LETTRES PAPALES
Zanchî^ qui^ pour une accusation d'hérésie, mourut dans les prisons de Paul IV ; trois frères Capilugi, cinq Amaltei , egregii fratrès queisjulia terra super bit; André Marone, improvisateur de Brescia, que TArioste compare à son homonyme antique, et qui mourut de faim dans le sac de 1527; Aurelio Augurelli^ qtd présenta la Chrysopeia ou Tart de faire de Tor à Léon^ lequel, en échange, lui offrit une bourse vide, afin d^y mettre ce métal.
Les lettres papales étaient toujours les mieux rédigées, et ceux qui les écrivaient se considéraient comme les successeurs légitimes des anciens rhéteurs, même de Cassiodore et de Vnv gile ; ils prirent place à côté des canonistes. Beaucoup d'écrivains firent des traités spéciaux sur ce genre (1) ; on distinguait douze styles curiaux^ outre les styles poétiques, dont les principaux étaient le grégorien, puis le tuUien^ Thilarien, Fisodorien; mais nous en avons perdu la clef.
(1) Nous citerons comme exemples Mathieu, Ars dictatorum; Thomas de Capoue, Summa dictaminis; Maestro Punicio, id, ; Bernard de Naples, Dictamnat Pierre des Vignes, Flores dietaminum ^ Summa salutationum ; Guidone Fabio, Summa dictaminis, Firidarium dictaminis, Summa purpurea ; et BuoncompagDO, Théodore de Niem, Richard de Pophi, le rhéteur Jean , Jean de Garlando, (pi furent chacun une Summa dictaminis; Albert de Moria , qui fut ensuite le pape Grégoire VIII, Forma dictandi quam Romœ notarios docuit,,.
Dès Torigine, les lettres papales adoptèrent la forme et les formules de cdia des empereurs; nous en avons de Cl 4 qui portent attachée la bulle de plomb, sur un côté de laquelle on voit TA Q, et sur Tautre l'Agneau, ou le bon Pasteur, ou les saints Pierre et Paul, et bientôt le nom même du pape, souvent en lettres grecques. L^usage du papyrus se conserva jusqu'au neuvième siècle. Parfois les pontifes écrivaient eux-mêmes, plus souvent les notaires et les archivistes, qm furent des modèles de calligraphie.
Léon IX est le premier qui, dans les bulles de plomb, adopta les lettres numérales pour distinguer les papes du même nom. Victor II y représenta un personnage qui recevait du ciel une clef, et, sur le revers, une ville avec TiMcription Aurea Roma, Alexandre II y fit descendre du ciel cette légende : Quoi nectes nectam, quod solves ipse resolvam, Urbain II mit la croix entre les deux Apôtres, ce qui fut adopté par tous ses successeurs jusqu'à Clément VII.
Le nom des consuls est écrit dans les bulles jusqu'en ô4G , et celui des empereurs grecs jusqu'en 772. Adrien I"*, cessant de mettre le nom des empereurs d'Orient, date de Tannée de son propre pontificat, et ses successeurs y ajoutent quelquefois l'année des empereurs d'Occident. Jusqu'à Urbain II, lecomputde l'indiclion se rapporte à celle de Constantinople ; plus tard à celle de Rome , qui commençait au f janvier. L'année de Tlncamation ne figure pas avant Jean 111. L'ère vulgaire n'est employée qu<; jusqu'à Urbain II; mais Nicolas II s'en servit de nouveau selon l'usage florentin , c'est-à-dire qu'elle commençait le 25 mars, ce qui devint commun après Kugènc III. Dans les simples lettres, ils ne mettent que l'année de leur pontificat.
BONAMIGI^ SGÂLIGER. 181
Ces lettres pouvaient être écrites avec élégance et pureté ^ comme le prouvèrent Sadoleto et Bembo, dont le dernier^ à ce qu'on dit , aurait enseigné à n'imiter que Cicéron^ en laissant de côté les écrivains de basse latinité; mais^ en dépit de tous les éloges qu'on lui a donnés, il me semble dur et, dans sa magnificence^ bien loin de la pureté des classiques. . Lazare Bonamici de Bassano, philologue attaché au cardinal Polo, perdit ses livres dans le sac de 1527; puis, appelé à Tenvi à 1552 Padoue, à Vienne, en Pologne, en France, il forma d'excellents élèves. Il censurait les travaux des autres avec bon sens, avait en dégoût les ouvrages écrits en italien, et disait qu'il aimerait mieux parler comme Cicéron que d'être pape.
