‹ Histoire des jardins anciens et modernesChapitre 76 sur 100 · DE DEVONSHIRE (ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE DEVONSHIRE (ANGLETERRE

réalise, au jugement de Brooke, le « beau idéal» dans l’art des jardins en Angleterre. La terrasse à parterres symétriques, ornée d’arbres taillés et d’une profusion de fleurs, domine un grand lac où l’on descend par des escaliers à balustres de pierre. A Elvaston-Castle, dans le Derhysbire, le comte de Harrington a fait dessiner en arabesques les plates-bandes et les boulingrins, et tailler en cent figures bizarres les arbres et les charmilles de deux jardins, dont l’un a reçu le nom de Mon-Plaisir, et l’autre celui de Jardin de V Alliambra.

C’est le paysage qui domine dans les deux immenses et célèbres propriétés du duc de Devonshire , Chiswick et Chatsworth. La première est à sept milles de Londres et un peu plus haut que Iiew , sur les bords de la Tamise. Les jardins avaient été dessinés primitivement selon le goût italien ou français. Il en reste, devant le château, deux avenues de cèdres du Liban qui, plantés à vingt mètres l’un de l’autre, entrelacent leurs branches et forment d’épaisses murailles de verdure. Un parterre bordé d’arbres verts environne les serres, qui sont elles-mêmes de véritables jardins de cristal. Le parc anglais contient de belles futaies, des prairies, des collines, une rivière, une ménagerie fermée par des grillages légers, de sorte que les animaux paraissent en liberté dans la campagne. C’est à Chiswick aussi que se trouvent les jardins de campagne de la Société d’horticulture, où se fait chaque année, en mai, juin et juillet, une exposition de fleurs.

Chatsworth est situé dans une vallée agreste du Derbyshire, au pied des montagnes d’où descend la Derwent, rivière torrentueuse qui traverse le parc et forme des lacs et des cascades. Le château est accompagné d’un jardin français décoré de charmilles, de bassins de marbre, de jets d’eau et de cascades en rocaille; mais au delà s’étendent de vastes perspectives, des montagnes boisées, des groupes de beaux arbres, un paysage varié et bien encadré , que la nature semble avoir formé sans le secours de l’art.

M. Seymour-Haden a réuni une belle collection d’eaux-fortes, qui renferme plusieurs vues prises dans d’autres parcs réputés parmi les plus pittoresques du Royaume-Uni, et M. Ph. Burty a joint à chaque dessin une notice élégante et substantielle. Parmi ces eaux-fortes qu’il m’a été donné de feuilleter, mais qu’il ne nous est malheureusement pas possible de reproduire, il en est deux qui m’ont surtout séduit. La première se rapporte au jardin de Mytton (Lancashire), ancienne maison de plaisance du temps de Henri VII, et depuis résidence de M. Gérard Pollet, un des amis de M. S. Haden; la seconde nous fait assister à un coucher de soleil dans un parc irlandais. « Une petite rivière limpide, aux bords en talus gazonnés, sort, en faisant un coude, d un bois d arbres verdoyants, et l’eau, à peine ridée, reflète comme une gaze d argent la lumière qui 1 effleure presque horizontalement. » Cette vue a été prise par M. S. Haden dans le parc du vicomte de Hawarden. « En Irlande, écrivait léminent artiste à notre compatriote, au milieu des endroits les plu= sauvages on trouve des parcs de toute beauté. Ils entourent les maisons des seigneurs, et ont quelquefois cinq milles d’étendue. Les rivières abondent

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en saumons et en truites, les bois en cerfs et en gibier de toute espèce. »

