PALLADIO
les palais, où l'égalité de grandes fortunes et le désir de ne pas roter au-dessous de son voisin, apparaissent plus que la magnifiooice. Ses vestibules sont beaux, parée qu'il en trouvait le modèle chez les Romains ; mais il applique ceux des temples aux maisons de campagne; dans les appartements, il néglige la commodité, et sacrifie les convenances au goût classique^ à TexécutioB correcte, aux formes choisies. A Venise, ayant succédé h SnHOvino, il exécuta dans le cloître de la Charité le plan donné (MOT Vitruve pour les maisons romaines ; mais le feu détruisit cette construction ainsi que son théâtre.
Dans l'église et le réfectoire de Saint-George-Majeur, il imita la basilique au lieu du temple païen. Son chef-d^œuvre est Péglise du Rédempteur, qu^il bâtit pour accomplir un vœu fait par le sénat lors de la peste de 1576; mais le peu d'éléments qu'il trouvait chez les anciens, l'obligèrent à reproduire trois fois cette fcçade dans Venise, sans égard pour la distribution intérieure, nipour la différence entre deux églises de pauwes capucins et une de riches bénédictins. D'ailleurs, comme il concevait l'architecture sans rapport avec la sculpture, il laissait gâter ses constructions par les stucs et les statues, mêlées confusément, deFittoriaetdeRidolfi.
ABrescia, il travailla dans la cathédrale et le prétoire; à Turin, iins le parc royal. Il avait fourni des plans pour la cathédrale (leBergameet d'autres édifices non exécutés; en un mot, il ne sefiûsait aucune construction importante sans qu'il intervînt. Il simait à faire usage de la brique, parce qu'il voyait qu'elle durait phs que la pierre. Comme il bâtissait richement sans dépense excessive, et savait employer toute espèce de matériaux pour la décoration, il a mérité d'être étudié, non par ses contemporains d^ dévoyés, mais par les modernes, surtout quand ils ont conâiéré la i^le comme la beauté principale.
Le pont de Rialto, dessin de frère Joconde, de Sansovino et fePalladio, fiit confié à Jean de Ponte qui offrit le plan le moins coûteux. Deux siècles et demi ont attesté la solidité de cette
constraction si hardie, qui d'abord avait inspiré des craintes; on
fte saurait en louer la beauté (1).
(1) Il a 28 mètres de corde, 22 de longueur, et s'élève à T mètres au-dessus <l8Seaux moyennes. L'abbé Magrini, auteur des Mémoires de Palladio, a recueilli ^ère des documents que ce pont fut constniit par Gioranni Aluise Bolchî, PvtiieieB, duquel ob ae oonaaii plus rien.
164 SGAMOZZI.
S52-1610 Vincent Scamozzi^ de Vicence, entraîné vers Tart par L<^ exemples de son concitoyen Palladio, et connaissant les livres les travaux des anciens, fut^ à Venise, vrai centre de Parchit^ ture civile, un constructeur ingénieux et très-habile; ma froissé de trouver les premières places occupées, il résolut dc^ jeter dans des innovations bizarres ou de pallier l'imitation, fectant toute indépendance à Tégard des maîtres, dont il ne lait qu'avec mépris. Son mausolée du doge Nicolas de Poc^fa dans la Oharité^ remarquable surtout par la régularité, lui fit ofr tenir la façade de la bibliothèque de Saint-Marc et les Procun. ties neuves. Dans le premier travail, il triompha avec talent de rinégalité du terrain; dans Tautre^ il adopta le dessin de Sansovino^ qu'il gâta par l'addition d'un étage et le mélange des trois ordres, plan d'après lequel il fut terminé par Baldassare Longhena. A Bergame^ il fit le beau palais de la Ciommime; néanmoins^ on préféra le dessin de Fontana à celui qu'il avait fourni pour rebâtir la cathédrale de cette ville^ œuvre d'Antûioe Philarète; celui qu'il présenta pour la cathédrale de Salzbourg dut encore faire place à un autre de Santino Solari^ de Côme.
Dans Vidée de Varchileclure universelle ^ Scamozzi se proposait de joindre aux préceptes des exemples recueillis dans toute l'Europe. Afin de se procurer les dessins des édifices étrangers^ il entretenait de bonnes relations avec les nobles Vénitiens qui étaient chargés d'ambassades; il put^ avec eux, faire, sans dé* pense, de lointains et fréquents voyages, pendant lesquels il écri' vait tout et dessinait tout. Mais il lui aurait fallu plus de coD' naissanceset de voyages; il ne produisit donc qu'un ouvrage confus, prolixe, embarrassé de digressions, sans compter l'ea-" nui qu*on éprouve à le voir toujours mettre au-dessous dessiel^ les travaux des autres, même les plus remarquables, a Les fat^' a gués f nous les avons endurées volontiers, et pour notre in^' c( truction personnelle, et pour l'avantage des constructeur^ « comme ausbi pour laisser à la postérité des exemples de \ a belle manière d'édilier; car, vraiment, Palladio, Buonarotti « Vignole, Sanmicheli, Sansovino, etc., n'avaient rien laissé fi^ « pût servir de modèle ; » c'est ainsi qu'il s'exprime dans Vldé^ Puis, dans son testament, il disait: «J'ai tâché de restituer • « son ancienne majesté rette noble science...; avec beaucoup^»* a fatigue et de dépenses, j'ai amené mes livres à laperfection * - « j'ai orne Venise d'une infmité d'édifices, qui ne le cèdent ^^ tt beauté et en magnificence à aucun de ceux des anciens...; y
AKCHITEGTUAE A MILAN. 165
« œ doute pas que mes écrits et les nombreux édifices que j'ai «construits, ne soient faits pour conserver éternellement mon «souvenir, k»
La loge de Brescia suffit à la gloire du Vicentin Formentone, comme le palais ducal de Modène à celle de Barthélémy Avanzini, de Rome.