Beazzano de Trévise, auteur de poésies médiocres, et trèsversé dans les affaires, fut atteint de la goutte ; alors il vit accourir des individus de toute l'Italie pour lui demander des conseils littéraires. Plus tard , les Yolpi de Padoue furent à la fois des lettrés et les imprimeurs de la bibliothèque de Comino de Citâdella.
Jules-César Scaliger voulait se faire prêtre dans l'espérance de devenir pape, afin d'enlever aux Vénitiens Vérone, parce qu'il iftw-issa prétendait descendre de ses anciens dominateurs. Il est le premier moderne qui, dans son interminable Poétique^ ait songé à réduire en système Tart des vers au moyen de nombreux exemples. Ayant plus de goût que de génie, il aime la forme élégante et n'a point le sentiment de la force, puisqu'il met Virgile audessus d'Homère, et même l'auteur de Eéro et de Léandre; il préfère Horace et Ovide aux Grecs, et soutient avec beaucoup d'art une thèse qui , examinée en détail^ n'est pas toujours paradoxale. II passe aussi en revue les modernes, parmi lesquels il donne la palme à Fracastor, puis à Sannazaro et à Vida.
François Arsili, dans son élégie De poetis urbanis, loue plus de cent poètes latins vivant à Rome sous Léon X, et comparés aux classiques par leurs contemporains. Le facile Roscoe, qui supposa le siècle de Léon X bon comme il était lui-même, mais qui ne le connut ni ne le fit connaître, place au niveau des écrivains du temps d'Auguste les latinistes italiens et Jovien Pontano; mais il n'est pas plus vrai dans ce jugement que lorsqu'il appelle Boiardo grand poëte, et met VArcadie de Sannazaro audessus de tout ce que l'Italie avait produit jusqu'alors, l'Italie de Dante.
(82 AtrrKfcs latinistes italiens.
Ui& tiommefl qui râvent de nos jours une lUtéraiore européonnc pourraient la trouver iléjà dans ces latinistes d'itill6| lesquels constituaient véritablement une république univenetti^ puissante à cause de cette môme langue et de leur accord; maiiL comme le latin n'était plus la langue de la pensée^ U en rémtait un déplorable divorce entre les idées et les mots, et rétodt do la phrase et du style tournait au détriment du naturel. Fifasme se raillait de ces écrivains qui ne hasardaient jamais M mot qu^on ne trouvait point dans Cicéron ; mais lui-même (et c'est ainsi que nous avons vu quelques-uns de nos contemporains se vanter de mieux connaître ^histoire romaine que TilS' Live) prétendait savoir écrire le latin mieux que Cicéron. Di restC; ces latinistes eux-mêmes ne s'épargnaient pas la critique. Si Lipse et Aonio Paleurio portent aux nues le latin de Paul Jove, Hcaliger le trouve affecté el luxuriant phitôt que correct (l)i
Cette étude obstinée des an(;icns (conduisait facilenient à II présomption, et faisait aimer tout de l'antiquité^ même sa roidk (♦t ses scories. Pour se faire un masque à la grecque et à hro* maine, les écrivains anéantissaient leur personnalité. Ébloois parles brilkintes qualités des classiques, ils ne savaient que kf admirer. Là, tout leur offrait le beau joint à l'unité } ils f'éifr'
