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LES JARDINS PUBLICS FRANÇAIS

Les Anglais appellent leurs grands jardins publics : — Hvde Park , Regent’s Park, Green Park, Saint- James, Battersea, — les poumons de Londres. Justement. Une grande ville, avec sa gigantesque ossature de pierre, sa pléthore de population et sa circulation fébrile, a besoin pour respirer, au moral et au physique, au propre et au figuré, de ces réservoirs d’air et de gaieté, de ces asiles de liberté où les enfants viennent jouer, les jeunes gens rêver, les vieillards songer, tous chercher à leurs heures l’exercice ou le repos, la chaleur du soleil ou la fraîcheur des arbres. Une grande ville qui n’aurait pas de jardins publics ne vivrait point; celles qui n’en ont pas assez vivent mal. Paris était dans ce cas il y a peu d’années encore. Quatre jardins publics pour une cité de quinze cent mille âmes, c était trop peu. Aussi Paris vivait mal : le marasme le gagnait; la phtisie le menaçait. Je dirai tout à l’heure comment son hygiène a été améliorée. Les quatre jardin» de Paris ancien étaient ceux des Tuileries, du Palais-Royal, du Luxembourg, et celui du muséum d’histoire naturelle. Il sera parlé du dernier au cha

pitre des jardins scientifiques.

Nous avons suivi jusqu’au règne de Napoléon I er 1 histoire du jardin de» Tuileries. La Restauration l’embellit en y faisant placer des statues, et en substituant la grille actuelle au mur qui séparait la terrasse du nord de la ie Rivoli. Sous Louis-Philippe, la terrasse qui s’étend devant le chateau détruite et remplacée par un parterre réservé. Sous Napoléon III, P erre fut agrandi aux dépens du jardin public. L empereur » était r } utre la terrasse du bord de l’eau, à l’extrémité de laquelle il ^ ,

srangerie; et, comme pendant à cet édifice, il fit bâtir sur -a Jordin

feuillants un jeu de paume pour le prince impérial. Les parterres . I

oublie, à droite et à gauche du bassin, furent replantes et mu en ^

* Vec i & disposition du parterre impérial; les porte» donna

sur la rue de Rivoli furent reculées, et une entrée nouvelle pratiquée sous la

terrasse du sud en face du pont de Solfénno.

Demis l’ouverture, entre le quai et la rue de Rivoli, de la nouvelle rue des Tuileries le jardin réservé, qui s’étendait devant le palais, détruit en 1871 par lès incendiaires de la Commune, a été transformé en square et livré iour et nuit au public. De grands vides se sont faits dans ces derniers temps parmi les plus beaux arbres du jardin, notamment aux abords du urand bassin Le temps frappe à coups redoublés sur ces vétérans du règne végétal dont malheureusement les opulentes frondaisons ne seront pas remplacées de longtemps, quelque soin que Ton apporte dans le choix des nouvelles plantations. Jusqu’à présent, le marronnier légendaire du 20 mars ne donne point de signe de caducité. S’il n’a pas fleuri en 1886 à la date accoutumée, la faute en est aux gelées tardives, qui se sont prolongées cette année-là jusqu’au milieu de mars.

La grande allée des Tuileries se continue magnifiquement par 1 immense avenue des Champs-Élysées, et c’est là l’exemple le plus saisissant qu’il y ait au monde de ces imposantes perspectives que le style français permet seul d’obtenir. Celle des Champs-Elysées, prise de la grande grille dujardin, c’est-à-dire de l’entrée de la place de la Concorde, avec ses fontaines, ses candélabres et ses statues, avec son entourage de monuments : à droite le garde-meuble et le ministère de la marine, et entre les deux, au bout de la large rue Royale, la façade de la Madeleine; à gauche, le pont de la Concorde, le palais législatif et la présidence; en face, la masse colossale de l’arc de triomphe, et de chaque côté de la grande a\enue des arbres, des fleurs, d’élégants pavillons, offrent un coup d’œil auquel rien ne peut être comparé.

On a vu au chapitre x du livre second que Marie de Médicis avait ai planter sur le bord de la Seine, devant les murs qui fermaient à loues jardin des Tuileries, une promenade formée de trois larges allées dormes et désignée sous le nom de Cours-la-Reine. Marie de Médicis avait en ou projeté de compléter cette promenade par un jardin qui devait être la mer veille de Paris. La merveille s’est faite, mais beaucoup plus tard, et no point telle que l’épouse de Henri IV l’avait conçue. Ce ne fut qu en 1670 qd le Cours-la-Reine fut étendu, par la plantation de nouvelles allées, jusq la route de Saint- Germain. Il prit alors le nom de Grand-Cours , et que q ^ années après celui qu’il porte maintenant. En 1764, Mârigny, surinten ^ des bâtiments royaux , fit niveler entièrement le terrain et renouveler plantations. Les dévastations commises dans les Champs-Elysées par dats anglais qui y campèrent en 1814 et en 1815 nécessitèrent d map travaux de réparation. Ces travaux furent exécutés en 1818 et 1819. En