L’art des jardins est très florissant en Belgique. Le gouvernement a établi à Vilvorde une école d’horticulture et d’arboriculture qui fait d'excellents élèves. Ce petit royaume possède un assez grand nombre de jardins particuliers qui ne le cèdent point en beauté à ceux dont s’enorgueillissent l’ Angleterre, la France et l’Allemagne. Le parc d’Enghien, dans le Hainaut.^au duc d’Aremberg, est remarquable par son aspect imposant, sa riche collection d’arbres, formée, il y a plus d’un siècle, de toutes les nouveautés d’alors, ses belles avenues de hêtres et son chêne prodigieux, dont le tronc mesure trois métro» de diamètre, et dont la cime ombrage une surface de quarante mètres de rayon. Les Trois-Fontaines, près de Vilvorde, à M. Van Volxem. offrent un magnifique parc paysager qui s’étend en amphithéâtre jusqu’au canal de Bruxelles à Louvain. Non loin de là se trouve le jardin de Perck, au comte de Bibeaucourt. Enfin le prince de Ligne possède , entre Mons et Ath, la propriété de Belœil, qui s’étend sur plus de deux cents hectares; le général de Ligne, grand-père du prince actuel, a donné une description détaillée de ce château, de ses parcs et de ses jardins, que Delille déclarait tout à la fois magnifiques et champêtres. On cite encore les jardins de Laeken, au roi des Belges; de Mariemont, à M. Warocque; de Wondelghem, à M. de Ghelink de Walle.

Le style anglais a pénétré lentement dans les Pays-Bas; il ne répond qu’imparfaitement aux mœurs et au goût des Hollandais; ce n’est pas à eux que l’on pourrait reprocher d’avoir négligé les belles fleurs pour l’imitation de la nature sauvage. LaNéerlande, avec son sol plat et spongieux, se prête, du reste, assez mal à cette imitation, peu goûtée de ses habitants; elle est restée au xix e siècle ce qu’elle était au siècle précédent : la terre classique des jardiniers méticuleux, de l’horticulture ingénieuse et patiente. Et comme les Hollandais sont des gens positifs , en qui l’amour de 1 art n exclut point celui de l’ordre et du bien-être, ils cultivent les fleurs pour leur profit au moins autant que pour leur plaisir. Harlem et ses environs sont le fo^er principal de cette industrie charmante, dont les produit» \ont orner plates-bandes de l’Angleterre, de la France, de 1 Allemagne et même Russie. «La ville de Harlem, dit M. A.-J. du Pays, est depuis longtemps renommée pour la culture des fleurs, et particulièrement de» tulipe , jacinthes et d’autres fleurs bulbeuses. Autour de la ville, surtout ^ ^ sud, se trouvent de nombreux jardins ou pépinière», de fl eur = > ^ peut admirer de riches et brillants parterres et acquérir ~oi soit des oignons ou des graines. C’est vers le commencement -produit

plates-bandes étalent leurs plus magnifiques floraisom. Le q , q e

ees belles fleurs n’est autre chose que du sable fin mêlé avec de la bous vache. Les jardins d’une grande partie de l’Europe sont our ^ n * est pa s Ies Pépinières de la ville de Harlem. Cependant e prix Q amateur

à beaucoup près aussi élevé qu’autrefois, et i e= ie la plus rare.

&it à dépenser au delà de cent florins pour 1 oignon

La tulipomanie prit naissance au xvn e siècle, vers l’année 1634. Lorsqu'elle était à son plus haut point d’engouement, la valeur des oignons de tulipes atteignit un chiffre extravagant. L oignon d une tulipe appelée Y Amiral Liefkensboek coûtait quatre mille quatre cents florins. L’oignon d’une autre tulipe nommée le Semper Augustus s’est vendu, dit-on, jusqu’à treize mille florins. De ce dernier, il ne resta plus un jour que deux exemplaires, l’un à Amsterdam, l’autre à Harlem. Pour l’un d’eux furent offerts quatre mille six cents florins, plus une voiture et deux chevaux gris pommelé avec leur harnachement complet; une autre personne offrit douze arpents de terre, et ne put l’obtenir. « On trouve dans les registres de la ville d’Alkmaar, dit « Parival, qu’on y a fait en 1637 une vente publique, au profit de la