(1) H faudrait plutôt dirt xarïé; mais il RemUe très-beau datfi Téloge wifMt de c« Jovo à Veiiist* : Ea tempettate Feneti^ et magnitudîne opum, et diutvni^ ta te imjferiif et rébus terra manque féliciter gestU, summam auctorilatem ohunebant. IJrbs eorum ampla atqne ma^nifica , mercattirœ et rei navaUt itudh « parvis initiis crevit, Sed ea propter incredibilem situs munitionem, ante alias ei beata et admirabilis œslimatur^ quod inter/luetttis Hadrite paludîbut ei/ictâf HulUsqtte ob id opportuna liostium ifijuriisj ^veteres thésaurus demesttcB in pt^ cumulatos periculosis etiam temporibus conservayit, IVtilli etenim a terre éditait inlcrcedente quadraginta sladiorum pela go ^ nuUi peiiitus a mari iftgreswpf^ ptcr cœca alipie humilia Dada, usu tantum indigenis nota, aut ingruen^ /Jarbarornm avariliat , aut magnis ab alto classibus patuerunt, Veneli liomnu in uuiversum consilio sunt graves ^ scverî in judiciis, et in adversa rerum foriuaa constantes, in altéra nunquam tmmodici. Omnibus quum idem sit conservania liber tatis el augendi imperii inoredibile studium, in senatu libère ei sapius aetf' rime sententias dicunt; nec quemquam temere ex optimatibus , qui vel intifu virtute, vel spirilu in gerendis rébus citteris antecellat^ nimio plus cresc^e,'^ collecta gratia potentem et clarum fierl patiuntur, Quibus institutis, dum terfl' tutis metu , aliéna 'virtute quam sua terres tri in bello nti longe utilius et tutiut pulant, togati omnes per octingenlos amplius annos rempublicam nullis fere inr testinis sedîtionibus vxagitatam , administrarunt. Cœterttm ipsa nobilitas tolitt maritimi negotii et navulis disciplinai wunera naviter impUt, exulisqae togk arma desumit.
DICTIONNAIKBS. EDITIONS. i83
valant donc avec d'autant plus de force contre la bigarre variété e( reosemble laborieux du moyen âge, coutre ce moude de coutr^Mlictions, et ils rougissaient d'être restés si longtemps à ^e* DOUX devant cette idole, mélange de fange et diamants, bans ce moyen âge, à la vérité, la science et la philosopiiie avaient maïkqué de toute espèce de goût artistique; il tut donc utile, quand lil littérature classique fut ressuscitée, de la (^onsi(lé^er surtout parle côté de la forme élégante, et de raviver ainsi le sc^ntimeut do beau ^ bien que Ton tombât dans Texagération. Dans cette vûiei néanmoins, il fallait faire servir l'étude des classiques à développer et à accroître la connaissance hunuiinc ; il fallait nonseulement leur demander des leçons pour écrire , mais encore pcmr penser, et , de Texamen de la forme, passer à celui du ioad.
La pureté du style coûtait d'autant plus , que chacun devait , i force de travail, emprunter des mots, des phrases, des règles, et l68 accepter; enfin, Ambroise Galepino, de liergame, de Tordre des Augustins, publia le vocabulaire (Reggio, 1502 > qui, accru dans les éditions successives^ comprit dans celle de Uàle^ Vta, onze langues. Or, comme il n'y a pas d'engeance plus querelleuse que celle des pédants, ce dictionnaire donna lieu à des reproches mutuels, à des batailles, auxquelles participait toute la république litténiire ^ entn^. Politien et Barthélémy Sealiger , eqtre des Florentins et des Napolitains^ toujours à propos de iQota.
On coDtinuoU à faire de bonnes éditions^ et Minuziano à Milan , les Giuuli à Florence et à Venise, Torrentino à Florence et àMondovi, Paganino à Venise et à Tusculano, Viotto à Parme, se montrèrent imprimeurs érudits. Les Ferrari de Plaisance établirent une imiwîmerie à Milan et à Trino , puis à Venise. L'un d'eux, Gabriel , se rendit en France où il fut appelé Joli; il prit alors le surnom de Giolilo, et le pbœnix pour devÎM^ (1/. OH ioçrimeur ne reculait devant aucune dépense pour avoir ôti bons correcteurs et de bons ouvrages; Ddce^ Uotiieuicbi , Uoni,
(1) Les lettres de ritilien Barziza, 14C9, fumit U- prfvàitr wMèiy. <|u*'^ imprima à Paris ; la préface conUent âti T«n qui dom^sut uum ;
PHmoÊeeeetihro§gmo$ttm€ùiém9irim0mx:u
Frmueonm in UrriM ttdiêm§ mtqvt imU i 4- i^hmt^m^y
Ho$ imprcatrunt, acfaciau aUi/t.