 Milan, on avait déjà fait le Grand-Canal et celui de la Muzza^ les deux plus grands du monde, bien que le génie d'un simple ouvrier eût suffi pour les accomplir. A Tépoque où nous sommes, Joseph Méda fournit les plans des navigli de Pademo et de Pftvie avec de nouveaux perfectionnements^ et fit la majestoeose cour du grand collège. Fabio Mangone s'est immortalisé dans la cour au style théâtral du collège helvétique, et par la bibliothèque Ambrosienne; Martin Bassi édifia la porte Romaine et Saint-Laurent; Vincent Seregni construisit plusieurs édifices autour de la place des Marchands et quelques cloîtres; on doit à François Richini beaucoup d'églises et divers palais^ parmi lesquels celui de Bréra, tous remarquables par Paspect grandiose, les décorations théâtrales et de belles cours; ces noms sont pourtant ignorés des historiens.
Pellegrino Pellegrini de Tibaldo, Milanais né à Bologne, affligé de ne pas réussir dans la peinture, avait résolu de se laisser mourir; puis, mieux inspiré, U étudia l'architecture. Parmi ses nombreux travaux, incorrects mais grandioses, figurent les sanctuaires de Ro et de Caravaggio, Tarchevêché de Milan, la maison professe des jésuites à Gênes. Nommé ingénieur de l'État de Ifilan et chargé de diriger les travaux de la cathédrale, il en dessina le pavé et la façade; mais Martin Bassi, appuyé par le ancrage de bons maîtres, fit rejeter beaucoup d'innovations bizarres contenues dans ce plan (1). Appelé par Philippe II pour édifier FEscurial, il obtint de ce roi des sommes considérables etlefîef deValsolda.
Gènes, qui se sentait riche, voulut encore être belle, et ses seigneurs parurent s'entendre pour Torner; or, comme ils ne pouvaient retendre par des quartiers nouveaux, ils refirent les anciens, travail où déployèrent leur talent le Comasque André Vannone, Barthélémy Bianco, le Lombard Rocco Pennone, Ange Palcone, Pellegrini et d'autres d'un grand renom. Le Pérousin Galéas Alessi^ qui avait terminé, dans sa patrie, les fortifications
(1) Voir Bassi, Dîspareri in materia éParchîUttura e di prospettiva, 1572.
106 ARCHITEGTïïaE A 6ÉNES. SAJfMICH£LI.
commencées par Sangallo^ fut l'àme de tous ces architectes * Gênes, il ouvrit la rue Neuve, bordée des magnifiques pala Grimaldi, Brignole, Lercari,Carega, Giustiniani, pour lesquels | nature exigeait une distribution différente et offrait des marbre et des colonnes ; celui des Sauli, avec une infinité de coIoihm en marbre d'un seul morceau, figure parmi les édifices de œ genre les mieux entendus de PItalie.
Sans parler de quelques maisons de plaisance construites dans les environs, il érigea la Vierge de Garignano, une des églises te mieux finies et les plus solides; il prolongea le môle, erobeISt le port et les greniers publics. Dans l'édifice très-hardi des Banques, il couvrit, avec peu de matériaux, la longueur de trentecinq mètres et la largeur de vingt-deux. Il travailla ménœ dans d'autres villes; à Milan, outre la façade trop surchargée de Saint- Celse, il fit le palais de Thomas Marino, où se déploient les décorations et les ordres les plus apparents.
Michel Sanmicheli, formé par les leçons de son père etdeBOD oncle> étudia les débris de l'antiquité, d'abord à Vérone sa patrie, puis à Rome, où bientôt il acquit de la renommée. Chargé de continuer la cathédrale d'Orvieto^ où tes meilleurs architectes l'avaient précédé, il se conforma à leur style; plus libre dans celle de Montefiascone , il fit une coupole à huit côtes, dont la circonférence constitue le temple. Il embellit sa patrie et Venise d'autres édifices, et il n'entreprenait aucun travail sans avoir fait dire une messe solennelle.
Son nom se rattache spécialement à l'architecture militaire, qui avait dû se réformer après le changement introduit dans les armes : elle avait déjà occupé Brunelleschi , qui fut employé à des travaux de fortifications par Philippe-Marie Visconti, parles villes de Pise, Pesaro et Mantouc; Mariano-Jacques Taccolaet George Martini, de Sienne, Léon-Baptiste Alberti, leMilanris Lampo Biraghi, qui parla Tun des premiers de l'artillerie, dont il proposait de faire usage pour délivrer la terre sainte. Le traité que Hobert Vallurio écrivit sur les instances de Sigismond Malatesta porta dans ces constructions la lumière que celui d'Albert avait jetée sur l'architecture civile ; on peut y voir le passage (Mitre les armes à tir anciennes et lot- nouvelles. Pierre Cattaneo, (le Sienne, Daniel Barbare, Pliilarèto, Antoine Cornazzano, François Patrice, Vannoccio Biringucci, et, pour taire les autres, Léonard de Vinci, avaient traité incideumient de rarchitectiire uiilitaire.
