‹ Histoire des Italiens, trChapitre 71 sur 176 · IMITATEURS DE PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

IMITATEURS DE PÉTRARQUE

cbante avec un esprit subtil les miracles de l'amour qui forme im seul être de deux^ ou bien fait geler le feu ou flamboyer la

{lace.

Pooqpée de la Barba de Pescia a a l'exposition d'un sonnet diatonique fait sur le premier effet de l'amour^ qui est de séparer 'âme du corps de l'amant, o Ange de Ck)stanzo appelle sa dame Na douce mort et mon doux mal; il évite de rapprocher dans la »inte qu'il ne soit guéri par la force de ses yeux, et que s'il recouvre la santé en se montrant à elle^ sa dame ne se figure que MQ salut n'est pas un reflet de sa divine beauté. Ailleurs il se iMnt que Tamour^ pour lui ôter la vie , s'abrite dans les yeux de sa belle; le cœur blessé implore le secours de l'âme ^ qui ne l'écoute point, attendu qu'elle reste étourdie par sa beauté^ et^ quand sa dame partit^ Pâme, qui voulait rentrer dans le cœur^ en trouva la porte fermée; elle revient donc vers la belle^ qui rehse de l'accueilli^^ si bien qu'elle ne vit plus dans le poète ni dans la dame. 11 prie sa plume de répandre des larmes sur sa dooleur^ pour laquelle il demande que les murs domestiques soient le berceau et la tombe. On verse le ridicule sur les mautam chroniques du moyen âge; mais sont-elles, par hasard^ aoBsi insipides que les œuvres des pétrarquistes ?

Marin Brocardo^ poète de quelque mérite, ayant osé mal parler de Bembo^ les doctes^ surtout de Padoue^ se déchaînèrent contre lui avec tant de fureur qu'il en mourut de chagrin. Néanmoins il se trouva des écrivains^ comme Lesca et Muzio, qui désa|)prouvèrent et raillèrent cette inépuisable fécondité. Nicolas hmo imputait à Pétrarque les misères de ses serviles imitateurs; Ortensio Landi disait que les feuillets blancs étaient ce ^(m trouvait de mieux dans les ouvrages de ces auteurs ; Doni censurait sans ménagement les girandoles des poètes^ les cheveux d'or, le sein d'ivoire^ les épaules d'albâtre. Au milieu de cette frivolité caractéristique , de cet enthousiasme à froid d'an^ureux de tète^ on peut admirer les difficultés vaincues et l'hariiH)nique expression, le goût correct et la mesure exacte ; seuleii^t^ lorsqu'ils abordent le genre descriptif^ où brillent les demi-poètes^ ils tombent dans le maniéré. Mais le sujet rétrécit Cuvent Fintelligence^ et rarement l'intelligence ennoblit le sujet; or^ dans un siècle aussi fécond pour les beaux-arts, le sentiment poétique se manifesta fort peu, et se renfermait dans un petit nombre d'âmes. De tous ces faiseurs de sonnets^ combien passé dans le cœur de la nation? Si l'on brûlait de pa-

su POÉSIE LYRIQUI.

reillea (»u\r«fl> la littérature en souffiriorait peu , el la lienne y gagnerait.

Afm de citer les meilleurs, le Modenais François -1M# Molia, trèa-aimé des doctes, bon dans beaucoup de fiuii, grand dans aueun^ faisait cooaisterleoomblede rartdiMli ûdèle imitation ; il chanta dans une forme lioeneieoae ses umm vulgaire» , qui causèrent sa mort après une foule de Mnéh tions. Mgr de la Casa donna au style poétique la figoeur fi lui manquait dans Bembo> et au vera lea libres alluiee qid m augmentent la variété el la majealé ; à défaut de deaoear^ m vante lesi iM^les penséesi et saa vivea images. FnnQoia Bient dit le Co^^Ha évita les aspériléa, asses firéquentea epeete, hm que la i^ucture du vers se fftt beeuooup amâiiorée. Angsdi Costanio développait une pensée dans une progreseieB esil^ nue , distribuant lea aonuete à la manière de sylk)8isiiMe, et le félicitait lui^nâme de son travail , que tes aulMe louaieet «core : il était imité par Bernardin Rota^ qui o^ébra sa dame ma de répouser et ^prèii sa mort » non sans vérité de «entioMBft; par Tonsillo, qui oorrigea l'obscène Yendatèfeui^ par îei ZéP» me$ de min$ JPnrr^, anuvre toiqeure glaciale ; el^ en génMi par les Napolitains^ Jean Guidiecioni , de Luequee, fit eateiAf des accents auxquels répond la sympathie naticMiale^ en dipbrant avec énergie le sort de l'Italie^ qui « gtt misérable esdiie, et n'attend aucune fin aux outrages que lui fenl endurer FAl^ mand et Tibère. »