184 JÈUITIONS.
Brucioli , Turchi , Sansovino, Piorentino, Betussî , Toscanelli et Baldelli travaillèrent pour lui. Il fit traduire en langue vulgaire Diodore de Sicile, Dion Cassius^ Onosander^ Appien^ Gicéron^ Pline^ et publia un Ârioste avec de belles gravures. Wapri» ridée de Porcacchi^ il imprima le collier des historiens grecs. Sa maison était visitée par les personnages les plus importants de Venise et de l'étranger; Charles-Quint le fit noble, et les rois comme les papes lui accordèrent des faveurs.
Le Romain Aide Manuce, source d'une famille de typographes célèbres à Venise^ continuait à imprimer Aristoie, tandis que les boulets des Français et des Allemands jetaient Teffroi dans la ville; il publiait Platon l'année de la ruine de Ravenne et de Brescia; puis il alla s'établir à Rome, où il forma une né<h académie destinée à des réunions littéraires^ et qui devait encore lui servir pour faire le choix des ouvrages à imprimer et des meilleures leçons ; il mit sur la porte de son cabinet : a Si tu ne veux rien, dépéche-toi , et va-t'en vite; mais si tu viens, comme Hercule^ pour offrir tes épaules à Atlas fatigué^ il y a toujours à faire pour toi et pour quiconque viendra, o Pierre Vettori pih blia également d'excellentes éditions et des traductions en langue vulgaire d^auteurs classiques.
L'étude du grec s'étendait, et Jean Lascaris, François Porto, Marc Musure et d'autres Grecs formèrent de nombreux élèves en Italie, surtout à Florence, qui semblait une Athènes ressuscitée (1). Varin Favorino en fit le premier dictionnaire après celui de Crestone, qui laissait beaucoup à désirer. La première granmiaire en latin fut écrite par Urbain Yalérien, qui avait fait^ toujours à pied, de très-longs voyages. Les langues orientales étaient même cultivées, et nous ne voulons pas oubUer le dictionnaire persocdmano-latin que Pétrarque laissa à la république vénitienne , peut-être transcrit de sa main.
Grégoire Giorgi, de Venise, établit à Fano, aux frais de Jules II, la première imprimerie arabe qu'il y eût au monde; en 4514, il en sortit les Sept heures canoniques, et peu après le Koran, par les soins de Paganino de Brescia. Le Milanais Pierre-Paul Porro imprima à Gênes, en 1516, le Psautier en grec, en hébreu, en
(1) Ainsi s'exprime Polilieu dans son discours sur Homère : Prima nobilitatis pueri ila sincère attico sermone, ita facile expediteque loguuntur, ut non delelœ jam Atlienœ atque a liarbaris occupaiœ, sed ipsœ sua sponte cum prpprio avulsœ solof ctimque omnij ut sic dixerim, sua supellectile in florentinam urbem immigroése, eique se totas penilus infudisse vidcantur.
LANGUES OEIENTALES. 185
arabe et en chaldéen , sous la direction du Pavesan Augustin Giustiniani^ évéque en Corse, qui possédait une riche bibliothèque orientale, dont il fit don à Gènes. Appelé à Paris par François I^^ cet évéque fut le premier qui introduisit dans cette ville les langues orientales. Le cardinal Ferdinand de Médicis ouvrit à Bonne une imprimerie de ces langues; à Venise, Pomberg, assisté du savant frère Félix de Prato^ imprima la Bible en hébreu. Ange Canini d'Anghiari publia les Héllénismes et des règles pour les langues syriaque^ assyrienne^ talmudique (1). Le Pavesan Thésée Ambroise apprit beaucoup de langues^ et préparait un Psautier en chaldéen, lorsque le sac de Pavic de 1527 dispersa ses livres et tout le matériel qu'il avait préparé dans ce but; il neput mettre au jour que l'introduction aux langues chaldaïque, syriaque^ arménienne et dix-huit autres^ avec quarante alphabets, parmi lesquels il comprit ceux qu'emploie le démon , et qu'an adepte lui avait montrés : ouvrage qui enlève la priorité à celui de Postel , regardé comme la première tentative de philologie comparée, et auquel il est supérieur par l'étendue et Térudition.