arghiugtes militaires. 467
Lorsqu'à fut chargé , par Clément Vil , des fortifications de l'État papal , surtout de celles de Parme et Plaisance, avec Antoine Sangallo le Vieux, Sanmicheli se passionna pour ce genre le constructions , dont il conforma le système au nouveau nodede faire la guerre. Jusqu'alors une forte muraille» un large !bs9é^ des tours carrées ou rondes^ afin de protéger la courtine nterposée, éloignées l'une de l'autre d'un tir d'arc, suffisaient [K)Qr la défense d'une ville. Après ^introduction des armes à feu^ 1 fallut des tours angulaires entremêlées à des tours arrondies, genre de construction qui précéda les boulevards proprement dits (i), et qu'on dut abandonner également lorsque ceun-ci furentadoptés, parce que les tours, en faisant saillie sur la cour* tine, gênaient la défense. Sanmicheli fit les bastions à triangle saJUant plus ou moins obtus^ s'appuyant sur les deux flancs qui protègent les courtines, avec des embrasures basses sur les côtés» pour doubler le feu des batteries et garantir à la fois la courtine ^ le fossé. Toutes les parties se trouvèrent ainsi défendues par ks Bancs des bastions^ tandis que dans l'ancien système le front estait découvert,
I<es défenses flanquantes furent ainsi substituées aux défenses plombantes, et les murailles en talus aux murailles perpenlicQlaires; l'artillerie, en frappant à angle oblique dans les Ours, occasionne moins de dégât que lorsque les coups por- But droit , et si môme elle enlève le revêtement extérieur^ la 'frasse se soutient par elle-même. Sanmicheli construisit de cette uuoière à Vérone le bastion de la Madeleine et d'autres^ démolis s nos jours^ aux termes du traité de paix de Lunévilie; il dota egnaho, Orzinovi et Castello de fortifications semblables, puis Bbenico, Chypre, Candie, Napoli de Romanie, qui devinrent de >rtes barrières contre les Ottomans. La forteresse duLidoàVeisejSur un terrain détrempé et battu par la mer, semblait offrir eu de solidité. Pour faire l'épreuve de ses remparts, on fit partir Ift fois toute la grosse artillerie dont ils venaient d'être armés.
(i) Lés boulevards de Sanmicheli ne furent pas les premiers, comme Ta démontré Promis dans ses Commentaires sur Martini, il, 300. Il y en avait déjà ^ntow de Florenee en 1520; à Urbin, api:ès 1521 ; à Bari, avant 1534. Au 51^6 de Rhodes, en 1522 , les boulevards étaient déjà construits à la moderne P^ ie \éuilieu Basile de la Scala , ingénieur de Maximilien I" et de Charles- Quiat. En 1518, Charles III de Savoie ajouta de semblables boulevards au châ- ^uqui domine Nice. Albert Pio, en 1518, munissait ainsi Carpi; Padoue, "évise, Ferrare et d'autres places fiueut bastionuées de cette manière.
168 ARGlirTECTES MIUIAIRES.
Sanmicheli , pour associer la boauté à la force^ ornait l'entrée (les places de constructions que Yauban^ plus tard^ conseillai d'adopter. La porte Neuve , celles du Pallio de Saint^ZénoD^ à Vérone , démontrent tout ce que peut la réunion de connaissances variées.
Galéas Alghisi do Carpi appliqua le premier la courtine à tenaille à toute espèce de polygones, et voulut prouver Tutilité des courtines en arrière, qui devaient produire des résaltats d'autant plus efficaces que Tangle serait plus aigu; mais l'expérience démentit ses calculs. Nicolas Tartaglia s'occupa du tir à ricochet, que l'on croit inventé un siècle et demi plus tard. Le premier il étudia les questions touchant,les degrés d'inclinaison des poids , TeiTet des projectiles, les distances des tirs comparées à Pinclinaison et à la charge, et proposa beaucoup d'améliorations sur la forme des boulevards et des cavaliers.
Jean-Baptiste Bellucci de Saint-Marin, qui servit le marquis do Marignanau siège de Sienne, François I" et d'autres, pe^ rectionna les fortifications. Dans une époque où elles inspiraient tant de confiance, Jean-Baptiste Zanchi démontra que tout l'avantage qu'elles procurent contre l'attaque, c'est de donner aux assiégés le temps de se mettre en mesure. La seule tradoctioD de son ouvrage est celle de la Treille (i), que les Français dtedt comme la première sut* cette matière dans leur langue.
Jacques Lentieri, de Breseia, écrivit desdialogues sur ce sujet et sur la manière de lever les plans des forteresses ; le premier il a(^uya sur les mathénnatiques la science des fortifications. Chaurles Tbéii enseigna divers contre- forts, les doubles enceintes, les contre-garde continues, les bastions détachés. Pierre-Antoine Fusti dTrbin dit h Castriùi fit le siège de Sienne, muoit Saint^Hientin» Calais et toute cette frontière avec un camp retranche, bâtit tJtùs forts dans la Navarre, et mourut ingénieur général dt' Franœ en I5G3. U avait pubhé un traité de la forUfkaikn if* \iUt$i ^Venise l5dA^> avec Jérôme Maggi, qui défendit Fagamoufle , où les Turcs le firent prisonnier; il fut égorgé après une dure captivité. Gabriel Tadini de Murtinenigo, bon ingénieur mihtaii>^> i>^para lets fortifications de Beifiiiie; il servit Venise dans U guetT^^ contre te tigoe, et mérita d'être noouné
M: -•««jN»^ 9i*r ir Mi^^utit** Jit Hfiryft^ Hmit^i Mt /« Tftilie: LfO^i 1S86. Voir
ARCnllteCTES MILTTAIRES. 469
directeur des fortifications de Candie ; il fut l'un des plus actifs défenseurs de Rhodes, puis grand n)aître de rartillerie de Charles- Ooint; enfin, il fortifia les îles de T Archipel contre les Turcs.
Nous devons savoir gré à ces ingénieurs d'avoir opposé une barrière aux nouveaux barbares qui menaçaient la civilisation earopéenne, et contre lesquels les rois, toujours aux prises entre eax^ laissèrent Venise combattre seule.
Aristote Fioravanti , qui transporta à Bologne la tour de la cité, bâtit beaucoup de forteresses pour la Moscovie. Rodolphe de Camerino^ après avoir construit les boulevards de sa patrie^ servit Etienne Bathori en Transylvanie et en Pologne , oii il enseigna Fusage des boulets rouges. En Flandre, Paciotto éleva la ôtadelle d'Anvers, et fournit des plans pour celles d'Amérique. D'autres fortifications en Flandre furent dues à Ascagne de la Gornia. Jérôme Bellarmati^ banni Siennois, et auteur d'une Corographia Tkascix, fut ingénieur principal de François V^, constroiât le port du Havre à Tembouchure de la Seine, et bastionna Paris. Le roi , voulant l'envoyer assaillir Barcelone avec Tamiral Gomte d'Anguillara^ il refusa^ parce qu'il avait été contraint dé birdeux fois avec celui^i (i).
