LE LUXEMBOURG
ment la pépinière, joli labyrinthe de verdure et de fleurs situé entre les grands quinconces de l’ouest et l’allée de l’Observatoire, et qu’affectionnaient particulièrement les promeneurs méditatifs. Il s’agissait de prolonger la rue Bonaparte jusqu’à la rue de l’Ouest, et de remplacer par des rues et des maisons toute la pointe méridionale du jardin, dont la rue de l’Abbé-de-l’Epée, prolongée jusqu’à sa jonction avec la rue Bonaparte, demeurait la limite de ce côté. Utiliser au profit de la ville de vastes terrains improductifs, et mettre en communication directe les quartiers que sépare le Luxembourg, tels étaient les principaux résultats que l’on avait en vue. Ce projet fut, comme je viens de le dire, très mal accueilli par le public parisien; plusieurs journaux même se permirent de l’attaquer vivement : si bien que 1 empereur s en émut et le fit remettre à l’étude. Des pétitions couvertes de nombreuses signatures étaient adressées au sénat, qui, lui aussi, prit la chose à cœur. 11 consacra une longue séance à l’examen des pétitions, et, par un vote unanime, les renvoya aux ministres compétents. La conservation des jardins créés par Marie de Médicis, et que tous les gouvernements qui se sont succédé depuis soixante-dix ans s’étaient appliqués à agrandir et à embellir, trouva dans le sénat de nombreux et chaleureux défenseurs. L’un d’eux, célèbre par son esprit frondeur et par ses boutades de vieillard terrible, en avait fait son idée fixe, et à l’imitation du farouche Caton, qui réclamait à tout propos la destruction de Carthage, il ne prononçait plus un discours sur quelque sujet que ce fût sans ajouter en forme de péroraison : « Je pense d’ailleurs qu’il faut conserver le Luxembourg. » Bref, un nouveau décret impérial fut rendu le 13 août 1866. Ses dispositions essentielles pouvaient se résumer ainsi : prolongement de la rue Bonaparte par une simple grille parallèle aux maisons qui limitent actuellement le jardin à l’ouest; — prolongement de la rue de l’Abbé-de-l'Épée jusqu’à la rencontre de la rue de l’Ouest; — suppression de la moitié septentrionale de la pépinière; — suppression du jardin botanique de l’Ecole de médecine; — transformation de l’avenue de l’Observatoire en un boulevard,
affectation des deux triangles compris entre cette avenue et la rue de
l’Ouest d’une part, le boulevard Saint-Michel d’autre part, à la création d’un nouveau réseau de rues. Ce plan a été réalisé avec quelques modifications, et l’administration municipale qui a succédé à M. Haussmann n en a pas poursuivi l’exécution avec moins d’entrain que n’eût pu le faire le ce lèbre préfet impérial. Il est vrai que si M. Haussmann n’était plut- LL M. Alphand y était encore, — et il y est toujours. La pépinière a donc di= paru, et la partie méridionale a été transformée en jardin anglais. L avenue de l'Observatoire est coupée maintenant en deux tronçons inégaux, dont^o moindre est resté compris dans l’enceinte des jardins, tandis que 1 autre e=t venu le « boulevard » projeté en 1866, — ■ mais ce boulevard est une avenue, . il a conservé son nom d’avenue de l’Observatoire, et c’est assurément la p large et la plus belle qu’il y ait à Paris. Toute la partie médiane est occup^ par de longs parterres dans le genre de ceux du Palais-Royal. Ces parterr ? entourés d’un grillage, sont soigneusement entretenus et ornés de statue»
LES JARDINS De xos JOURS
d’autres ouvrages décoratifs. On a inauguré en 1874, à l’entrée de la nouvelle avenue, une fontaine monumentale d'un très bel effet. Dans la vasque centrale se dressent huit chevaux marins en bronze, de grandes proportions, et placés deux par deux, chaque couple regardant un des points cardinaux. Des dauphins, des tortues lançant de 1 eau animent encore cette vasque, du centre de laquelle part un piédestal de marbre orné à son pourtour de coquilles et de plantes marines, et portant un groupe en bronze de quatre figures de femmes représentant les cinq parties du monde, et supportant une sphère sur leurs bras. Ces figures sont de Carpeaux, et les chevaux marins de Frémiet.
Sur les terrains retranchés du jardin à l'ouest, entre celte avenue de 1 Observatoire et la rue d’Assas, d’importants édifices ont été construits, savoir : une clinique d accouchement et de gynécologie , la nouvelle École supérieure de pharmacie, le petit collège Louis-le-Grand, enfin un bâtiment provisoire, destiné à être remplacé plus tard par un édifice définitif, et dans lequel est installé le service des cours de chimie de la Faculté des sciences. Derrière l’École de pharmacie, à l’angle des rues d’Assas et Michelet, s’étend le jardin botanique affecté à cette école. Quant aux bâtiments qu’elle occupait autrefois rue de l’Arbalète, ils doivent, après avoir été restaurés et disposés convenablement, recevoir l’Institut agronomique, rétabli en 1876 et provisoirement annexé au Conservatoire des arts et métiers.