« chambre des orphelins, d’environ cent vingt tulipes avec leurs caïeux,

« au prix de quatre-vingt-dix mille florins. Plusieurs de ces fleurs avaient « des noms particuliers. L 'Amiral d’Enkhuizen fut vendu cinq mille deux

« cents florins; le Vice-Roi, quatre mille deux cent trois florins, et deux

« autres, nommées Brabançonnes, trois mille huit cents florins h »

En 1673 enfin, les états généraux prirent le parti de déclarer que les marchés passés à des prix aussi extravagants n’auraient plus valeur légale. Les prix retombèrent aussitôt, comme par enchantement, au taux normal. Mais plus tard, la spéculation s’empara des jacinthes, qui furent à leur tour pendant quelque temps l’objet d’un engouement non moins ridicule. Les Hollandais de nos jours sont devenus raisonnables et ne se ruinent plus pour des tulipes ou pour des jacinthes.

J’ai peu de chose à dire des jardins de la Piussie. Les habitudes de villégiature sont assez générales dans cet empire, qui compte un grand nombre de seigneurs terriens, retenus à la campagne une grande partie de l’année, soit par la nécessité de surveiller leurs domaines , soit par l’attrait de la chasse; mais le goût des jardins est chez eux peu développé, ou plutôt peu raffiné. Il faut dire, au surplus, que la création et l’entretien d’un beau jardin constituent, en Russie, un luxe accessible seulement aux grandes fortunes. Les jardiniers intelligents et instruits y sont rares; le sol se prête peu aux effets riants et pittoresques, et la rigueur du climat impose pour la cultuie des plantes délicates des soins toujours dispendieux. Cependant il existe, à proximité des villes importantes, quelques jardins dessinés et plantés à grands frais : les uns dans le s!yle français, les autres d'après la méthode anglaise, mais presque toujours avec un surcroît de décoration qui témoigne plus de l’ostentation du propriétaire que de l’excellence de son goût. Les jardins» à la française se distinguent par la profusion des ouvrages en marbre, en bronze, en rocaille; les jardins à l’anglaise, par la multiplicité des fabriques. Les pavillons à l’orientale, bariolés de dessins aux vives couleurs, sont surtout l’objet de la prédilection des Sarmates de nos jours, au dire de leur compatriote 4 van Tourghenief l 2 . Certains châteaux de la Russie méridionale

l U l niraire descriptif, historique et artistique de la Hollande , in-18 Paris

- Mémoires d un seigneur russe , traduits par M. Charrière.

VILLA BORGHE

sont même construits tout à fait dans le style mauresque : tel est celui du comte Woronzoff, en Crimée.

Richter, dans la relation de son voyage en Russie, loue beaucoup la belle ordonnance et la richesse des jardins de Petrowskoy, au comte Rosumversky, et de celui de Kuskova, au comte Scheremetiew : l’un et l’autre près de Moscou. La première de ces deux résidences est heureusement située ; le parc et le jardin sont bien cultivés , et l’on y admire de belles serres qui produisent des ananas et d’autres fruits des pays chauds. Pour la seconde, la nature, dit Richter, s’est montrée avare, et l’art seul a pu en faire un agréable séjour. Le château et le théâtre, l’ermitage et la maison hollandaise se distinguent par le goût et la magnificence, et les serres et l’orangerie par la beauté et la variété des arbres et des fleurs exotiques qu’elles renferment. En résumé, si bon tient compte de l’immensité du territoire russe, les jardins dignes de quelque attention sont très clairsemés dans ce pays, dont une grande partie est encore occupée par des steppes presque déserts et par des forêts.