Catherine de Médicis fut accompagnée en France par Jérôme et Camille Marini^ Campi^ Befani, ingénieurs militaires, et par le devalier Relogio^ qui fortifia Brouage avec intelligence. Le crémonais Antoine Melloni , après avoir défendu Vienne et conooora à prendre beaucoup de forteresses sur le Rhin^ où il fit un cnnp retranché pour quarante mille Français^ éleva d'autres fortifications pour tenir en bride la garnison anglaise de Picardie^ avant que Calais fût pris par l'Italien Strozzi ; puis huit mille Mens avec lui^ commandés par le prince de Malfi^ combattait autant de leurs compatriotes qui ^ à la solde d'Angleterre, te fortifiaient à Boulogne, sous la direction de Tingénieur Jéftoe Pennachi, Trévisan, qui fut tué dans cette ville en 1514.
Bourg en Bresse fut bastionné par le Milanais Busca. Alexandre de Borro , d'Arezzo , élève de Piccolomini , très-utile à l'empire? surtout pour avoir fortifié Vienne, autrefois munie par d'autres Italiens^ tels que Floriani de Macerata, Pierre de Bianco^ Scala, Jean Peroni^ intervint dans les principales batailles de l'époque; puis, au service de Venise, il soumit Égine, occupa Ténédos et Lemnos, et mourut des blessures qu'il avait reçues en se défen-
(1) Ugurgibrt, Pompe sanesL
470 ABGHITEGTES MILITilBBg.
dant avec un seul navire contre trois bâtiments barbare8qoes(4).
Le Toscan Ostilio Ricci fortifia les Iles d'If et de Poinien. Augustin Ramelli^ Milanais^ servait le roi de Pologne^ et mourut sous la Rochelle, bastionnée par lui. Le Ferrarais Pasini fortifia Sedan. Vincent Casali^ auteur de la darse de Naples^ tniTailli dans le Portugal; à Saragosse, TiburceSpannoccbi faisait un pont* Icvis qu'un soldat suffisait h lever, et dont on ne voyait paslei chaînes. François Giuramella munit Kustrin. Le Génois Bosio fondait des canons pour les Russes; Solaro construisait deux châteaux a Moscou^ et Simon Genga , en 1581 , munissait lei bords de la Uwina.
Le plus remarquable pour la théorie et la pratique fut le Bolonais François Marchi, ingénieur d'Alexandre de Médias, puis de Pierre-Louis Farnèse et de Paul 111 ; plus tard^ il suivit Marguerite, veuve do ce Farnèse, dans les Pays-Bas, où, pendant trente-deux ans, il s'occupa de fortifications, outre qu'il introduisit l'usage des carrosses à Titalienne. 11 avait écrit sur plusieurs sciences et des machines un ouvrage resté incomplet et inédit; Fantuzzi, dans les Écrivains bolonais f a fait connaître ce travail avec étendue. Il inventa divers genres de bastions, des cavaliers, des demi-lunes, des ravelins, des tenailles simples et doubles, une grande variété de lignes importantes, des fossés» des cliemins couverts. Avant tout, il s'efforça d'élever le caractère de rhomme et de le moraliser. On lui fait honneur des trois méthodes attribuées à Vaubnn, auquel ne revient peut-être que le mérit(Mlos applications systématiques, outre qu'il sut associer Tart des fortifications à la straté^i<?.
Il n'est pas inutile do rnp|K*ler, à l'appui de la priorité des Italiens, tpie les noms des fortitications nouvelles sont la plupart d'origine italienne, ni(*'metMi l'nuiçais ; sans parler des mots pia^^^ forma, mima, riveliino, ingffjnere, nous pouvons citer bastione, nttadftia^ baiuanio, orecrhtonry merlone^ parapetio, gabbionit easewatîe, caserme^ banchetta, canurUa^ luneUa^ contrascarj^f pahzzatu, spianaia, bomba y artifjiifriay eU\
!>*aulres s*(HTU[>t»reMt d*an'hit^cU^l^» nautique, comme le Milanais Camille Agrippa (2^ et Mario 8avorgnano, comte de Belgrade [1^. Iteaueoup ecri\iivnt 5ur Thydraulique, science (pi
^u^ -i'.v fwi,.;u*T U"ci:tr < 'vj' .,;.•-.■ j ^(i\^n^^* ..: rrffu-nc e C uso de* piu t*' i.TMii i JkyltHHi «Hii^hl misJtrki » 1 ^Vtl.
HmUTURISTES. 471
otftit constamment des applications en Italie ; parrAi eui, on distingue Louis Gornaro , qui traite des lagunes de Venise comme moyens de défense (1).
De même qu'ils se distinguaient dans ces grands travau)c^ les Italiens devenaient habiles dans d'autres plus humbles. Récriture et b peinture, sorties ensemble du sanctuaire, marchèrent longtemps unies, et la miniature des livres où elles se donnaient la main conserva fort tard les types que les artistes abandonnaient. Bien que Timprimerie et la gravure leur eussent fait perdre leur importance, il nous en reste encore d'étonnants exemples dans les livres de chœur et de dévotion, et Ton peut môme dire que es meilleurs sont des derniers temps. Le manuscrit de Marcien îapella, à Venise, est merveilleux ; enluminé par le Florentin itavanti, sur la fin du quinzième siècle, il offre une telle richesse 'or^ de minium à la manière antique, d'outremer selon le genre onveau, avec une si grande variété de figures et d'ornements aisés dans la nature matérielle, dans la fantaisie et les symboles^ ttll ravit d'admiration môme les plus difficiles.
