UN JARDIN D’HIVER
végétale du nouveau monde; ses feuilles circulaires, qui s étalent à la sui face des eaux tranquilles, ont plus d un mètre de diamèlie, et leui limbe est tellement épais et résistant qu’un petit enfant peut s y tenii debout comme sur une sorte de radeau; ses fleurs sont satinées et blanches loi squ elles viennent de s’ouvrir; mais le second jour elles prennent une teinte carnée qui devient rose le troisième; le pétiole et les grosses nervures de la feuille sont armés de longues épines. Ce fut un missionnaire espagnol , le P. Lac ue va , qui montra cette plante extraordinaire, jusque-là totalement inconnue en Europe, au naturaliste anglais Bridges; celui-ci en pensa mourir de joie, et se hâta de regagner aussitôt l’Europe pour faire hommage à son pays et à sa souveraine d’une si belle découverte.
L'euryale ferox est propre à 1 Inde et à 1 Indo-Chine, et croît spontanément sur les lacs du Népaul. Moins beau que le Victoria , il est pourvu d’épines plus nombreuses et plus menaçantes , qui lui ont valu son épithète spécifique. Ce n’est rien moins pourtant qu’une plante malfaisante : ses graines fournissent un suc rafraîchissant, et son rhizome une fécule nutritive. Le Victoria est également une plante alimentaire pour les habitants de la Guyane et du Brésil, qui l’appellent mais d'eau.
Nous n’avons pu donner qu’un bien faible aperçu de la flore des serres; et cette flore elle-même n’est, hélas! qu’une pâle réduction de la végétation des tropiques. C’est dans les plaines immenses, dans les forêts vierges, au bord des fleuves rapides, sous l’azur foncé du ciel et sous les feux du soleil qu’il faudrait contempler cette prodigieuse végétation. En vain nous l’entourons ici des soins les plus attentifs et des plus raffinés : elle languit, elle se rapetisse; sa sève s’appauvrit, ses fibres se relâchent, ses couleurs s’effacent. C’est qu'il lui manque ce dont les plantes ne peuvent, non plus que les animaux et l’homme même, être privées impunément : la patrie et la liberté.