L’Allemagne et l’Autriche, depuis la Baltique jusqu’à l’Adriatique, depuis le Rhin jusqu’à la Vistule, déploient sous les yeux du voyageur un spectacle différent. Dans les campagnes bien cultivées, parsemées de villages, sillonnées par les routes et par les chemins de fer qui relient entre elles les nombreuses cités de l’empire, on rencontre à chaque pas de magnifiques Ghâteaux et d’élégantes maisons de plaisance, avec des jardins de toutes dimensions. 11 ne serait point aisé de désigner, parmi les grands parcs appartenant, soit à des princes (on sait si les princes sont nombreux en Allemagne!), soit à de riches particuliers, ceux qui méritent le plus l’attention des amateurs. On peut cependant placer en première ligne, à raison de son étendue, de ses belles cultures et de son heureuse situation, la résidence du prince de Mecklembourg-Schwerin, qui environne un lac de près de trois mille hectares, et dont le parc paysager, dessiné par un artiste français, M. Lenné, contient des fermes et des villages. Le château, qui paraît avoir été copié sur Chambord, s’élève au milieu d’un jardin à la française, orné de statues, de bassins, de jets d’eau. Le comte de Hahn possède dans ce même duché de Mecklembourg un domaine immense. Le parc renferme une jolie vallée que dominent des coteaux couverts de bois. Le jardin fruitier a été créé par M. Alexis Lepère, qui a, le premier, introduit dans 1 Allemagne du Nord la culture en plein air de plusieurs arbres fruitiers jusqu alors cultivés en serre. On vante également le Berggarlen de Herrenhausen, au roi de Hanovre: vaste et somptueux château, jardin dans le genre de Versailles, parc anglais, riches collections de fleurs et de plantes exotiques; le parc du duc d’Oldenbourg, et celui de Muskau, en Silésie, créé par le prince Puckler-Muskau , et qui appartient maintenant au prince Frédéric des Pays-Bas. Ce prince Puckler-Muskau est le même qui s est fait connaître par des Impressions de voyage assez excentriques. C’était d’ailleurs un grand amateur d’horticulture, et il a laissé un gros livre sur l’art des

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jardins. Il faut citer encore: près de la ci-devant ville libre de Francfort les jardins de Bockheim, à M. Rothschild, et le parc de Toeffurt, villa de la princesse Amélie, où résidèrent souvent les deux grands écrivains de l’Allemagne, Goethe et Schiller; entre Heidelberg et Weinheim, dans une vallée renommée pour la douceur de son climat, une belle propriété où M. tilde de Brême, a réuni une remarquable collection d’antiquités et de productions naturelles du Mexique; et sur les bords du Rhin, près d’Assmannhausen, le Niederwald, une forêt arrangée en parc par le comte de Bassenheim; on y visite le Jagdschloss ou château de chasse, la Grotte magique , un pavillon à trois fenêtres s’ouvrant sur trois points de vue différents; le Rossel . ruine artificielle élevée au sommet d’une colline; le Tempel , petit temple supporté par huit colonnes , construit sur la lisière du parc et dominant , d’une hauteur de deux cent quarante mètres , le cours du Rhin. On chemine constamment à l’ombre de magnifiques arbres, principalement des hêtres et des chênes, dont plusieurs ont atteint des dimensions prodigieuses.

Mais l’Allemagne du Sud, plus encore que l’Allemagne du Nord, se recommande à la curiosité du touriste amateur de parcs et de jardins. Qui voudrait , par exemple, traverser la Forêt-Noire et se rendre d’Offenburg à Schafîhouse sans s’arrêter à Donaueschingen, dans le jardin du prince de Furstenberg, où jaillit du fond d’un bassin une des trois sources du Danube? Saint-Marc-Girardin, qui a fait cette excursion, la raconte en ces termes dans ses Souvenirs de voyages et d'études.