Les livres de chœur qui ont passé de la chartreuse de Pavîe
Bréra de Milan méritent les plus grands éloges. Antoine Kx^ara en peignit de très-beaux pour la cathédrale de Crélone, et couvrit de miniatures, en 1484, un jeu de tarots pour î cardinal Ascagne Sforza. Or, comme on voyait dans la miniaire un art de goût pauvre, bon pour gagner de l'argent et res- ^int à copier matériellement la nature, beaucoup de peronnes s'y adonnèrent; au premier rang brillèrent Jérôme des iibri , Libérale de Vérone, le Croate dom Jules Clovio, et Félix tamelli son élève, frère Eustache, frère Philippe Lapaccini, et l^autres dominicains. Qui ne connaît le bréviaire de la bibliohèqtte Marcienne, qui appartient à Grimaldi ? Œuvre d'Hemneling, il dispute la primauté de cet art aux miniatures d'Éietine Fouquet de Tours, maintenant possédées par les Brentan iê Francfort.
Benvenuto Cellini, orfèvre et fondeur, dont nous parlerons ailleurs, ne voulait pas être considéré comme inférieur à pçrsomie, si ce n'est à Michel- Ange ; on aperçoit dans son Persée quelque^ chose de Texagération dominante; mais il passe pour inimitable dans les nielles et l'orfèvrerie. Il était d'usage alors «l'ajuster aux bonnets des médailles d'or, et le Milanais Caradosso
W Tratiato delU aeque; Padoue, 1660.
472 PIERRES PRÉCIEUSES f, MÉDAILLES.
Foppa ne les faisait pas payer moins de 100 écus chacune. CeUU qui le réputait a le plus grand maître en ce genre qu^il eût m et le jalousait plus que tout autre, )> en fit beaucoup, eim qn d'autres ornements^ pour les costumes pontificaux et lesbeaiM de la cour de France. Ces ouvrages^ à cause du prix de la bm*
* tière, ont été détruits en grand nombre, et ceux qui restent soDl
au-dessus de toute valeur. D'ailleurs, presque tous les arliiltf célèbres s^exercèrent à modeler quelques bagatelles ou à dseiei des bijoux.
Les pierreries mêmes ne paraissaient pas d'un luxe assezgnfidj si elles n^étaient point travaillées. Jean des Comiole (des Coni' Unes) s'immortalisa sous Laurent de Médicis, et fit un menreil leux portrait de frère Savonarola ; le Milanais Dominique dei Cammei (des Camées) reproduisit la tête de Ludovic le Hou sur un rubis; Jean Antoine de Milan exécuta sur le plus gmk camée moderne les portraits du duc Cosme, d'Ëléonore sa fensM et de ses sept enfants, jusqu'aux genoux; Raggio cisela sur un coquille Tenfer de Dante, avec les gouffres et divers supplicei Les cristaux des cinq frères Saracchi ont paru une merveille Fun d'eux fit, pour le duc de Bavière, une galère en critti montée en or et en pierreries, servie par des esclaves noirs, ar mée de canons qui partaient, avec des voiles et tous ses agrèf Un vase de la même matière lui fut payé 6,000 écus d'or, ootn 2,000 livres à titre de cadeau. Jacques de Trezzo grava sur dis mant les armes de Charles- Quint, et pour FEscurial de Madri( un tabernacle en forme de petit temple, avec huit colonnes d diaspre sanguin, et une profusion de statues d'or, de pief reries.
i5'io Le Yicentin Valerio produisit sur des pierres précieuses de
compositions difficiles, a avec une pratique si étonnante, qui n'y eut jamais personne de son métier pour faire plus d'ouvnge que lui. » (Yasabi). Un coffret, avec neuf compartiments daosi couvercle et autant dans le caisson, lui fut payé 2,000 écus pi Clément Vil, qui en fit cadeau à François V, à FoccasioD d mariage de Catherine dcMédlcis. Un autre, cti argent, avecde ornemente et des statues dans le style de Michel-Ange, ave beaucoup de sujets en cristal de roche, qu'on montre dans I musée Bourbon comme sorti des mains de Cellini, est Fœuvre c Jean-Bernard de Castelbolognese.
Le Véronais Mathieu de Nazaro fit sur diaspre sanguin'ui déposition de croix, où les taches rouges figuraient le sang; b
PIEKRES PBÉGIEUSES, MÉDAILLES. 173
belle d'Ësie, marquise de Mantoue^ acheta ce travail à un prix élevé. François P' rappela en France, où il fut pensionné comme artiste et musicien , puis chargé de travailler dans Pbôtel des monnaies. Des graveurs italiens continuèrent à passer en France, et c'est à eux certainement qu'il faut attribuer les bracelets en coquilles de Diane de Poitiers, qu'on admire maintenant dans le «èinet impérial de Paris. Le Grémonais Jérôme de Prato dit le CMni lombard fit des nielles, des médaillons, des objets d'orié?rerie, et un joyau donné par Milan à Charles-Quint. D'autres Hilanais, à Florence et en France, travaillèrent aux mosaïques de pierres dures, et les Florentins eux-mêmes confiaient des travaux aux orfèvres milanais (I).
Un grand nombre d'individus se distinguèrent dans les médaillons (S), autre imitation des anciens; on en possède des artistes les plus habiles^ et isurtout de PoUajuolo. Victor Pisanello, de Vàx)ne, s'appliqua entièrement à ce genre, qu'on peut dire créé par lui; il a des têtes fines et variées, et sur le revers des sujets d'ime belle invention, où la vie respire, et dont le dessin est bardi. Le Florentin Jean-Paul travailla à la cour de Philippe II, de même que LéonLeoni d'Arezzo et Pompée, son fils; mais ce ne fut que plus tard qu'on employa l'emporte-pièce pour améliorer la monnaie courante.