On pourrait pardonner la frivolité à de brèves oorapositiaifi faites et lues par passe-temps; mais en la trouvant daasdBi travaux comme les poëmes épiques, qui exigent toute TappU* cation de Tindividu et sa vie entière^ la critique de Martial Tient sur lesî lèvrea: Turpa esi diffUilMh«àêrei¥»f98y ei stuHus Uhr ineplUirum*

Les temps étaient trop avancés pour l'épopée véritable, cale qui représente dana un personnage ou dans une entreprise on peuple^ une époque, une civilisation, et l^sprît ne concevait ptf cette pensée élevée, que Dente avait déjà réalisée. D'ailleurs Fé* popée chrétienne ne convenait pas aux manières bizarres et 11' cencieuaea de oe siècle; Vida et Sannazarot, eomme nous Pavons vu, échouèrent dans cette tâche, dont ils n'avaient pàs compris lessence, et n'étant pas compris du peuple à leur tour. Bien (ja'oD recherchât, connue Virgile, la forme exquise et la parfaite r^ hivité, on n'eut pas d^enthousiasme pour sa pure beauté. Us

ÉFOPfiS; ROMANS CHEVALERESQUES. 233

Motimâots de la patrie, de la religion, de la vie intime, nobles, rffèiw ou profonds, échappaient à une poésie qui était un sujet de rhétorique, non d'inspiration, choisi au hasard ou imposé ; puis l« tuteurs ne ê*ét€ientpas rendus tnaigrei par h travail de plulinri iMMi^f , et Ut ne laiê$aient pas dire les gens, mais vou-* UflBt des applaudissements et de Targent, sans s'inquiéter si, iprèi la digêêtion, il «esterait une nourriture vitale.

Des deux éléments de l'épopée, la tradition et l'imagination, ittltaiiena négligèrent le premier pour se jeter sur Tautre, mais Nis CMre preuve d'originalité, Partout où le génie national déploie sea ailes, il s'ouvre au beau, qui est Tune des facultés prinoidiaies de l'esprit humain, et se manifeste par des conceptions poitiques en rapport avec le degré de la civilisation. Telle avait M an moyen Age la poésie chevaleresque qui, au milieu de ses absurdités, servait du moins à dégrossir les barons dont elle cbrmaitla solitude et remplissait l'existence oisive.

La noUesse, au moyen âge, se sentait supérieure aux multitudes, et croyait à l'omnipotence de la force et de sa volonté sur kl piébéiens qui la suivaient à la guerre, d'autant plus qu'elle AÛginalt que Dieu et les saints assistaient même matérielhMnt la race des élus ; ce Ait alors que le mélange du caractère Wliqueax, de la dévotion et de Thistoire religieuse produisit un béroïsme différent de celui de Pépopée grecque et latine, hénta» d'iionneur, d'amour, de fidélité, non incamé dans quelfH type royal, mais dans des fictions sorties peut-être du Levant, ■us à coup sûr modifiées par le caractère italien. Ces héros sont htves oomme les anciens; seulement ils mettent leur courage Km pas au service d'un intérêt royal, mais de leur imagination it ihm sentiment profond de personnalité, qui se manifeste iÊOA des exploits périlleux, yhonneur, inconnu aux anciens, se ioBde sur l'opinion que l'homme a de lui-même, et sur la valeur fi'il s'attribue; or, comme l'honneur est infini, il est sensible à taiitetn4)porte tout à lui.

L'amour, instinct devenu sentiment, qui rêve un monde destiné à lui servir d'ornement, concentre toute la vie intellectuelle amorale de teHe sorte, qu'il n'est pas une légèreté, une faute, 11^ «M identification avec la personne chérie ; en conséquence, ïieniten 4)p|Msition avec l^omieur, s^t n'était pas ramené à la personnalité qui veut se retrouver tout entière dans l'objet ÛQQé. 1$, fidélité d'uo vaiaal envers funi »e^igi\mxr ne ressemble au patriotisme, oià l'ebéissance du sujet; mais, dans une

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société où le droit et la loi exerçaient un faible empire, elle te fonde sur le choix libre, sur la promesse personnelle, sans engager l'indépendance et l'honneur de Tindividu, lequel peut résister à son seigneur, renoncer à sa fidélité, qui n'est pas un devoir qu'on puisse revendiquer devant un tribunal. L'amour de la patrie oa du prince, la t&che de rendre la justice sont même considéréi comme des engagements personnels. Chacun poursuit un bot déterminé par sa volonté seule, et l'on n'examine pas si oœ action est bonne moralement, mais conforme à l'honneur; or, comme l'honneur dépend de l'opinion, il est très-susceptible ; il altère à son gré la gravité de l'offense et de la réparatk»; dans l'offenseur même, il ne voit pas un coupable , mais no homme d'honneur, puisqu^on ne peut recevoir de réparation que d'un égal. En un mot, c'est la conscience d'une lib^té illimitée, qui ne consulte qu'elle-même.