Anton-Marie Conti dit Majoragio, qui aviva l'éloquence k Milan, où il ouvrit Tacadémi^ des transformés, fut accusé d'irréligion pour avoir changé son nom en celui de Marc-Antoine; afin de se disculper devant le sénats il dit que, faute d'exemples classiques d'Anton-Marie, il n'aurait pu Pécrire en latin correct.
Quelle était la plus ridicule de Pexcuse ou de l'accusation? H multiplia des œuvres d'érudition, et combattit les paradoxes de Gicéron, ce qui lui valut des attaques acharnées de la part de Marc Nisolio^ auteur du Thésaurus Ciceronianus. La principale bibliothèque était toujours celle du Vatican;
(1) Beaucoup d'Italiens adonnés à la culture de l'arabe, dans le seizième
aède, sont raflés par bb Wettb, Oriental'uche Siudien, dans TEncyclopédie
de Ench et Gruber. Dans ces temps fut en renom le rabin BarbaneUa (Abar-
bûiel), Portugais, qui, après Texpulsion des juifs de la Péninsule, se rendit à la
cour de Ferdinand I*' de Naples, par lequel et Alphonse il fut employé dans les
affiôres. A TinTasion de Charles VllI, il suivit la famille royale a Messine, puis s'é-
Ublit à Monopoli dans la Pouille, s'occupant à commenter les livres saints et à
combattre Arîstote. Au nom du roi du Portugal, il alla traiter avec la républi-
qoede Venise, où il mourut à soixante et dix ans, et fut honoré de splendides
/bnérailles. Acharné contre les chrétiens , il fut réfuté par beaucoup d'entre
eux. De ses deux fils, Tun se fit chrétien, et l'autre, Judas, fut médecin, poëte,
et composa des dialogues d'amour.
486 ANTIQUAIKES.
venait ensuite celle de Saint-Marc , à Venise, don de Bessarioo, puis celles d'Urbin> de Modène, de Turin.
Un grand nombre de personnes s'appliquaient à l'éUufe i» antiquités, surtout romaines. Laurent de Médicis fonda une chm pour les enseigner. Pomponius Laetus et Raphaël de Voltem écrivirent sur les magistratures^ Marliano sur la topografriiiede l'ancienne Rome, Roborteilo sur le nom des familles, Kannee sur les lois et le droit de cité^ François Grapaldi sur les nuisons. François Patrizi, et mieux encore Jean-Antoine Valtrim, jésuite romain, traita des armées ; Pamiroli, des dignités; Lucio Mauro, André Fulvio, Lucio Fannio et d^autres, des aoliqui tés de Rome. Bien que né à Scio, Léon Alazis, ou AUsodi peut être considéré comme appartenante Tltalie, où ilvécai toujours.
Des archéologues zélés voulaient tout expliquer, tout décrire; mais, plus patients qu'ingénieux, ayant plus de bon vouloir que de critique et de connaissances sur la vie des anciens, iliie trompaient facilement, ou s'égaraient dans des détails mesquim. La plupart ne visaient qu'à parvenir à la meilleure intelligowe de Cicéron : puis tous, esclaves de l'autorité, pleins de vénérttioD pour la vertu romaine, ils avaient une foi inébranlable dans Tito» Live et Denys, qui ont si peu de valeur quant aux antiqaitéi; dans Pomponius et Aulu-Gèle, qui ignoraient les institutions if publicaines; dans Cicéron, plus occupé de faire triompheriez causes que de rechercher la vérité. Néanmoins, un jugeséfiie et compétent, Niébuhr, reconnaît le mérite de ces Italiens qui, recueillant, à force de travail, une multitude de détails isolée parvinrent à en tirer ce qu'on ne trouvait dans aucun des ouvrir ges qui nous restaient de l'ancienne littérature , une exposition systématique des antiquités romaines. Tout ce quils ont fiûtf dit-il en terminant, est prodigieux , et suffirait pour leur assurer, une gloire immortelle (i).
