‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 9 sur 100 · UNE OASIS AU SAHARA · texte numérisé non relu

UNE OASIS AU SAHARA

plongé dans la barbarie, les Chinois étaient déjà parvenus, sous l’empereur Koang-Ti, à un état social régulièrement organisé; que le peuple était divisé en castes, et l’empire en provinces; quïls avaient des villes, des tribunaux, des écoles; qu'ils pratiquaient l’agriculture et la navigation; quils conduisaient des routes et creusaient des canaux.

Il serait peu intéressant de rechercher ce que furent à cette époque reculée les jardins chinois. Nous verrons plus loin ce qu'ils sont de nos jours. Or on sait que la mobilité est le moindre défaut des peuples du Céleste Empire, et que depuis une longue suite de siècles les arts, l'industrie, la science n’ont accompli chez eux que des progrès insignifiants. Il est donc très plausible d’admettre que leurs jardins n’ont pas plus changé que leurs palais, leurs maisons, leurs costumes et le reste, et que l’origine du style chinois, tel qu’on le connaît présentement, est contemporaine des commencements mêmes de leur civilisation.

Si la civilisation chinoise est restée stationnaire, elle s’est du moins maintenue, grâce à la force d’inertie, à la ténacité singulière qui, à défaut d’autres vertus, distinguent cette race étrange. Il n’en est point de même des autres civilisations orientales. L’Inde et l’Indo-Chine, la Perse, l’Asie Mineure, l’Égypte n’offrent plus que les lambeaux ou les ruines des grands empires dont la puissance et la splendeur étonnaient autrefois l’univers. Ces empires ont succombé, les uns sous les coups des barbares envahisseurs , les autres sous les armes des nations intelligentes de l'Occident, d’autres seulement aux atteintes profondes de ces maladies sociales dont tous étaient plus ou moins infectés, et qu’on nomme le despotisme et la servitude, la paresse et l’ignorance, la superstition et l’immoralité. On sait que dans toutes leurs conceptions, dans toutes leurs œuvres, les Orientaux visent au grandiose, ou plutôt au gigantesque; qu’ils cherchent à éblouir, que dis-je! à s’éblouir eux-mêmes. Ces tendances ont donné de tout temps à leurs monuments un caractère facile à reconnaître, et qui n’a guère varié tant que les arts ont été florissants en Asie et en Égypte. On connaît, d’autre part, l’indolence et la sensualité proverbiales de ces peuples. Ces éléments, joints à ceux qui sont donnés par la nature au sein de laquelle ces arts ont pris naissance et se sont développés, permettent de suppléer à la pénurie des renseignements relatifs aux anciens jardins de l'Orient, dont il ne reste aujourd’hui que peu de vestiges.

Dans ces contrées, où les richesses ainsi que le pouvoir étaient concentrés au mains de tyrans absolus, où le faste tenait lieu d’élégance, où l’accumulation des objets précieux était la suprême expression de la magnificence, où des troupeaux d’esclaves étaient employés à travailler pour quelques maîtres orgueilleux et débauchés, les jardins devaient être rares, mais vastes, somptueux ; ils devaient étonner par leur faste plutôt que charmer par leur beauté. Nous avons dans la peinture du paradis de Mahomet, que j’ai reproduite plus haut, l’idéal d’un jardin tel que le peuvent concevoir des hommes avides de voluptés excessives, aspirant, sous les feux du soleil, à

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