«A peine arrivé à Donaueschingen, je demandai à voir la source du Danube. On me conduisit dans les jardins du prince de Furstenberg, et là on me montra une belle fontaine au fond d’un bassin de marbre. Il y avait à la surface de l’eau une sorte d’épanouissement continu qui faisait sentir le mouvement de la source plutôt qu’il ne le laissait voir. L eau s enflait en demi-globes, sans rien perdre de sa limpidité ni de son calme. Pas un murmure, pas une écume. La mythologie n’eût pas manqué de voir là quelque nymphe dormant au fond de sa grotte. Je demandai à mon guide . « G est donc là la source du Danube? — Oui, Monsieur. » Un gobelet est préparé poui les curieux qui veulent boire de l’eau du Danube. J en bus, et je la trou excellente; puis je suivis la fontaine qui s échappait de son bassin e pandait dans les jardins en ruisseaux que je sautai, me faisant une joie d’enfant de sauter le Danube à pieds joints, et me promettant bien, ^

arrivé à son embouchure, de lui dire comme

les vieillards disent aux jeunes

(? en s : an Je vous ai vu bien petit! » Maintenant, me dirais j , j ^ in’à suivre le fleuve jusqu’à la mer Noire, et nous ne noua - p H n'y a à tout cela qu’un malheur : c'est que cette bette source n ^pasl. source du Danube, qui commence deux lieues plus haut, n o d’esprit

donc sur la foi des indicateurs ! » Les Indicateurs , que 1 ai e f a p - ü s

Saint-Marc-Girardin, ne sont cependant paa ai trompeu ‘ ^ Qn ^ iném j re

s accordent depuis longtemps à dire, et A. Joanne e iep

de V Allemagne du Sud, qu’en effet le Danube commence, non pas à Donaueschingen , mais à Hausebene et près de Sanct- Georgen , mais les deux ruisseaux qui partent de ces deux points, la Brege et le Brigach, se réunissent à Donaueschine'en et y prennent en passant le ruisseau du lieu, qui peut bien être considéré comme une troisième source du grand fleuve.

En suivant le cours du Danube, nous trouvons le parc du château d’Anhof, au comte de Stahremberg, puis le joli jardin planté au bas du rocher de granit sur lequel s’élève le château impérial de Bcesenberg, et un peu plus loin, dans un site admirable, les jardins magnifiques de Mcelk, célèbre abbaye de bénédictins , qu’on prendrait volontiers pour le palais d’un puissant monarque. Sur la route de Munich à Inspruck on rencontre successivement le château de plaisance du prince Charles, près de Starnberg; le château royal de Berg, avec un beau parc; le château et le parc du duc Maximilien de Bavière, à Posenhofen. Au delà d’Inspruck, à Botzen, les amateurs de fleurs visitent, avec un plaisir qui n’est peut-être pas toujours exempt d’envie, les jardins du comte Sarntheim, de MM. Spann, Maser, Silbernagel et Bâcher. Les belles résidences abondent autour de Salzburg. Celle de Mirabel, ancien séjour des archevêques, incendiée en 1818, restaurée de 1819 à 1825, a vu naître Olhon, qui fut roi des Hellènes. Elfenheim, au prince de Schwarzenberg , est situé au pied du Garsberg; son parc offre plusieurs points de vue pittoresques habilement ménagés. Le château de Hellbrunn, bâti au commencement du xvn e siècle par l’archevêque Marcus Sitticus, comte de Hohenhems, est accompagné de somptueux jardins dont ont admire les pièces et les jets d’eau, les cascades, les fontaines, le théâtre , creusé dans le roc, et le Monatschlœsschen , pavillon construit en un mois pour faire une surprise à je ne sais quel roi de Bavière.

Au bord du Traunsee , le plus beau lac de l’Autriche et l’un des plus intéressants de toute l’Europe, se trouve le château d'Ebenzweier, qui appartenait au malheureux archiduc Maximilien, et dont le parc jouit d’une grande réputation. On vante aussi les jardins de la superbe abbaye de Lilienfeld, entre Mariazell et Vienne. Cette abbaye, fondée en 1200 par Léopold le Glorieux , fut achevée en 1230. \

