant qu'ils vécuradt: après leur mort, il devint détestable. Verla, bien qu'il peignit peu, n'est pas inférieur à Palma le Vieux; tous les historiens d< l'art l'ont oublié.
A Crémone, renommée déjà sur la fin du quinzième sièck par d'habiles artistes, ensuite par le peintre Boniface Bembo et l'architecte Barthélémy Gazzo, s'illustrèrent Altobello Melonee Boccaccio Boccacino, « le meilleur moderne parmi les anciens e le meilleur ancien parmi les modernes & de cette école. S'il e$ grandiose dans le Christ de l'abside de la cathédrale, il ne « montre pas moins gracieux dans les sujets de moindre impop tance. Mais le faire vénitien domina dans cette ville dès qu'elle fut soumise à Saint-Marc; Camille, son fils, «habile dans k dessin, coloriste grandiose, t comme dit Lomazzo qui Tégali aux grands maîtres, ravit l'admiration par ces qualités. Oi disait que tout le mérite de ses figures venait de la vérité dei
ABCHITECTURE MODERNISÉE. 487
yeux; il fit donc^ sans leur donaer même un œil, le Lazare ressuscité et V Adultère : bizarrerie imitée par un de nos contemporains dans le Supplice de Jane Grey. Galéas Gampi, Jules^ Antoine et Vincent ses fils^ Bernardin son parent^ eurent un coloris moelleux^ un dessin correct et grandiose ; mais, à mesure qu'ils acquéraient les qualités dont Yasari les loue^ ils perdaient la noblesse et Félégance. Quatre sœurs, du nom d'An- {uissola^ forent peintres; Sophonisbe^ l'une d'elles^ emmenée €D Espagne par le duc d'Albe, obtint les bonnes grâces de la leine et les adulations de Yasari (1).
Horetto (Alexandre Buonvicino] parut au moment où les malleurs disposaient Brescia à la piété ; bien qu'il imitât quelque chose du Titien^ il inclinait vers Técole milanaise pour Tinspiraikm, et vers la suavité de Raphaël qu'il ne connut que par les gravures. Comme s'il eût voulu faire de sa ville natale une galerie^ il y laissa des peintures que les maîtres admirèrent pour le chmx et la variété des draperies, de magnifiques accessoires et les teintes de grand effet. Quant à nous, c'est à cause de la graveuse expression des figures^ du sentiment pieux ^ élevé et suave^ que nous Tadmirons. Avec lui rivalisent ses compatriotes, Jérôme Romanino et Jean-Baptiste Morone^ portraitiste excellent^ à qui le soin donné à ses toiles n'enlève pas l'ingénuité.
Un grand nombre de Yénitiens, pour décorer des palais, s'adonnèrent à la quadrature, avec intelligence de la perspective; d'autres s'occupèrent des paysages et des ornements^ dont l'exemple leur était donné par Jean d'Udine, admirable dans le dair-obscur, les arabesques, les vases et les paysages.
Les bonnes traditions architectoniques se conservèrent plus longtemps que celles de la peinture; mais la vénération pour les cÛques ressuscites et pour Yitruve fit considérer comme barbares les travaux du moyen âge, et comme incorrection toute nouveauté ; à la pureté conventionnelle on sacrifia ^expérience de plusieurs siècles, les hardiesses inconnues aux anciens et les formes engendrées par des idées et des habitudes nouvelles. Les
(1) Antome Gan^^i, peintre et historien, compte plusieurs femmes de Cré* iBone oél^res dans son temps par leur talent dans les arts ou par leurs vertus. Nous comiaissons du seizième siècle, à Tannée 1572, d'autres femmes peintres. Sœur Plautiila Nelli de Bologne, ne pouvant faire poser des hommes, prenait (Ks femmes pour modèles; aussi Ton disait qu'elle ne faisait pas des Christs, ^ des Christes, D'autres religieuses, surtout des dominicaines, cultivaient les
158 ARCniTECTUBE A VENISE.
traditions exotiques furent oubliées^ les secours réci{HY>que9 supprimés^ Tordre et la régularité classique rétablis, et le style dûuveau resta séparé des besoins nouveaux; ce furent des copîM sans rapport avec l'original^ des imitations sans vie de TaoeJea qu'elles ne renouvelaient pas^ mais dont elles adoptaient lesap* parences, peu conciliâmes avec le genre de vie noodeme.