On aimait à réunir sans choix des médailles, des insmptioDii des meubles, des antiquités de toute sorte, de tout ftge, de toute
(1) Préface de V Histoire romaine. Je citerai les travaux les plus célèbtfi' Ma?(CCE, De legibus Romanorum (1558), De civitate ( 1585); PaWVWIO, ^ civitate romana interiore; SlGO!<(IUS, De jure civium Romanorum (1500), Dtjn^ Italiœ (15C2) , De judiciis Romanorum (1574) ; PatrizI, Délia milizia romtm (1583), qui est le premier traité sur les choses de guerre; PakgirOLI, IloÛà dignitatum, etc., etc. Nous pourrions ajouter Jeau Pierio Valérien, Lelio Ci raidi, Gelio Calcaguini, etc.
l'ANVlNlO, SWONIUS. 187
oatioDj dans ce genre devint fameux le Musée, où Paul Jove, à force de mendier et de caresser, avait pu faire une collection d'objets précieux et de portraits , dont il publia le premier recueil que Ton connaît: ils étaient gravés sur bois. .Enéas Vico, de Venise, fit paraître le premier traité sur les médailles des anci«w/ Sébastien Erizzo, son compatriote, posa les fondements deladumismatique.
Onuphre Panvinio, de Vérone, fut un des premiers qui com- 1529-M prit rimportance des inscriptions ; il en déchiffra plusieurs qu'on n'avait pas comprises jusqu'alors, et publia les plus importantes bieu avant Gruter, qui ne lui a pas rendu justice; en outre, il forma la première collection des épigraphes antiques, dont il dédaisitla chronologie des temps romains, la série des consuls et des empereurs; il en tira même des notions sur la religion, les mœurs, le gouvernement , les dignités, les offices, les tribus, les légions, les routes, les édifices publics , les magistratures municipales et les jeux. Il reconnut que les fragments d'Annius, de Viterbe, étaient faux; il faut y joindre une chronique universelle, depois la création jusqu'à son époque, un tableau du monde ha- Utable^ et d'autres tableaux d'autant plus étonnants qu'il moulut jeune. Plus tard, exhorté par Marcel Cervino à s'occuper des antiquités sacrées comme convenant mieux à un ecclésiastique, il recueillit d'immenses matériaux, dont il fut imprimé la Suprémtie de saint Pierre contre les centuriateurs de Magdebourg, les notes sur les Vies des papes de Platina, les sept basiliques de Borne, un traité sur les sépultures chrétiennes. D'autres ouvrages sont inédits (i] ou inachevés, parmi leSquels les Annales ecclésiastiques,
Charles Sigonius, de Modène , avec plus de maturité et des i52c-w connaissances plus sûres, éclaircit les antiquités romaines, les fastes consulaires, le droit romain (italique) et provincial. Après Ilûstoire de l'empire occidental de Domitien à Augustule, i( entreprit le premier celle de l'Italie depuis les Lombards jusqu'en i%6; ne puisant la lumière que dans les archives, il mérite ^ malgré ses erreurs, d'être vénéré comme le restaurateur de la diplomatique. Un sentiment pieux lui fit raconter l'histoire de la répubUque des Hébreux, comme un modèle pour les constitutions modernes. Persuadé avec Aristote que le Lut de toute
(1) Qiiek|iies parties ont été publiées par Mai, vol. ix du Spicilegium Homonum (1839), ainsi que des notes sur les Fies par Vespasien.
188 ALGUT.
société civile est de concilier l'utile avec le jusie^ il veut qu'il y ait des conseils chargés de s'occuper des avantages de la nation , des magistrats qui ne permettent pas de séparer la justice de ces avantages , un chef qui les convoque les uns et les anint, et leur distribue les affaires; toutes choses qui lui semblaient heureusement combinées chez les Hébreux (1).