Enfin la merveille de l’Autriche, c’est Eisgrub, dont le nom est historique, car c est là que furent signés, en 1866, les préliminaire du traité de paix entre la Prusse et l’Autriche. Eisgrub est une des quatre-vingt-dix-neuf propriétés que possède la famille de Liechtenstein, une des plus opulentes et des plus puissantes de la monarchie austro hongroise. Aucune résidence royale ne surpasse en magnificence ce palais d’été des princes de Liechtens tein. L orangerie a plus de cinquante mètres de longueur, et renferme, dit on , neuf cents orangers , dont quelques-uns ont plus de deux siècles d existence. Les serres renferment, entre autres plantes exotiques, plus de quinze cents pieds d’aloès. Le parc, arrosé par la Thaya, est planté d’arbres magnifiques des essences et des origines les plus diverses. On y a élevé une mosquée surmontée d’un minaret, au sommet duquel on monte par un escalier

VILLA PANF1LI

de trois cent deux marches, et qui a coûté un million de florins; deux temples consacrés l’un aux Muses, l’autre aux Grâces; une rotonde chinoise, une maison de bains, une cabane de pêcheur, un château moyen âge entouré d’une belle ménagerie; des étables pour toutes sortes de bestiaux, etc. Le parc renferme deux lacs, dont l’un forme la limite entre l’Autriche et la Moravie. La forêt de Teimer, attenante au parc, est entourée d’un mur qui a trois milles de développement. Au milieu de cette forêt s élève un arc de triomphe romain entouré de statues mythologiques. Il faudrait un chapitre entier pour énumérer toutes les merveilles contenues dans ce domaine plus

que princier.

Mais il est temps de reprendre la route du sud-ouest. En traversant la Garniole, l’Istrie, la Carinthie, le Tyrol, nous voyons surgir en foule sur notre chemin des maisons de plaisance qui revêtent de plus en plus le caractère des villas italiennes, et dont les noms mêmes n'ont déjà plus rien de germanique. Autour de Trieste s’élèvent en foule des pavillons d’été étagés sur les collines et ombragés par des rameaux de vigne; leur porte s’ouvre sur un jardin dont un rapide hiver ternit à peine la verdure, et de la terrasse qui les entoure on a devant soi le spectacle de la mer dans son intéressante variété d’ombre et de lumière , dans son placide sommeil ou dans ses palpitations , dans son sourire et dans ses orages. De Trieste nous n’avons plus qu’une courte distance à franchir, et nous voici en Italie.

Un touriste qui voudrait négliger les églises, les musées, les ruines et toutes les autres curiosités de cette terre privilégiée, et s’en tenir aux jardins en réputation, n’aurait pas trop, je crois, du quart de 1 année pour accomplir cette exploration, rendue facile par l’empressement que mettent les propriétaires à ouvrir aux étrangers les portes de leurs villas. Mais je n’oserais garantir qu’il ne serait pas arrêté au beau milieu de son voyage par la satiété et, si l’on peut ainsi dire, par l’épuisement de ses facultés admiratives.

Il aurait d’abord à visiter près de Milan le parc de Monza, et près de Novare celui de Racconigi, appartenant tous doux au roi d’Italie, et qui montrent qu’en fait d’art des jardins non plus qu’en fait d’institutions politiques Victor-Emmanuel n’a voulu demeurer en arrière des idées modernes. Le style anglais a fait, du reste, en Italie de notables progrès. Le prince Demidoff avait créé, autour du jardin symétrique et artistique qui accompa gnait sa villa de San-Donato, un grand parc paysager. Mais quoi! le genre pittoresque a même pris possession des îles Borromées , ce charmant archipe qui est encore une des merveilles de l’Italie. Voici ce que m’en écrivait, en 1865, mon ami M. Charles Durier, un fin connaisseur en beautés artis tiques ainsi qu’en beautés naturelles.

« Tous les voyageurs dans la haute Italie ont visité les célèbres îles Borî ornées. G est en 1671 que le comte Vitaliano JBorromeo conçut la fanta " magnifique de transformer en un séjour d’ombre et de fraîcheur quelques îochers à peine couverts de mousse et de lichen qui s’élevaient au ndh ^ d un golfe du lac Majeur. Il n’est pas de jardins au monde où 1 art ait

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