PRÉFACE
seurs, à tons les esprits curieux de connaître sous leurs formes diverses, dans leurs développements successifs et, comme on dit aujourd’hui, dans leur évolution, les diverses créations du génie de l’homme, ce n’est pas seulement l’histoire anecdotique et la description des jardins les plus célèbres ou les plus remarquables d’autrefois et d’aujourd’hui: c’est aussi et surtout un essai historique et j’oserai dire philosophique sur les jardins en général et sur l’art des jardins, considéré dans ses rapports avec les moeurs, l’état social et le degré de civilisation de chaque peuple. C’est, en d’autres termes, si l’on veut, un chapitre un peu développé de l’histoire des arts et de l’histoire du luxe privé et public chez les peuples anciens et modernes.
Le travail que j’ai entrepris était sans doute attrayant, mais non exempt de difficultés. Les matériaux que j’avais à employer étaient en partie disséminés dans une multitude d’ouvrages et d’opuscules de toutes sortes, d’où j’ai dû les extraire laborieusement et patiemment, à peu près comme les chercheurs d’or extraient d’une masse énorme de sable et de gravier les parcelles du précieux métal. J’ai partout cité consciencieusement mes auteurs; je puis, en conséquence, me dispenser de les nommer ici.
Une autre partie des matériaux n’existait, pour ainsi dire, point : c’étaient des documents qui n’avaient jamais été consignés dans aucun écrit, et quil fallait recueillir directement par une sorte d’enquête; car mes observations, mes recherches personnelles et directes ne pouvaient s étendie bien loin, soit dans le temps, soit dans l’espace. J’ai dû, pour cette partie ardue de ma tâche, recourir aux lumières de personnes vouées particulièrement soit à la pratique de l’art des jardins ou à la science botanique, soit à la recherche assidue des curiosités historiques, et m’approprier les souvenirs des voyageurs et des touristes qu’il m’était permis d’interroger. J’ai eu, fort heureusement, la bonne fortune de lencontrer un grand nombre de ces collaborateurs désintéressés. Quü me soit permis de nommer ici, parmi ceux dont le concours m a ete particulièrement utile, mon vénérable ami, M. Ferdinand Denis, qui m’a ouvert généreusement les trésors de son grand savoir et a bien voulu reveler lui-même à mes lecteurs les merveilles disparues des jardins de l’ancienne Amérique; M. J. Lesage, agronome -voyageur qui a parcouru en observateur attentif presque toute l’Europe et une partie du nouveau monde; M. Charles Durier, littérateur et touriste qui a vu et bien vu beaucoup de choses, et singulièrement les beaux jardins de la e le Italie; M. Ernest Bulay, amateur passionné de toutes les belles