Quelques-uns, préférant le lucre à la gloire, s* appliquaient à ooDtrefaire l'antique, et Jean Gavino, de Padoue, remplit le monde de médaillons faux, alors qu'il pouvait lui -môme en exé- CQter d'adoiirables. Michel-Ange dit que l'art était parvenu au comble, lorsqu'il vit une médaille d'Alexandre Gesari dit le ^echelto, qui représentait Paul III sur l'envers, et, sur le revers, Alexandre le Grand s'inclinant devant le grand prêtre à Jérusalem ; le Phocion de cet artiste ne le cède point à ceux des aocieDs. La bacchanale même, dite sceau de l^iichel-Ange, fut supposée antique pendant quelque temps; mais on sait qu'elle ttt l'œuvre de Marie de Pescia.
L'art de la marqueterie eut surtout pour objet les stalles de ^^q
(1) Gatb, Correspondance dPartistes^ II, 364 .
(2) Mathieu Pasti, Jules de la Torre, Pomedello, Caroto, outre Galéas et Jérôme MondeUa, Nicolas Awanzo, Jacques Caralio , qui gravèrent encore dc3 pitnes dures; le Mantouan Sperandio, le Vénitien Jean Boldù, le Uoionais FnnçoisFranciay le Vénitien Victor Camelo. Dominique de Paul, de même que le Pïffmesan Ludovic Marmitta , imitait trcs-hien les médailles autiques. (Gico- GNâra, Hitt. de la scul/jUirc, liv. v. cii. 7.)
il A MARQUSTXRIIS.
chœur et de sacristie. Les armoires de Sainte-Marie del Fieie, par Benoit de Majano^ sont admirables^ et plus encore les travaux qu'il envoya à Mathias Corvin. Frère Damieo, de BergaoU; convers dans cet ordre des dominicains qui fournit tant (flûtistes^ exécuta de beaux ouvrages dans sa patrie» mais plus efr core à Bologne pour le chœur de Saint-Dominique; il woHùan les contours et les teintes obscures» au point d'égaler la peioture (i). Son frère Etienne, à ce que Ton croit» fit les marqueteries des bénédictins de Pérouse^ sur les dessins de Raphaël on de Raphaël lin de CoUe^ ou peut-être sur les siens propres. 11 ht imité par des compatriotes^ tels que Laurent Zambelli dans la chœur de la cathédrale de Gènes, les frères Capodiferro de Lovere dans celui de Sainte-Marie-Majeure de Bergame, Pime des Maffeis et lesBelli; dans cet art excellèrent encore leiLa* gnaghi, et frère Raphaël de Brescia^ les Genesinide LeDdinsrtf les Indovini de Sanseverino^ Christophe Saint -Augustin à BfiisD; Joseph Guzzi; Jean-Baptiste et Santo Corbetti.
Padoue, Venise, Vérone et Trévise eurent des marqueterie excellentes faites par trois religieux Olivétains, dont le plus célèbre, frère Jean de Montoliveto, de Vérone, appelé par JalesDf incrusta dans le Vatican une magnifique porte sur les dessins de Raphaël ; on lui doit encore les stalles si belles de la cathédrale de Sienne. Parmi différents travaux de ce genre que Tod voilà Naples, le chœur de Saint-Séverin et Sossio, exécuté de i 560 i 1565 par Barthélémy Chiarini et Benvenuto Toiielli de cette ville, est admirable par l'élégance et la variété. Les tableaux reçurent de très -beaux cadres marquetés, et Raphaël chargea Jean Barile de travailler à des portes et à des entablements.
J'appellerai volontiers marqueterie les clairs-obscurs de mosaïque, art né peut-être, mais certainement perfectionnés Sienoe dans le merveilleux pavé de la cathédrale, commencé grossie ment par Duccio, continué par les meilleurs artistes et toujooff
(1) Charlcs-Quint^ lorsqu'il se rendit à Bologne pour son couronnement; k* prit pour des peintures; ayant tiré son poignard, il en détacha quelques lOOf' ceaux pour s'assurer du fait. Il alla ensuite dans la cellule où travaillait le frère» qui ferma la porte aussitôt qu'il fut entré. L'ein[)ereur lui ayant dit que ion compagnon était Alphonse, duc de Ferrare, le moine répondit qu'il le comiaii^ sait bien y mais qu'il ne voulait pas l'admettre dans son atelier, parce que^ ^ traversant ses États, il avait élé contraint de payer un droit pour ks quekpifla iuitruments de fer de son métier. L'empereur l'apaisa, et le duo lui aoooiv* franchise de tous droits pour lui et ses élèves.
VITRAUX, BMAUX. 176
amélioré jusqu'à Beccafumi. Les mosaïques de Saint-Ma^re furent des modèles toujours suivis à Venise ; mais on en exécuta de meilleures à Rome.
Les Français et les Flamands surpassèrent les Italiens dans Fart de colorier les vitres des fenêtres. Bramante appela maître Qaode et ft'ère Guillaume de Marcillac pour orner le palais du Vatican et Sainte-Marie au Popolo ; le dernier enrichit d'autres trafaox Arezzo, Florence, Pérouse, et enseigna le coloris à Tasari, qui Ten récompensa par une biographie où respire l'aftection. Parmi les artistes italiens en ce genre, nous trouvons Fabien de Stagio Sassoii et Baptiste Porro d'Arezzo, Pastorino Hicheli de Sienne, Maso Porro de Ck)rtone, Visconti et André Pûstanti dans llncoronata de Lodi, un certain Alexandre Fiorentino qui fit les vitraux de Sainte-Marie-Nouvelle, à Florence; mais ceux de Saint-Jean et Paul à Venise ne sont pas des Vivarini. Plusieurs jésuites s^appliquèrent à cet art.
