‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 77 sur 100 · VILLA CO · texte numérisé non relu

VILLA CO

plus à créer, puisque jusqu'à la terre même il a fallu tout apporter, et la vue merveilleuse dont on y jouit sur le lac et les montagnes est cause qu’il n’est peut-être pas de jardins non plus dont l’agrément doive davantage à la nature environnante.

« V Isola Bella expose au midi ses étages de terrasses creusés de galeries et de corridors en rocaille, et dont l’ensemble s’élève en pyramide surchargée de statues : construction prétentieuse qui a en outre le tort de n’être plus de mode. En revanche, les plantations qui flanquent les côtés des terrasses et s’étendent par derrière jusqu'au palais ont gagné en vieillissant de quoi racheter, pour des yeux modernes, le goût faux et passe du décor architectural, et le temps a rendu plus admirables que jamais sans doute la vigueur de la végétation exotique poussant en pleine terre, les grottes encadrées de plantes grimpantes, les bosquets de magnolias, les bois de grenadiers et d'orangers chargés de fruits, les berceaux de citronniers-, les pins gigantesques de l’Amérique du Nord, et par-dessus tout les superbes lauriers, les plus vieux de l’Europe, dit-on, et dont la hauteur atteint près de cinquante pieds.

« 'L'Isola Madré, plus grande et plus simplement ornée, est, à l’exception des gradins où croissent sans abri, en hiver aussi bien qu’en été, les plantes des pays chauds, dessinée en jardin anglais. A travers les prairies où S’ébattent en liberté les faisans, les pintades, les paons, les tourterelles, parmi les massifs d’arbres aù feuillage ingénieusement varié, circulent de belles allées dont les détours ménagent des échappées de vue sur le paysage splendide qui limite l’horizon; et le visiteur charmé pourrait se croire dans le paradis terrestre, si la contribution que le jardinier exige de lui, et qui, à défaut de la munificence du propriétaire, entretient seule aujourd’hui la beauté de ces lieux, ne lui rappelait que l’âge d’innocence est passé ! »

11 n’est point permis d’aller à Gênes sans visiter près de cette ville, à Pegli, la villa Pallavicini , non moins célèbre que l’isola Bella et l’isola Madré, bien que d’origine beaucoup plus récente, puisqu’elle a été créée vers le milieu de notre siècle. «Des eaux jaillissantes, des cascades, un lac, un parc aux frais ombrages ont été transportés sur un coteau aride, où naguère on ne voyait que de maigres vignobles et des plantations de pins. Le palais et les édifices de fantaisie disséminés dans le parc sont en marbre blanc de Carrare. Une grotte a été bâtie avec art de fragments de stalactites recueillis à grands frais. Un lac s’y étend ; une barque à cou de cygne vient vous y chercher pour une navigation mythologique. A l'issue de cette espèce de grotte d’azur, vous vous trouvez en face d’un site charmant, animé par le bruit d'une cascade tombant à droite de hauts rochers; à gauche, un temple conique, consacré à Flore, vous transporte en imagination aux bosquets de Paphos et de Cythère. Plus loin un obélisque égyptien sort du lac comme d’une inondation du Nil; un kiosque turc dresse dans le voisinage son anachronisme pittoresque. A l'horizon, une admirable vue sur le golfe de Gènes : la Méditerranée apparaît sous l’arc d'un pont gothique, et si, pour

LES JARDINS DE NOS JOURS

mieux contempler tous ces spectacles, vous voulez attacher vo're baroue ' la rive, vous y trouvez disposés d’avance des coussins en porcelaine du Japon. A quelques minutes de là, pour jouir d’un autre coup d’œil voir entrez sous un berceau, et inopinément, à la pression du doi-t du guide" qui du reste ne se permet ce jeu qu’avec des gens d’humeur°joviale une pluie d’eau vous tombe sur la tête; vous voulez fuir, et des jets d’eau Vous arrivent en plein dans la figure... Si vous ne sortez pas ravi de toutes ce! gentillesses, vous êtes, en vérité, le moins aimable de tous les touristes 1 I

Le palais Giusti, à Vérone, est cité pour ses jardins, pour la belle vue dont on jouit du haut de ses terrasses, et le président de Brosse vante aussi les hauts cyprès de ces jardins, et un labyrinthe « où il fut plus d’une heure à tempêter ».

Autour de Rome, une foule de villas continuent, sous une autre forme, le luxe des palais magnifiques que renferme la capitale du monde catholiq’ue. A la plupart se rattachent des souvenirs historiques qui remontent à l’époque de la Renaissance, au moyen âge, et même jusqu’au temps de Rome païenne. Quelques-unes cependant ont une origine toute moderne. La villa Albani à Castelbario, fut construite, au milieu du xvm e siècle, par le cardinal Alexandre Albani. La villa Borghèse appartenait autrefois aux Conti. Après la confiscation des biens de cette famille en 16G5, elle fut donnée par le pape Paul V à son neveu Scipion Borghèse. On sait qu’un descendant de ce patricien, Camille Borghèse, épousa en 1803 Pauline Bonaparte, sœur de Napoléon I . Le parc de celte villa n a pas moins de six kilomètres de tour Il est remarquable par ses beaux ombrages et ses belles promenades.