L'intérêt des inventions chevaleresques porte donc tout entier sur l'homme indépendant, même dans les circonstances où tous suivent une impulsion mystique, comme dans les croisades; ce sont des actions individuelles, dont la personne seule est le but. Mais il manque à cette grande indépendance la réalité substantielle, caractère des personnages d'Homère, et il est impossible de la réduire à l'unité artistique de ce poète et de ses imitateurs.

En Italie, où les barons ne l'emportèrent pas sur les marchands, la poésie d'amour et de foi prévalut sur la poésie chevaleresque; il en est donc resté peu de traditions (i), qui revécurent pourtant alors même que l'esprit de la chevalerie se dégradait dam les petites cours. La fine intelligence des Italiens versa le ridicule sur ces exploits hyperboliques; cependant le besoin de répandre l'amour du beau, outre qu'on ne voulait pas se donner la peine de chercher des sujets médités, fit tirer des poèmes de ces romans. La fantastique représentation de l'indépendance individuelle convenait au paganisme ressuscité; il n'était pas besoin de relier ces actions toutes personnelles, que l'on c(XDr mence où l'on veut, pour les finir où l'on peut, avec des personnages dont les c^ractère^ et les précédents sont connui, comme il arrive dans les mascarades. L'adulation, cette autre peste du quinzième siècle, fut greffée sur ces compositions, daus

(1) A défaut d^autres preuves, je citerai Olivier et Roland avec la éunoàù k la maiu, sculptés sur la fa^e de San-Zeno k Vérone.

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lesquelles on faisait remonter la généalogie des princes jusqu'aux héros de Troie ou aux paladins de Gharlemagne.

De la Maison royale de France, écrite ou traduite en italien dès le quatorzième siècle^ sortit une des premières épopées^ le Bwoo d'Antona, avec vingt-quatre chants en octaves ; de la chronique supposée de Turpin, de la Spagna storiata, du Florentin Sostegno de Zanobi^ la Regina Ancroja et tant d'autres poèmes ennuyeux. Mais aucun auteur ne pénètre dans la vie chevaleresque^ dans le culte de la femme, dans l'enthousiasme de la bra- Youre^ et s'arrête à la surface des héros; des noms^ des traits de courage extravagant^ un surnaturel grossier, avec les mêmes personnages et les mêmes exploits^ voilà ce qu'on trouve dans ces œuvres, que non-seulement on tolérait, mais qu'on louait au mépris du bon sens, quelque étranges et bizarres qu'elles fussent; les poètes sont ridicules, mais non bafoués, parce qu'ils affectent la bonne foi^ et mêlent à l'obscène la religion.

A la cour des Médicis, au moment où la culture classique renaissait, on n'avait pas encore oublié celle du moyen âge; de même qu'on se plaisait à lire Virgile et Térence^ ainsi l'on aimait les mystères, les représentations du carnaval et les fictions chevaleresques. Il est probable que les conceptions chevaleresques étaient examinées dans les salons de Laurent de Médicis^ et Lucrèce Tornobuona, sa mère^ demandait « si Ton ne pourrait pas tirer de ces légendes de la poésie originale et vigoureuse. »

Le Florentin Louis Pulci^ d'une famille de poètes^ se fait une i!iS3.87 loi de ce désir, et, sous peu de jours, apporte le premier chant d'un poème, le Morgant. Politien^ Bruno et Rucellaï assistaient peut-être à la lecture, mais certainement Laurent le Magnifique; 1^ auditeurs rirent de ce mélange de profane et de sacrée de phrases classiques et de dictons florentins^ de l'Évangile de saint Jean et des balivernes de Turpin; ils trouvèrent de la beauté dans cette forme, de l'imagination dans ces passages^ et le poète, encouragé^ continua, sans dessein^ ni but^ ni trame^ comme le ^os^gnol qui chante pour le besoin de chanter; ne connaissant d'autre loi que sa fantaisie^ dirigé uniquement par l'idée de se conformer à l'esprit et au caractère de ses auditeurs, il sacrifie ^ la plaisanterie l'art et le sentiment, môme le goût, la croyance

6t la pudeur, bien qu'il fût chanoine et âgé de cinquante ans.

H multiplie les exploits de héros dont la force est tout le mérite,

flttiontdes cœurs de dragons et des membres de géants, sans

s'mquiéter d'harmoniser les parties avec le tout, d'exciter Tin-

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