Les Italiens, pour les émaux, n^égalèrent pas non plus les ar* listes d'autres pays; mais, tandis que les étrangers affirment en avoir produit de transparents au seizième siècle, les Italiens peuvent en montrer à Orviéto et à Venise qui datent de 1350.
Les artistes italiens et Texemple italien répandirent le goût moderne et la correction au delà des Alpes, et firent abandonner le gothique; on en trouve peut-être le premier exemple dans la salie du Couronnement à Prague, et dans un édifice de Solesmes de 1493. En France, Louis XI lui-même apprécia, au milieu de son ignoble cortège, le mérite de Jean Bellini. Charles Vllf, épris de la culture italienne, emmena en France des artistes et des ouvriers (1); il fit exécuter beaucoup de travaux, surtout à Amkoise, «par des ouvriers excellents, sculpteurs et peintres, qu^il avait amenés de Naples (Gomikes); » son tombeau en marbre noir, avec des figures de bronze doré, est du Modenais Paganini. François I®', réveillé de son funeste songe de la conquête d'Italie, se fit une Italie artificielle à Fontainebleau, où il recueillit les débris du pays au naufrage duquel il avait trop contribué. Le marchai de-€haumont, qui, gouverneur du Milanais, avait cherché ^alléger le poids de la servitude en protégeant les arts, appela de ce pays André Solaro qui peignit le château deGaillon.
(1) Dans les archives de Fart français, par P. de Glieimevières, liv. n, on lit ^^ des gages des owriers italiens employés par Charles FUI; là se trouYent ^^re, ^Tec des peintres et des sculpteurs, des ouvriers (|e toute sorte, des me- '^i&siers, des tailleurs, un jardinier , des parfumeurs, des brodeurs, etc., etc.
176 ARTISTES ITALIENS A l'ÉXRANGEB.
Léonard de Vinci aurait pu enseigner aux Français non pas à contrefaire les Italiens^ mais à étudier leur manière de travailler; au lieu de les éblouir par Tenthousiasme^ il devait seconder lear qualité dominante, ^intelligence. Au contraire^ poussée tout d un coup à copier Tltalie^ la France perdit l'avantage du noviciat, et limitation étouffa son originalité. Le Florentin Boséo des Rossi, comme s'il n*eût pas existé de peinture avant le grand style^ et ne comprenant que celle qu'il savait^ travaillait sans inspiration^ et tombait dans le fantastique parce qu'il ne voulait suivre aucun modèle; dans sa TramflgurationkCWtài, de CastellOi il mit une bohémienne au bas du tableau. Il implanta l'école italienne à Paris, ayant pitié des artistes français, secs et pauvret; ses élèves, peu nombreux^ il ne les admettait qu'à la cooditioD qu'ils abandonneraient les traditions nationales et naïves^ pour adopter le genre théâtral et affecté : préférant les artistes médiocres à ceux qui l'égalaient^ il employa Laurent Naldini^ élève de François llustici^ lequel avait aussi travaillé en France; Antoine Mimi, Dominique de Barbiere, Luc Penni^ Barthélémy Miniati, François Caccianimici.
Le Primatice, de Bologne, qui lui succéda dans la surveillance des édifices royaux^ dérivait de Raphaël ; mais il avait changé de manière après avoir vu Michel-Ange et sous Jules RomaiO; avec lequel il travailla dans le palais du Te; il conservait de l'élégance, mais croyait aux méthodes d'école. Il décora le cbftteau de Fontainebleau, oîi il posa beaucoup de statues et de modèlei antiques; là; il eut pour collaborateurs Bagnacavallo, Ruggeride Bologne^ Frosper Fontana, le Modenais Nicolas de TAbbate^qui tous ont laissé des œuvres en France.
Jérôme de la Robbia^ qui se rendit en France en 1530, orna le palais de Madrid^ dans le bois de Boulogne^ avec des terres cuites merveilleusement peintes, quelques-unes très-grandes et avec des reliefs; mais tout fut détruit en 1792^ et l'on vendit les ouvrages à un terrassier qui les broya pour en faire du ciment.
Dominique Boccadoro^ de Gortone, dans le plan de l'hôtel de ville de Paris^ n'oublia point le goût et les besoins du pays; de là, les larges fenêtres du lez-de-cbaussée, le toit fort incliné, avec des lucarnes monumentales.
Yignole resta deux ans à Paris, Serlio mourut dans cette ville, et Cellini y eut de bizarres aventures. 11 faut y joindre Castrioto, Bellarmati; Rellucci, Jean-Ange de Montorsoli, et un grand nombre d'autres qui furent appelés en France ou s'y rendirent vo-
ARTISTES ITALIENS A L'kTRANGER. 477
lontairement; Fontainebleau devint donc un musée de travaux italiens et de copies, sur lesquels se formèrent quelques bons artistes, tels que Pierre Lescot, Goujon, Cousin, Delorme, qui fat chargé par Catherine de Médicis de construire le Louvre.
Gontucci de Montesansovino alla en Portugal ; Jacques Aconao, Jérôme de Trévise et Toto de la Nunziata, en Angleterre; Léon Léoni^ Anguîssola et Pellegrini, en Espagne. Le Romain IHathieu-Pierre Alesio peignit à Séville un saint Christophe, dont les jaoobes, au mollet, ont quatre pieds de largeur. Il fut admiré p«r les anatomistes; mais l'artiste, ayant vu un Adam de Louis deVargas, dit : Une jambe de celui-là vaut bien plus que tout mon Christophe.
