LES JARDINS DU GRAND MOGOL
la fraîcheur des ombrages verts et des fontaines parfumées. On conçoit que, dans leurs créations en ce genre, les Orientaux se soient efforcés de réaliser ces délices surnaiurelles, de se donner, en attendant le paradis céleste, des paradis terrestres, et d’y réunir, autant qu’il dépendait d’eux, toutes les jouissances qui, à leurs yeux, constituent le bonheur parfait.
C’est sans doute aux empereurs, aux khans, aux rajahs de 1 Hindoustan qu’il fut donné d’approcher Je plus près de l’idéal rêvé. Ils avaient à leur disposition toutes les richesses végétales et minérales de leur admirable pays. Pour bâtir et décorer des palais, des vérandas, des pavillons, des terrasses, des péristyles, ils avaient le granit, le marbre, le porphyre, le jade, la malachite, les bois de tek, de fer, de santal. Pour former des bosquets, des allées, des massifs, des berceaux, ils avaient d’innombrables plantes au port majestueux, au feuillage élégant et toujours vert, aux fleurs magnifiques et parfumées, à l’écorce aromatique. Pour emplir les bassins , pour rafraîchir et embaumer l'air, ils avaient les eaux des fleuves sacrés, qu ils pouvaient charger des senteurs du musc, du benjoin, de l’ambre et des essences. Pour peupler et animer leurs jardins, ils avaient les charmantes gazelles du Thibet, les singes agiles, objet de leur vénération, et des légions d’oiseaux au plumage éclatant, au ramage mélodieux. On voit encore à Delhi les ruines des jardins du Grand Mogol, plantés d’orangers séculaires, ornés de kiosques, de terrasses et d’escaliers de marbre, de bassins aujourd’hui envahis par la mousse et les herbes sauvages, et d où s’élançaient autrefois des jets d’eau parfumée.