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les Champs-Elysées furent détachés du domaine de la couronne ci à la ville de Paris, qui n’a dès lors rien négligé pour les embellir- ^ promenade est divisée en deux parties bien distinctes : le jardin, fl ul ^ la place de la Concorde jusqu’au rond-point, et l’avenue, qui comm

rond-point et finit à l’arc de triomphe. Le jardin a pour limites : au sud. le quai de la Conférence; à l’ouest, l'avenue d’Antin, le rond-point et l’avenue de Matignon; au nord, l’avenue Gabriel, bordée elle-même sur presque toute sa longueur de jardins particuliers, parmi lesquels celui du palais de l’Élysée se fait remarquer par son étendue et ses belles plantations. C’est dans la partie méridionale des Champs- Élvsées qu’on a construit, sur l’ancien carré Marigny, le palais de l’Industrie. Le Cirque d’été s’élève au nord, devant l’avenue Marigny. Du même côté de l’avenue, et faisant face à l’ancien Panorama d’Eylau, on a inauguré en 1885 un nouveau Panorama représentant la bataille de Buzenval, et auquel est joint le diorcima de Paris à travers les âges. Des fontaines, des parterres, des massifs de plantes exotiques, des jeux de bague et de petits théâtres forains, des boutiques en plein vent ornent et animent cette promenade, qui est particulièrement, pendant la belle saison et pour les Parisiens de toutes classes, la promenade du dimanche. Aux jours de fête publique, les Champs-Élysées s’illuminent de girandoles et de guirlandes de feux multicolores dont l’effet dépasse assurément tout ce que l’imagination des poètes orientaux a jamais rêvé de plus éblouissant.

Le cardinal de Richelieu, en mourant, avait légué au roi Louis XI il le palais qu’il s’était fait construire sur l’emplacement des hôtels de Mercœur et de Rambouillet, et qui perdit alors son nom primitif de Palais- Cardinal pour prendre celui de Palais-Roval. Louis XIV en fit don à son frère Philippe I er , duc d’Orléans, et le Palais- Royal devint dès lors la résidence des princes de la branche cadette. Louis, fils du régent, fit replanter le jardin, qui était très vaste, entouré seulement d’une grille, et ordinairement ouvert au public. Son successeur Louis-Philippe (depuis Philippe- Egalité), « pour subvenir, dit Ad. Joanne, aux frais de la cour brillante qu’il entretenait, » construisit tout autour de ce jardin d’immenses bâtiments destinés à être loués, et les livra sur-le-champ à l’industrie. Il fit de son palais un bazar (1781-1786), mais le plus splendide qu’il y eût au monde. Ce ne fut pas cependant sans avoir soutenu un procès contre les habitants des rues voisines, qu il privait de la vue du jardin et qu’il enterrait dans des rues obscures, et sans essuyer les railleries des Parisiens, qui se vengèrent par des épigrammes et des sarcasmes. Le peuple déplorait surtout la perte de l’ancien jardin, qui comprenait, outre le jardin actuel et les bâtiments qui 1 entourent de trois côtés, tout l'emplacement occupé par les rues de Valois, de Montpensier et de Beaujolais. « Les nouvellistes regrettèrent amèrement les belles allées où ils allaient chaque soir lire le Courrier de l’Europe et la Gazette de Leyde. Il y avait surtout un arbre appelé Y arbre de Cracovie, sous lequel se réunissaient les partisans de la Pologne, et dont la destruction leur semblait un sacrilège. Peu à peu cependant on s’accoutuma à ne plus trop regretter les vieilles maisons, que remplaçaient des constructions magnifiques, et le manège que le duc d Orléans fit bâtir à la place où est aujourd’hui le bassin devint le rendez-vous des oisifs et des politiques, »

C’est dans le jardin du Palais-Roval que, le 13 juillet 1789, Camille Des-

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moulins donna le signal de l’insurrection qui le lendemain se termina par la prise de la Bastille. Pendant tout le cours de la révolution, le jardin du Palais-Royal continua d’être fréquenté par les politiques, et principalement par ceux du parti le plus exalté. Bientôt les jacobins y firent place aux incroyables, puis aux muscadins et aux officiers en congé. Sous l’empire et sous la Restauration, les bâtiments furent occupés par des cafés, des restaurants, des maisons de jeu et de débauche. Les galeries et le jardin devinrent inaccessibles, le soir surtout, aux femmes respectables. Le roi Louis-Philippe mit fin heureusement à cette invasion du vice et des mauvaises passions. Les cafés et les restaurants furent conservés ; mais les brelans et les mauvais lieux furent supprimés. Depuis lors les gens paisibles, les mères de famille peuvent en toute sécurité venir à toute heure du jour se promener ou s’asseoir dans le jardin, qui ne retentit plus que des cris joyeux des enfants, et pendant la belle saison, des accents de la musique militaire qui s’y fait entendre à la fin de l’après-midi, au milieu d’un grand concours d’amateurs des deux sexes.