Antoine Sangallo^ d'une famille d'architectes, dessina pour le cardinal Famèsc de Florence un palais qui passe pour U plus parfait de Rome, surtout la cour, terminée ensuit4» par Midiel- Ange et Vignolc. Il exécuta différentes parties du Vatican, aolis autres de beaux escaliers ; les citadelles de Civita^Vcccbia, de Morencc, d'Ancône, de Montefiascone^ de Nepi , de Pérousa et d'Ascoli furent construites par cet architecte; dans celle d^Orviéto, il remédia au manque d'eau au moyen d*un puits mer* veilleux, large de seize mètres, avec deux escaliers que les bttoft de somme descendent et remontent sans se rencontrer. A Romei il dirigea les fêtes pour Charles-Quint, qui revenait de Tunis} on regarde comme un modèle sa porte du Saint-Esprit, qui ii*eii pas terminée.
Le Napolitain Pirro Ligorio, ingénieur civil et militiûre, qui fit le Casino original du pape au Vatican, et mit Ferrare à rabci des inondations du Pô, publia le premier livre sur les mœurs des peuples. Il nous a conservé les dessins des monuments romuns, bien qu'il se trompe souvent dans les inscriptions et les mesures géométriques; mais il est d'autant plus utile que beaucoup de ces constructions n'existent plus. Le Bolonais Sébastien Serlio, outre do bons dessins, prit les mesures des édifices de Rome, sur lesquels il forma son style, dont a souffert l'esthétique traditionnelle, et qu'il appliqua en Franco , soit à des constructions, soit pour écrire un bon traite d'archicture.
Jacques Barozzio de Vignole s'appliqua k la perspective dont il découvrit plusieurs règles, et trouva d'ingénieuses Aolutions« Dans sa Règle des cinq ordres^ il réduisit Tarchitecture à des mesures fixes et à un priiicii)c constant ; non content de fournir des exemples, il étudia les raisons^ et prodama que les édifices antiques les plus vantés doivent leur mérite à ce qu'ils offrent une intelligible correspondance de membres^ des convenances simples et claires, un ensemble où les moindres parties sr)nt comprises et ordonnées harmoniquement dans les plus grandes, ce qui constitue le fondement des proportions. La guerre ne lui permit d'exécuter aucun des plans qu*il fit pour la France, n'
ARGHITEQTTRE ▲ VBNISS. 459
celui pour Sfljni^Pétrone de Bologne; mais le palais ducal de Ptiittooa, diverses églises et notamment celle des Anges d'Assise^ élevée ensuite par Alessi et Jules Santi ^ lui feront étemellemeat honneur.
yéglise de Jésus et la maison professe à Rome ^ il les avait dessinées avec élégance de profils et distribution régulière , ce qui fut ensuiia g&té par Jacques de la Porta. Jules III le chargea de construire Paqqeduc de Trevi, et sa villa, qui l'intéressait plus que les affaires, sur la voie Fiaminia^ avec le petit temple rond qu'on voit auprès. Le palais de Caprarola, pour le cardinal Alexandre Farnèse, dans une situation pittoresque, a l'aspect d'un ch&teau, avec un plan pentagone et des bastions au pied, taudis que la distribution intérieure et les dégagements sont excellents. Annibal Garo en dirigeait les peintures, exécutées par Zuccari et d'autres, avec des perspectives de Vignole lui^ôéme. Philippe bâtissait alors l'Escurial, et Vignole, des vingtdeux dessiDs d'artistes italiens, en forma un nouveau; mais il ne voulut pas aller l'exécuter, préférant travailler à Saint^Pierre, ou H continua les idées de Micbel*Ange par l'élévation de deux coupoles latérales.