Pirro Ligorio^ Napolitain » recueillit dans toute l'Italie et dessina des inscriptions, formant trente volumes d'antiquités^ restés inédits et précieux, malgré de nombreuses erreurs. Marie-Ange Accorso d'Aquila, qui vécut trente ans à la cour de CEharles-Qoint; et voyagea pour son compte dans le Nord^ fut l'un des antiquaires les plus attentifs; ils réunit plusieurs monuments, quil plaça dans le Gapitole, et corrigea beaucoup de passages d'anteors. Celso Cittadini avait également fait un recueil d'inscriptions; d'autres^ toutes locales^ servirent de fondement aux histoires municipales de Vérone, Brescia, Côme^ Faenza^ et à celle de Milan par André Alciat.
149245M Ce dernier^ élève de Jason du Maine et de Charles Ruine, d^ célèbres, publia à vingt et un ans ses notes sur les trois derme» livres des Institutes de Justinien, puis les Paradoxes du droU civil, qui le firent blâmer par les uns comme novateur^ et po^ ter aux nues par les autres. Riche de connaissances de tonte sorte^ comme il le prouva dans des œuvres très-diverses, il porta la hache dans les broussailles du droit romain^ hérissé decit»* tions, d'histoire téméraire^ de raisonnements scabreux^ de textes oratoires et poétiques^ qii l'on invoquait Catulle et Ovide à l'appui de Papinien; dans ce travail^ il se distingua par un style co^ rect^ une marche régulière^ une philologie non pédantesque. D pénétra dans l'intention des lois plus que les interprètes n'avaient coutume de le faire, bien qu'il n'aperçût pas leur liaison, et comment les lois positives dérivaient du droit naturel. Il passe donc pour le restaurateur de la jurisprudence; bien que les Juristes pratiques qualifiassent de profanation le fait d'y introduire la littérature , cette science progressa en s'associant à la philologie et à l'histoire; on connut ainsi le sens véritable des termes légaux et techniques des légistes romains^ de même que l'esprit des temps.
(1) Sigonius ayant trouvé des fragments du traité De eontolatione deCicè' ron, le rompléta par des additions personnelles; il passa tout entier pour l'œu- Tre de TulUus, jusqu'au momeut où Tiraboschi découvrit des lettres où Si^onius avouait la tromperie.
ALCIAT. ERUDITION. i89
Aidât fut donc le précurseur et le flambeau du fameux Cujas. lirait d'une renommée trèfr-étendae ; à Avignon^ il eut 600 écus detndtement^ sept cents disciples et les insignes de comte pahtio. Voulant pakir de Bourges^ où il professait moyennant 600 écus, le roi en ajouta 300^ le dauphin lui donna une médaille qui en valait 400, et François l*^ s'assit plusieurs fois parmi ses loditeurs. Non encore satisfait, Alciat quitta cette ville, et proim à Pavie au prix de 1,500 écus, puis à Bologne, à Ferrare, Mtt jamais se dire content: a Je suis demandé (écrivait-il) de c tontes les parties du monde, par les Anglais, les Saxons, les cBdges, les Pannoniens; il n'est donc pas un lieu qui ne cont misse Alciat par ses écrits ou sa renommée. Naguère, il m'a (été écrit par Jean Caspien, président du sénat d'Autriche, par (Claude Métens, de Bàle, et par d'autres savants.» Quelques écrivains se servaient des formes et du langage des ndens pour des matières nouvelles, comme les historiens, les phiiofiophes^ et ceux qui agitaient de vives questions sociales ; h réforme ouvrit bientôt une vaste carrière aux derniers. Cette iruffition, qui guerroyait pacifiquement sur les classiques ou dans hffène des mots, devint suspecte dès que les novateurs la poussèrent dans le champ de la foi ; puis, des études plus actuelles loi enlevèrent la primauté; en effet, tandis que, de 1491 à 1500, il trait été imprimé quatre mille cinq cent cinquante-huit ouvrages, à peine sept cent vingt-trois parurent jusqu'en 1513. Aide Uamice raconte que, au moment où les cours avaient lieu, il se promenait devant l'université romaine vide, attendu que les langues vivantes avaient remplacé les langues classiques, réduites à Q'élre qu'un objet d'érudite curiosité.