Le dessin de ce jardin est d’une rigoureuse symétrie et d’une extrême simplicité. C’est un vaste parallélogramme, planté de chaque côté d’une double allée d’ormes et de tilleuls. Au centre, un bassin d’où jaillit une belle gerbe d’eau , et de chaque coté de ce bassin une pelouse ornée de quelques statues entourées de plates-bandes et défendues, par une grille à hauteur d’appui contre les incursions de la jeunesse turbulente, qui se livre sans contrainte, dans le reste du jardin, aux innocents plaisirs du jeu de barres, de la balle élastique, de la corde et du cerceau.

Nous avons laissé le Luxembourg tel que l’avait fait Marie de Médicis. Ce jardin ne paraît pas avoir subi, sous les règnes de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, de modification notable. Mais Louis XVI ayant, par un édit du mois de décembre 1779, donné 1 hôtel du Petit- Luxembourg en apanage au comte de Provence son frère, ce prince aliéna, en 1782, près de deux cent dix mille mètres de terrain pris sur la portion occidentale du jardin, et dont le quart environ fut affecté à un projet de percement de rues qui ne reçut son exécution que beaucoup plus tard. Ainsi furent complètement abattus, dit M. de Gisors, des quinconces et des allées d’arbres centenaires

remarquables par leur belle végétation.

La convention , en faisant du palais du Luxembourg le siège du ~om er nement directorial, ordonna des travaux considérables dont le but était d’agrandir le jardin public, et qui commencèrent immédiatement, pour se continuer, avec de légères modifications dans le plan primitif, jusqu’à la fin de l’année 1811. Ces travaux, dirigés successivement par les architectes Chalgrin et Baraguey, donnèrent à peu près au jardin du Luxembourg les dimensions, divisions et dispositions qu’il a conservées jusqu'en 1861. Dans les dernières années du premier empire, le palais fut dégagé des batiment, accessoires qui en masquaient les faces latérale,, et qu on remplaça pargrilles à jour sur la rue de Vaugirard. Sous le règne de Louis-Philippe, les

importantes constructions ajoutées au palais diminuèrent d autant le jardin, et la disposition des terrasses dut subir quelques changements. De 1843 à 1844, de vieilles masures qui longeaient la rue de Yaugirard et attristaient les abords du Luxembourg furent abattues pour faire place à des pavillons de surveillance, à l’orangerie et au charmant jardin anglais qui se trouve entre ce bâtiment et l’allée de la rue Férou. Ce fut aussi sous Louis-Philippe qu’on eut l’idée de faire servir l’ornementation sculpturale du Luxembourg à l’instruction historique des promeneurs, et qu’au lieu des vieilles figures mvtholoelques cassées, mutilées, maculées, qui garnissaient le pourtour des quinconces, on éleva sur les terrasses de l’est et de l’ouest des statues aux femmes les plus illustres de France, en inscrivant sur le piédestal de chacune son nom et les dates de sa naissance et de sa mort. Quelques-unes de ces statues sont fort belles ; mais certains artistes se sont efforces de donner aux reines du moyen âge la raideur des images de pierre qu’on voit sur les vieux tombeaux et dans les niches des cathédrales gothiques; voilà de la couleur locale assez mal entendue.

Sous le second empire, M. Haussmann, qui s’était donné la tâche de rebâtir Paris à peu près en entier, avait fait, dans son système d’embellissements, une large part à l’ancien quartier latin. Le formidable boulevard Saint-Michel, dans sa marche rectiligne du pont dont il emprunte le nom jusqu’à l’Observatoire, fit disparaître tout un réseau de vieilles rues dont les noms, familiers aux étudiants d’il y a vingt- cinq ans, sont oubliés ou inconnus des jeunes générations. Plusieurs grandes voies furent en outre plus ou moins entamées; de ce nombre sont la rue de Yaugirard, et surtout la rue d’Enfer, dont les hautes maisons enserraient au nord-est le jardin du Luxembourg. Toutes ces maisons ont disparu. La grille de la rue de Vaugirard, située derrière l’Odéon, a été prolongée suivant une ligne courbe qui se redresse après la nouvelle rue de Médicis , et qui se prolonge jusqu a l’École des mines; le jardin botanique de la Faculté de médecine, qui était à plusieurs mètres en contre-bas de l’allée de l’Observatoire , a disparu sous des remblais qui affleurent le niveau de cette allée. Dans les remaniements successifs qu’il a subis depuis 1861, et qui l’ont notablement diminué, le jardin du Luxembourg n’a heureusement pas perdu la belle allée de platanes reliés les uns aux autres par des guirlandes de lierre, et qui encadre le long bassin à l’extrémité duquel s’élève la fontaine de Médicis, décorée du groupe d’Ottin dont on connaît le sujet. L’allée a été un peu écourtée, puisque la fontaine a dû être démolie et reconstruite à quelques mètres plus en avant; mais ce qui en reste est encore un des plus beaux ornements de la promenade. Sur la face de la fontaine de Médicis qui regarde la rue du même nom on a placé une très gracieuse Léda en bas-relief, du sculpteur Valois, qui décorait autrefois la fontaine de la rue du Regard, emportée dans le percement de la rue de Rennes.

Ce fut une grande émotion parmi les habitants de la rive gauche de la Seine, lorsque parut au Moniteur, en 1865, le projet de décret qui supprimait entière-

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