Venise construisait avec plus d'indépendance, empruntait inême au Levant beaucoup d'idées, embellissait le gothique (Ij, etYaiiait ses formes avec originalité, conmie on peut le voir dsDs le grand Canal. Les statues que Jacques et Pierre-Paul dflsMaaegiie posèrent, en 1393, sur Parchitrave de l'abside de Stiat-Harc, sont des fhiits précoces de bonne sculpture , qui difl^ de celle de la Toscane ; il faut encore louer les chapiteaux du palais dogal, œuvre peut-être de l'infortuné Philippe Galeodario (2)» Beaucoup de Lombards allèrent ensuite à Venise ;
(1) le «^OBiir de SaÎBt-Zicharie, la porte de la GarU, le portique du palais <M^ran racaBer dm Géants, la fi&çade de Saint-Jean et Paul, le monument ^ doge Foscari, sont à Venise d'un beau gothique.
(S) Ctlaidtrio ■• fut pas Tarchitecte de ce palais, attribué plut6t à Pierre BiKapo. La façade et*reiCMlier des Géants ne sont pas non plus de Bregno, in- ^ par la tndilioa, si d*aiUeun Bregno n'était pas le surnom de Riuo. Une ùisrifliaD sur Ia f^nuMle fenêtre du palais ducal, qui donne sur le môle, dit :
MiiU quadrigenti eurrebant quatuor anni Boe opuM ttlutnis Miehael dux Stellifer auxit.
ft» pMlie de U fe^nde était donc constmite alors. Ce fut peut-être en 1 424, ^ mài^aée par àmsi chwniquw wntemporaines , qu'on fit la portion qui «éhsi <k la iTMÔàrae félonne jusqu'à la porte de la Carta ; mais comm«it ex-
100 ARCHITECTURE A YENISE.
Vun iVewXf le Bcrgamasque Guillaiiine ^ mérite d'être rangé parmi les maîtres illustres pour ses travaux daus la chapelle Kmilienne à Murano. Alexandre Léopardi fit au tombeau d'André Vendramin à Saint-Jean et Paul les meilleurs bas-reliefa d'ar^ vénitien, le monument Coleone et les bassins en bronze sur la place Saint-Marc.
Antoine Rizzo de Bregno exécuta le monument Tron aux Frari avec une sobre richesse^ TAdam et l'Eve placés aujourd'hui en (dce de Tescalier des Géants^ fait par lui , comme aussi rintérieor du palais dogal^ et peut-être la façade vers le canal. A cet artiiste, à Paul, à Laurent, également de Bregno^ c'est-à-dire Comasquet; sont dus d'autres monuments, et surtout ceux du doge Foacari et de Denys Naldo de Brisighella ; d'autres^ à Pierre, à Antoine; à TuUio Lombardo^ qui marquent le passage entre la naïve sculpture des artistes des Masegnc et la délicatesse déjà mignarde do riche tombeau du doge Pierre Mocenigo à Saint-Jean et Paul. Pierre Lombardo (1) fit Sainte-Marie des Miracles avec des décorations hardies et gracieuses. D'autres artistes de cette école ou colonie décorèrent et construisirent à la manière de la haute Italie ; on leur doit la chapelle Zono, qu'on admire à Saint-Marc, et à laquelle je préfère l'autel voisin (2) ; entre autres, le palaii
pliquvr la Ixtauté clen chapiteaux, qui les reporte après 1404? Le travail continua jusqu'au mois dt; septembre 1463, date « où Ton paya maître Pantalon et uiailn; Itarthélcmy, tailleurs de pierre, |iour le travail du. palais qu*on leur iriit confié. M C4! Barthélémy Uon, auteur de la magnifique porte de la Garta, exéco* tée en 1430, n'est pas le même que le Huono, qui dirigea la construction dei Proeuruties vieilles et le i'ioeher de Saint-Marc. Tout c«la résulte de documents découverts récemment. Morelli u publié Nothia d* opère di ditegnî neUa prima me/à dei secoio XVI, esislenti in Padova , Cremona , Milano , Pavia, Bergamo^ i-rema el'enezia (llasHano, 1800), tirée de manuscrits d'Apostolo Zeno, et avec de iiombreuM's annotations. Les documents publif's par Cadorin, dans les Pareri dix\ archiiette sopra il palazzo diu'afe,%tml encore plus utiles. (YoirZANOTTO, a palatzo ducale il/ustrato, 1854.)