Ces études avaient certainement été utiles môme à l'italien , comme la grammaire aux enfants ; mais elles y introduisirent la pUede artificielle, les transpositions téméraires, le mélange de ooqonctions latines. L'hermaphrodite pédanterie, gâtant jus- ^9X1 style épistolaire et familier, enseignait une forme pompeuse, usitée dans les cours, et, ce qui est plus regrettable, des adulations éhontées; en effet, on écrivait pour faire de l'art, non pour manifester sa pensée : tant les écarts littéraires touchent &UX fautes morales.
Les individus qui tiraient leur existence de l'étude du latin en ^^éraient l'importance, au point de prétendre que l'italien était ^^'^ne des sciences. On sait que Bembo conseillait à l'Arioste ^i^m son Roland furieux en latin. Au couronnement de
190 POLTTIEN.
dharles-Quint, Romolo Amaseo, dans la harangue qu^l débiU devant cet empereur et le pape^ soutînt qu'ii fallait laisser Frtelien aux marchands de légumes et au vulgaire dont il tire sob nom. Il fut imité par Pierre Bargeo dans un discours pronoœé à TAcadémie de Pise, par Celio Galcagnini et Barthélémy Mm' dans les Traités de VimitaHon, par François Florido dans YAf^ hgie de Plante , par Jean-Baptiste Gomeo dans un paradoxe nir les Enflammés de Mantoue, par beaucoup d'autres et Sigontai lui-même.
Cette prééminence avait fait négliger ^italien ^ par les dodei surtout, parce qu'il y eut toujours des écrivains qui rempioji^ rent. Sans parler de Léonard de Yinci^ d'Alberti et de qnelqiei autres savants, plus occupés des choses que des mots^ il suflHiie citer la suave prose de Peo Belcari ^ noble Florentin, qui mli simple dans une époque de style latinisé et embrouillé. Quelle attrayante simplicité dans sa Vie du bienheureux Cottmbmii La forme chaste de ses nombn'uses laudes et représentation démontre que la po(;sie ititlienne était loin d^avoir péri.
La piotection de Laurent de Médicis^ mieux raisonnéeque celle de son père^ favorisa cette poésie^ qui fut encore aidée pir son exemple. Afin d'imiter Pétrarque, plutôt que par passiofl J célébra Lucrèce Donati par dos subtilités platoniques; H aborà avec assez de tonheur les pastoral(*s et la satire, outre les duati carnavalesques pour les fêtes rpii, à ses frais et sous sa dinetion , venaient n'Jouir le carnaval. Dans un poème^ il chenti V Ambra, sa maison <1o plaisance; dans la Nencia de Barberiim, en dialci!tt> campagnard, il courtisa une paysanne avec un nilaivl v\ iiiif vivacité inimitables; V Altercation contient des idéef de philosophie platonique, et^ dans les buveurs, il fait une ssliK sur Tivn'ïsse. Sous Pins|)iration de sa m^re^ il composa aussi des laudes sacrét^, que Ton chantait comme celles de Savonanili' iftM.M Ange Politien se vantait que, depuis mille ans^ aucun fluKr^ d Vlo(|ueiice latim* n'avait ou autant et de si remarquables élèvei que lui. l>e son école si rtirent (luilhiume Grocin^ ensuite profi*S8eur (le gri»c à Oxford ; Tliomas Linacre, ami du chancelier andais- Thomas Morus; Denvs. frère de IVînidit ReucfiB} U> deux lîls lie Jean de Tessira, rhanrelier du Portugal, et d*autn»s dont l^rasine a vante le mérite. La première fois qu'on le voyait dans la chaire de pmfessetu'. a\ec son nez difforme^ ott (i*il de moins, son cou enfoncée. Politien inspirait le dégoM; mais lorsque sa bouche s'tHivruit pour donuer passage a une vdx