Pierre Torrigiani , élevé dans les jardins de Laurent de Médicisavec Michel-Ange, dans un accès de colère contre le grand nuHtre, lui rompit le nez; ayant pris la fuite , il combattit avec les troupes du duc de Valentinois, puis se laissa conduire par des marchands en Angleterre, où il exécuta Tadmirable mausolée de Benri Vn dans Tabbaye de Westminter . Il fit pour un grand d'Espagne un enfant Jésus, qui fut trouvé merveilleux, et le commettant, pour le payer, envoya chez lui quelques sacs d'argent; mûsTartiste, les ayant ouverts, n^y trouva que de petites pièces de monnaie montant à peine à 30 ducats, et, furieux de cette mesquinerie, il brisa son travail d'un coup de marteau. Le gnmd d'Espagne, au lieu de rougir, voulut se venger, et le dénonça coDune coupable d'avoir outragé l'image sacrée. Arrêté par l'inquisition et mis à la torture, il se laissa mourir.
Le czar Ivan , qui tentait alors d'introduire la Moscovie dans la soci^ européenne, appela des artistes italiens, et Aristote Ficravanti construisit l'église dans le KremUn de Moscou. En 1487, Pierre-Antoine Solaro commença le palais dit de Granit^ terminé par le Génois Paul Bossi , Marc et autres. Le Milanais Aloisio y fit le Belvédère et finit l'Assomption avec neuf coupoles, sans parler d'autres édifices, où le style oriental était mocEfié selon le type italien, qui figurait à côté des pyramides du Mexique et des pagodes de l'Inde (1).
(1) KUPROTB, Tableaux historiques, p. 274.
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^ ^ Ai!tt :ftait d'autant plus nécessaire en Italie,
«» A%aieut correspondre avec toutes les nations,
«^ 'it ne connaissait pas les idiomes étrangers;
^ a::t-ur$, était une espèce de gloire nationale, et
** > aMi<:«i> ^ers les écrivains célèbres qu'ils appellent
^^^^ r <\U\ châtié à la manière de Cicéron, semblait
. - iiiit»* où ces paroles, du haut de la tribune, ex-
,x «t skvs libres, et sortaient du sénat pour com-
^^ .iiâ4xNtft*$ qui, maintenant, foulaient les Italiens sous
.^»ia<nc vvniptait donc d'illustres latinistes. Jacques San- <iA «.Hi> les jours, i)endant vingt ans, Tavcugle Fran-
,^v\ k rilique très-sagac^, auquel il lisait les vers qu'il
^.^^içj^s, eu changeant parfois jusqu'à dix avant d'en
"^* ,, yivtixe \i\ Si>n poi'me De parlu Virginis respire Télé-
*it^" 4:raiuie pureté, une liarmonie virgilienne, bien qu'on
*** .v^. te vit' tixuiver des nymphes, des Protées et des Phœbus
^.ii»\ ùv^iuies les plus vénérables. 11 demande pardon aux
.^ l X .0^ oMi^'^* i^ chanter un enfant né dans une crèche;
r.» •-;v ^\y\i annonce à la Vierge le mystère de Pincarnation
\mV paî^ ^*<* Moivurc; le Jourdain personnifié raconte Fas-
\,vv*;» *tu r.lnist , telle qu'il Tapprit de Protée : art païen mis
. \ 0 dun sujet siieré ; et c'est ainsi que l'on voit figurer sur
^;i^lik|»o. ' i*' »/»• Suftnacaro.
VIDA, FRAGASTOR, PAKRNO. 179
son tombeau, dans une église clu'éUenne, Apollon et Minerve, des femmes et des nymphes.
L'évéque Jérôme Vida, de Crémone, tira meilleur parti du même sujet ; s'il ne Tégale pas dans la Chris tiade par la douceur et la dignité, il montre une piété sincère, sans aucun ornement païen. Le Christ, néanmoins, n'est guère qu'une copie d'Énée; c'est rhomme souffrant, non le Dieu inspirateur; puis, au lieu de voir toute la nature s'associer par le deuil à Fœuvre de la rédemption, et le souffle d'amour se répandre sur les haines ar* dentés, les anges manifestent le désir de venger leur Dieu. ^ un mot, tandis que les poètes prof^mes faisaient de leurs héros plus que des hommes, et grandissaient Jupiter et Pluton jusqu'à les rapprocher du type divin, les poètes sacrés rapetissaient le Christ aux proportions d'un héros.
Dans VArt poétique, le Jeu des échecs et le Ver à $oie, ceuvres envers écrites avec beaucoup de facilité. Vida affronta des préceptes arides et qui n'avaient jamais été exprimés en latin; il écrivit un bon traité De optimo statu civitati$,
Jérôme Fracastor de Vérone, pouf qui la muse n'était qu^une dtôtraotion au milieu d'études plus sévères, voulut figurer conune médecin et poëte dans la Syphilis^ thème rebutant qu'il rendit A tolérable par de belles expressions et une harmonie constante, bien qu'elle soit très loin de la suavité de nombre et de la parcimonie de Virgile, auquel il est comparé par les faiseurs de préceptes. Navagero avait tellement en horreur le$ arguties et les afféteries de Martial, qu'il brûlait aux Muses chaque année tout ce qu'il trouvait d'exemplaires de ce poëte. Fracastor donna son nom à un dialogue sur la poésie, dans lequel, s'élevant au-dessus de préceptes mesquins, il en place Tessence dans l'idéal, tel que l'entend une école philosophique toute récente.
Gabriel Faerno de Crémone, dont la vie n'est connue que par sa modeste vertu et la protection dont l'honorèrent Pie IV et Charles Borromée, écrivit cent fai)les, à la manière d'Ksope, tm vers latins, et destinées à la jeunesse, alors qu'on n'avait point encore découvert Phèdre ; telle en est la limpide simplicité, qu'on le soupçonna d'avmr copié quelque ancien. Le Véronais Flami- DÎo rivalise avec les lyriques anciens.
Pierre-Ange Bargeo chante la chasse aux chiens et à la glu , la Syriade ou les Ooisades. Marcel Palingenio {Zodiacus hu^ mcmœ vitœ) flagelle, dans des vers moins beaux que les pensées, la corruption cléricale. Il faut y ajouter le Bergamasque Basile