La villa Torlonia est jugée sévèrement par AI. A. J. du Pays. « Les riches propriétaires, dit cet écrivain, y ont dépensé des sommes folles et y ont entassé des imitations de monuments empruntés à tous les styles... Curiosités d’où l’art véritable et le goût sont absents. » Il ne faut pas confondre cette résidence avec la villa Conti-Tarlonia, une des plus fraîches et des plus élégantes du groupe de Frascati, auquel appartiennent également les villas Pallavicini. Muti et Mondragone.

Il a été question, au livre précédent, du groupe de Tivoli, du Belvédère et du Præceps Anio, c’est-à-dire des cascatetles formées par les eaux de l’Anio. La villa d’Este, qui se trouve à l’entrée de Tivoli, du côté de Rome, fut construite à grands frais, en 1349, par le cardinal Bippolyte d’Este, sur les dessins de Pirro Ligorio. Elle appartenait naguère encore à l’ex-duc de VIodène. «Le goût, dit Valéry, a été sacrifié a de bizarres inventions. Le petit simulacre de Rome en mastic et ses nobles monuments en miniature sont tout à fait ridicules. » Ces puérilités sont cependant compensées par le magnifique panorama de la campagne de Rome et par les avenues de grands cyprès séculaires que l’on voit du haut des terrasses. La villa Ludovisi occupe, dit- °n, sur le monte Pincio l’emplacement des jardins de Salluste, détruits par

1 A.- J. du Pays, Itinéraire descriptif , historique et artistique de l’Italie et de la Sicile, t. I e -".

Alaric; elle fut bâtie par le cardinal Ludovisi, neveu du pape Grégoire XV. La villa Madama est une création du cardinal de Médicis, depuis Clément Vu. La villa Panfili fut élevée sous le pontificat d Innocent X. On y admire de beaux pins parasols. C est dans cette x il la que Garibaldi avait établi en 1849 son quartier général, remplacé, après la prise de Rome, par celui du maréchal Oudinot. Le prince Doria a fait élever dans son jardin, en mémoire de ce grand evenement historique et militaire, un obélisque dédié au général français.

Les environs de Naples, avec moins de magnificence, ont un aspect plus séduisant que ceux de Rome. Les jardins de cette partie de l’Italie sont surtout remarquables par l’abondance des plantes exotiques qu’on y a naturalisées. L’enseignement et les cultures du jardin botanique de Naples ont beaucoup contribué à ce résultat. Les jardins royaux de Portici et de Capo di Monte offrent de magnifiques spécimens végétaux , ornement de la zone tropicale, particulièrement des Laurus camphora et des Eucalyptus. Parmi les jardins particuliers, on cite ceux de Pausilippe, de la Floridiana, au marquis de San-Angelo; de la Brasiliana, à M. de la Hante; celui du marquis de Salza; celui de la villa Meuri coffre, à Capo di Monte. On remarque dans ce dernier un Magnolia grandiflora planté au commencement de ce siècle, et dont le tronc mesure deux mètres trente-cinq centimètres de circonférence au-dessous des grosses branches. « Le pays tout entier, dit le comte Jaubert, n’est qu’une masse harmonieuse de jardins décorant les découpures de ce golfe incomparable. Toute habitation de paysan y fait fabrique de parc et point de vue; peu de fenêtres où ne se balance quelque jolie plante, et entre autres celle qui, pour être, comme disent les horticulteurs, une vieille plante, n’en a pas moins conservé la prédilection des Napolitains: l’œillet ( Dianthus caryophyllus ) , fort employé dans le langage symbolique des fiancés... De même que notre côte provençale a ses localités privilégiées, les environs de Naples ont les leurs: Castellamare , Sorrente, et la plus belle des îles du golfe, Ischia, à deux heures de distance de la capitale par le bateau spécial. Ischia est située en avant de la côte, de manière que de son sommet aigu, le mont Epomeo, à huit cents mètres d’altitude, la vue embrasse avec ravissement tout l’espace entre la montagne de Circé, près de Terracine , et le fond du golfe de Salerne se dessinant au loin dans 1 espèce d embrasure ouverte auprès de Capri. » Parmi les jardins d’ischia, « remarquables plutôt par leur agrément que par un mérite particulier sous le rap port de la botanique,» le comte Jaubert citait seulement celui du ci -devant château royal, embelli par le roi Ferdinand II, et qui dominait le port de Bagno , crée sous le règne de ce prince.

Rien au monde de plus beau- que ces rivages, ces promontoires et ces d es qui entourent le golfe de Naples, « morceau du ciel tombé sur la terre. » Les géographes et les voyageurs ne trouvent pas d’expressions assez admirativepour en peindie les merveilles. Quel dommage que ce paradis terrestre où la nature a réuni tant de merveilles , et quelle semble avoir voulu combler

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