LES JARDINS ÉGYPTIENS
Les Égyptiens prétendaient être les premiers-nés de la création, lis avaient cela de commun avec tous les autres peuples de l’Orient. Leurs annales font remonter leur origine à une antiquité prodigieuse et certainement fort exagérée. On ne peut cependant se refuser à admettre qu’ils s’étaient constitués en corps de nation, qu’ils s’étaient donné des lois, une religion et des arts, à une époque extrêmement reculée. Leur civilisation est donc une des plus anciennes; c’est aussi une des plus originales, des plus complètes et des plus homogènes que l'on puisse citer. Les Égyptiens semblent d’ailleurs avoir eu grand souci de l’avenir. Ils savaient que la vie des peuples n’est pas éternelle, et ils voulaient qu’après qu’ils auraient disparu de la face du monde, les races qui leur succéderaient ne pussent ignorer ce qu’ils avaient été. C’est sans doute dans cette vue qu’ils ont élevé des monuments énormes, capables de défier les atteintes du temps, et qu'ils y ont gravé ou sculpté les faits de leurs annales et le tableau de leurs rites sacrés, de leurs moeurs publiques et privées; et cela, non en mots écrits que, faute de connaître leur alphabet, on n’aurait pas su lire, mais sous forme de figures, les unes représentant immédiatement ce qu’ils voulaient transmettre, les autres emblématiques, formant une sorte de langue universelle qu’il suffirait d’étudier avec attention pour parvenir sûrement à les interpréter.
Si tel fut, en effet, le but qu’ils se proposaient, ce but a été atteint. Grâce à la persévérance et à la sagacité de savants investigateurs , la civilisation de ce peuple, qui n'a laissé que fort peu de documents écrits, nous est aussi bien connue que celle des nations beaucoup moins anciennes, telles que les Grecs et les Romains, dont les traditions se relient, pour ainsi dire, sans interruption à l’histoire des peuples modernes, et dont les langues et les littératures sont la base de notre enseignement classique. Aussi n'auronsnous pas besoin , pour renseigner nos lecteurs sur l’horticulture des anciens Égyptiens, de recourir à l’analogie et à l'induction. Nous n'avons qu'à puiser
direciement aux sources qui nous sont ouvertes, et nous pouvons même donner, d après les images retrouvées sur quelques monuments, un dessin asbez exact, croyons-nous, d'un jardin du temps des Pharaons.
Les résidences champêtres des Égyptiens de distinction occupaient des espaces très étendus et comprenaient de grands jardins. Quand elles n’étaient pas situées sur la rive du Nil, elles étaient toujours au moins pourvues d un canal large et profond qui recevait les eaux de ce fleuve et alimentait les bassins souvent très vastes qui s’v trouvaient. Le maître pouvait se promener sur ces bassins dans un bateau de plaisance conduit par ses esclaves, ou se livrer au plaisir de la pêche; ce qu’il faisait d’ordinaire en compagnie de sa famille ou de quelques amis.
L eau était aussi reçue dans des puits et dans des citernes où on la puisait pour arroser les plantations. Il n’est pas de contrée où l’irrigation artificielle soit plus nécessaire qu’en Égypte. Comme il n’y pleut presque jamais et qu on ne peut songer à laisser envahir les jardins par les inondations périodiques du Nil, 1 arrosage dépend entièrement des ressources que l’on sait se créer en emmagasinant l’eau dans des réservoirs à l’époque des débordements.
Le mode d’arrosage usité chez les anciens Égyptiens était fort simple. On suspendait les seaux ou les outres à l’extrémité d’une sorte de balancier à contrepoids, disposé au-dessus du réservoir; puis, lorsqu’on les avait remplis , on les accrochait par couple à une lanière de cuir ou bien à un joug qui se portait sur les épaules, et l’on allait les vider sur les platesbandes ou au pied des arbres. La poulie et l’arrosoir étaient inconnus L Les jardins étaient entretenus avec beaucoup de soin; la composition en était très variée, et le grand nombre de plantes utiles et de plantes d’agrément qu’on y cultivait témoignait à la fois du goût des Égyptiens pour l’horticulture et de l’étendue de leurs connaissances botaniques. Mais le dessin était simple et peu élégant. La ligne droite et l’angle droit en faisaient tous les frais. Les plates-bandes étaient petites, de forme carrée; elles étaient en contre-bas des allées, et entourées d’un rebord en saillie, à peu près comme les bassins de nos marais salants. Une partie du jardin était occupée par des allées ombragées d’arbres. Au pied de chaque arbre était creusée une cuvette circulaire destinée à retenir l’eau et à la faire arriver immédiatement aux racines.
Il est difficile de dire si les Égyptiens s'appliquaient à donner aux arbres de leurs jardins une forme particulière, ou si la figure adoptée par la sculpture était simplement un signe conventionnel destiné à représenter un arbre quelconque. Toutefois, les grenadiers et quelques autres arbres facilement reconnaissables sont ordinairement dessinés avec des branches iné-
i L’usage de la roue hydraulique ne paraît pas avoir été très répandu chez les Égyptiens Cet appareil leur fut cependant connu, mais assez tard. Il en est de même de la vis d’Archimède et de la roue à échelons (roue de carrière), dont parle Philon. Mais la machine la plus communément employée était celle dont nous venons de parler. 6