L’édilité parisienne a compris qu’un ensemble d’embellissements dont l’effet inévitable était d’anéantir en peu de temps, dans l’intérieur de la ville, tous les jardins particuliers, devait, par compensation, faire une large part aux jardins publics. Elle avait a opter entre la création de deux ou trois parcs convenablement espacés, et celle d’un plus grand nombre de petits jardins répartis dans les divers quartiers de Paris. C’est ce dernier parti qui a prévalu. Des places ont été ouvertes, en conséquence, sur plusieurs points de la capitale, et de préférence, au centre des quartiers les plus populeux, et I on y a planté des jardins dont quelques-uns sont de dimensions considérables. Dans ces jardins, tous dessinés à l'anglaise, les Parisiens trouvent des bouquets d’arbres, des pelouses de fin gazon, des pièces deau, des rochers artificiels, et une collection de fleurs et de plantes à feuillage telle, que les millionnaires en peuvent seuls réunir dans leurs parcs. Le nom de squares qui a été donné à ces promenades est un mot anglais qui signifie carré, et sous lequel on désigne à Londres des places de cette forme, dont le centre est occupé aussi par des espaces ornés d arbres, de fleurs et de gazon. Mais à Londres presque tous ces jardins appartiennent à des particuliers, et le public doit se contenter de les regarder à travers les grilles qui les entourent. Il y ayait aussi à Paris, avant les embellissements, deux jardins de cette sorte, qu’on appelait déjà des squares, bien qu'ils fussent de forme ovale ou circulaire. L’un était celui de la place Vintimille, qui a été acheté par la ville et rendu public; l’autre était situé sur la place de l'Europe. Il a été détruit pour la mise à ciel ouvert d’une partie du chemin de fer de l'Ouest, jadis enfouie sous un long tunnel. Mais que dis-je. Paris po__édail
depuis trois siècles un square proprement dit, qui est encore smon un de ses plus beaux jardins publics, au moins le plus original : je veux parler de la Place des Vosges, - à laquelle on aurait bien pu, sans danger pour les institutions républicaines , laisser son nom historique de place Royale. - Le jardin ^ occupe le milieu de cette place, si bien encadree dans ses maisons en briques et pierres de taille, avec leurs arcades surbaissées et leurs toits aWis ce jardin fut, au temps de Louis XIII, le rendez-vous du beau monde; car il’ occupait à peu près le centre du quartier le plus aristocratique, du faubourg Saint-Germain d’alors. La place Royale fut ouverte, en 1664, sur une partie de l’ancien emplacement du palais des Tournelles. Une première statue équestre de Louis XIII fut élevée au milieu du jardin par les soins du cardinal de Richelieu. En 1792, elle fut détruite et remplacée par une fontaine. La statue qu’on y voit maintenant fut érigée sous le règne de Charles X. Le cavalier, — c’est toujours Louis XIII, — est de Cortot, et son cheval, de Dupatv. Se mettre deux pour faire une œuvre aussi médiocre L..
MM. Haussmann et Alphand ne se sont pas contentés de multiplier les nouveaux squares ou jardins de quartier : ils ont voulu doter les quartiers excentriques de vastes et vrais jardins qui, sous le double rapport de l’étendue et de l’ornementation , n’eussent rien à envier à leurs aînés du vieux Paris. Les buttes Chaumont étaient naguère un lieu désert, sinistre et infect, un groupe de monticules gypseux sous lesquels étaient pratiquées des carrières à plâtre. Une de ces buttes s’appelait Montfaucon. Ce nom rappelle trois choses hideuses : le gibet, supprimé par la révolution; la voirie, transportée à Bondv, et les ateliers d’équarrissage, relégués dans la plaine des Vertus. L’idée de remplacer toutes ces horreurs par un beau et riant jardin anglais, de tirer parti des accidents du terrain pour créer là des grottes, des collines, des lacs et des cascades, cette idée est, sans contredit, une des plus heureuses qu’aient conçues et exécutées les édiles parisiens.
La superficie du jardin est de trente hectares, sur lesquels huit cents ou vriers , cent chevaux et plusieurs machines à vapeurs ont été employés pen dant plusieurs mois, ici à creuser, là à remblayer, ailleurs à empierrer es chemins, à construire des ponts et des pavillons, à planter des arbres tou venus. On y a utilisé des grottes tapissées de stalactites, hautes de soixante pieds et donnant passage à des cascades qui se déversent dans le lac. , gros blocs de rochers naturels émergent comme une île gigantesque découpée à pic, dépassant le niveau du lac de près de cent cinquante pieds. C est ce point élevé que se dresse un monument copié avec soin sur le joli eIïl P de la Sibylle, que les touristes admirent à Tivoli. ^
Un autre jardin du même genre, quoique un peu moins accidente, a
créé un peu plus tard à l’autre extrémité de la ville, à Montsouris. On a au»
très heureusement tiré parti de la vaste place, jadis entièrement nue, q^
s’étend derrière la petite et fort laide église de Sainte-Marie des Batigno ^
le long de la grille du chemin de fer de l’Ouest. Ici point d accident
c en gris *
terrain autre qu’une petite butte formée par de faux rochers peini»