(I) Je trouve de CA^i artiste, à linvenne, un autel et un tombeau dans Fégliie Saint-Franf;oiii, un Miint Man* dans la cathédrale de 1491.
(U) Le cardinnl /en, en 1501, laissa 50,000 ducats pour qu'on lui fit à Sainte MaiT un tombeau en bnm/e, 1,000 ducats |Hmr orner la clia|)elle, et 2,000 à convertir eu biens fonds, dont le rc\cnu .vcrait employé à fournir, le jour de raiuii\crsaii'e de mu mort, un manteau noir aux gentilshommes de la maison /eu, pIuA 500 pour un de\aut d'autel vn brocart de velours et d'or qu'on étalerait ce nu'^iuc jour. Il lt*gua encort* û Saint-Autoine de Padoue 5,000 ducats pour nue chapelle) à lu cathédrale de Vicence, 5,000 autres pour une mesbe quoti* dieiine et diverses (fuvrt*s pi(Hi<M*^ ; à Saint-Marc de Vraisi*, neuf grands vaiet
SÀNSOYINO. i6i
'eodramiii» la riche tour de Thorloge et le côté de la cour ducale^ m Saint-Marc, « exemple d'ordonnance élégante et magnii]Qe.B
n suffit de mentionner de Martin Lombarde Té'jole de Saintarc, d'un très-bel effet. Les vieilles constructions à Bialto et aaÂanteresse façade de Tarchiconfrérie de Saint-Roch^ sont i Scarpagnino. Barthélémy Buono construisit les Procuraties 152a eiUes. Le Véronais Jean-Marie Falconetto, ayant échangé le iooeau contre le compas, et nourri de l'étude des anciens^ dont t premier il dessina et décrivit les théâtres et les amphithéâtres^ arrit Tempereur Maximilien qui avait alors conquis Vérone ; uis, la paix rétablie^ ayant obtenu sa grâce, il remplit TÉtat de eaox édifices, et Padoue lui dut la très-belle et très-ornée loge esCoroaro, les portes de Saint-Jean et de Savonarola, celle qui 3 trouve sous l'horloge dans la place des Seigneurs^ et les orements en stuc de la chapelle du saint.
L'alhire des choses fut changée par Sansovino (Jacques Tatti i^'îo-isTo &Florence)^ qui était déjà formé au style de Micbel-Ânge, nque^ de Rome saccagée, il se réfugia à Venise^ où il fut Ofomé protomaltre. Il dégagea la Piazsetta, où il construisit i jolie petite loge, répara les coupoles de Saint-Marc^ fit Téglise eSaint-Géminien, et donna plus de simplicité à Tintérieur de lùflt-François de la Vigne ; l'escalier d'or^ les magnifiques palais omaro près de Saint-Maurice, et Dolfîn^ à Saint-Sauveur^ sont !X»re de lui. Dans la façade de la bibliothèque, un des meilleurs iifices modernes, il essaya de résoudre le problème très-diffib, et né d'unefmauvaise interprétation du texte de Vitruve^ de ire tomber la moitié d'une métope dans Tangle de la frise )rique. Mais à peine avait-il terminé Tédifice^ que la voûte îcroula; mis en prison, puis rendu à la liberté^ il Texécuta en ns et en roseaux. Dans les sculptures, il eut un style préteniox; ses deux géants, dont la masse rapetisse Tescalier auquel donnent leur nom^ bien qu'ils n'aient pas l'attitude théâtrale vulgaire^ alors mise en vogue par Baldinelli et d'autres, manant de signification et d'opportunité ; ils sont bien inférieurs i statue pleine de dignité de Thomas de Ravenne sur la porte SaintrJulien, à la Madonnina^ et à d'autres bronzes dans les
^t;aiix pauvres de Venise, 10,000 ducats, et 13,000 pour la construction aînt-Fantin, entre de moindres legs. Du reste, qui consistait en or, en aident, ierreries, U constituait héritiers Alexandre VI et la république de Veiiise.
Hl&T. DES ITAL. — T. VlII. 11