‹ Histoire des JésuitesChapitre 2 sur 35 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ignace de Loyola; fondateur de la Compagnie des Jésuites.— Sa naissance. Ses premières années.— Sa conversion.— La Chevalerie spirituelle. — Le diable en fureur.— Une visite de la Sainte Vierge. — Pèlerinage à Mont- Serrat— Ignace veut pourfendre un Maure.— La veille des armes.— Ignace armé chevalier de la Sainte Vierge.- Manrèze.— Singulière physionomie du nouveau chevalier.— Ses hauts faits.— Victoire remportée sur le diable.—La grotte de Manrèze.— Dialogues avec le diable. — Une touchante prière. — Le petit chien. — Tentation et consolation. — Métamorphose d'Ignace.— II s'improvise prédicateur et auteur.— Le livre des Exercices spirititeU. — Voyage en Terre-Sainte, -r Retour en Espagne. — Ignace étudie la grammaire latine à Barcelone. — .Le diable l'empêche de faire des progrès.— La méthode du diable pour arriver à ce résultat.— Ignace à Alcala.— Premier essai de l'Ordre de la Chevalerie spirituelle. — Un acte de bravoure contre le diable.— Ignace ne comprend rien aux cours de l'Université. — Il se donne le diplôme de docteur du peuple. — Ses démêlés à ce propos avec l'Inquisition. — Chevalières errantes spirituelles. — Ignace a Salamanque. — Nouvelles difficultés avec l'autorité ecclésiastique.— Le livre des Exercices spirituels Jugé repréhensibte.— Ignace abandonné de ses disciples. — 11 part seul pour la France. — H étudie de nouveau la grammaire latine— Nouveaux compagnons.— H va en Angleterre chercher des aumônes. — Ses études. — Ses compagnons l'abandonnent.— Il en trouve de nouveaux. — Le vœu de Montmartre.— Voyages d'Ignace à Venise et à Rome.— Révélations, extases.— Un géant de Vautre monde.— Ce que fait Ignace à Rome. — La réforme. — Mort du jésuite Hosez. qui devint beau après sa mort. — Ignace le voit dans le ciel.— Assemblée générale des chevaliers spirituels A Rome. — Discours remarquable d'Ignace.— Ignace s'associe à Jésus-Christ.— La Compagnie de Jésus.— On demande au pape Paul III l'approbation de la Compagnie. — Difficultés.— Un vœu d'Ignace les aplanit. — Bulle d'approbation. — Ses motifs.— Cérémonie de la profession des chevaliers spirituels.— Missions confidentielles qui leur sont confiées. — Us s'enrichissent en peu de temps, malgré leur vœu de pauvreté.

La Société des Jésuites a eu pour fondateur Dom Inigo de Loyola, connu sous le nom de saint Ignace.

C'était un gentilhomme espagnol. Il naquit en 1491 sous le règne de Ferdinand et d'Isabelle, dans la province de Guipiupo^. Soa père était seigneur d'Ognez et de Loyola1. Ce fat dans cette dernière terre qu'il vit le jour ; d'où lui vint le surnom qu'on lui donne ordinairement. Les historiens jésuites rapportent que.sa mère, pour honorer l'accouchement de la Vierge , le mit au monde dans une é table. Comme on ne s'accordait point sur le nom qu'on devait lui donnes, il Récria tout d'un coup : « Inigoest mon nom. » On ne crut pas devoir aller contre une volonté exprimée d'une manière aussi miraculeuse.

Ignace passa ses premières années à Àrévalo, petite ville de la vieille Castille, chez Dom Juan Velasco, trésorier du Roi. Ce seigneur l'avait adopté pour fils. Il en fit un page de Ferdinand Y ; mais la vie oisive de la cour ne put convenir longtemps au caractère d'Ignace. Il préféra la vie militaire.

A cette époque, les Français avaient entrepris d'enlever la Navarre aux Espagnols. En 1521, ils assiégèrent Pampelune où commandait le duc de Najara. Ignace qui avait été formé au métier de la guerre par ce seigneur, se trouva avec lui enfermé dans la place. Il s'y battit avec courage. Lorsque les habitants en eurent ouvert les portes» il se retira dans la citadelle. Les Français ayant donné l'assaut, Ignace parut sur la brèche, l'épée à la main ; un

1 Preuves de ce chapitre : outre les pièces authentiques insérées dans le récit :

Les Vies de saint Ignace, écrites par les Jésuites Ribadeneira, Mafféi etBpuhoura. Le récit de Ribadeneira a surtout contribué à rendre saint Ignace ridicule au moment de sa conversion. Cet historien a vécu dans l'intimité de son héros et les Jésuites l'estiment.

V. aussi Y Histoire de la Compagnie de Jésus, par le jésuite Orlandini, livre I, II et III.

Imago primisœculi, etc., ou tableau de la Compagnie de Jésus pendant son premier siècle; publié par les jésuites belges.

éclat de pierre le fcfessa à la jambe gauche et tin toùlèt de cébob tui cassa la droite. Le» Français, afcnrèstvrir pansé ses Messines, tetrttftporftofcnt au châfean Ae Lojftfft, où il reçat les Sôftks qtre r&temâft son état. Sa jttnlfe dwSte avait été tejôîttte & h k»te. Il rëfcstentait dVÉrocès 4outam. Les chirurgiens déclinent qùè ^ltftieurs t* étaient hors de leur place et qu'A faltnït casser de nouveau ia jambe. Ignace supporta cette opération avec courage ; nais «nie ftfevre violente se déclara. Un délire effrayant s'empara dtt malade et les médecins déblatèrent qtfî! ne passerait pas la nnft. C'était là veillé dé h fête àes apùtfte PierreetPaul. Ignace avait fait en 1'ftonnfeur de fcaini fterrfe on poëme en langue castillane. ïl s'imàgini, dans son défera* que cet apôtre, pour le récompenser de Ses éîogés, descendait du ciel pour le guérir. La crise passée, le malade «lia mieux, et se crut guéri miracufetisetàent. n était hors de danger et sa jambe était à péù près fcfcérie, lorsqu'il s'aperçut qu'un os avançait ânntéSstfc dtkgefcôu et qu'il ne pourrait plus porter la botté bien tué*. Il voulût absolument qu'on lui sciât cet os; il supporta fcette nouvelle opération sans jeter un cri, sens mette changer de visage. Il guérit encore, mais H se soumit & de nouvelles douleurs afin de n'être pas boitent. Dans l'espérance d'allonger sa jambe droite, il la fit tirer violemment avec une machine de fer. Il n'en resta pas moins boiteux toute sa vie.

Ge fut pendant qu'il subissait ce traitement 4"e, potir trotaper son ennui, il demanda des livres de chevalerie. C'était alors la lecture favorite des Espagnols. Ignace surtout avait nourri son imagination ardente des hants faits d'armes des chevaliers errants, qui s'en allaient chevauchant de par le monde, pour obéir à la Dame dé leurs pensées, redressant les torts, frappant dé grands coups

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d'épées, pour défendre la patrie contre les Maures et pour protéger la veuve et l'orphelin. Ces romans fantastiques sont tombés depuis devant la parodie si spirituelle qu'en a faite Cervantes dans Y Admirable Dam Quichotte de la Manche ; mais au temps où vivait Ignace, ils faisaient les délices de la noblesse. Quoique le château de Loyola en fût ordinairement bien pourvu , on n'en trouva pas, lorsqu'Ignace en demanda ; on lui apporta à la place des Légendes, romans pieux, où les saints, transformés en chevaliers spirituels, se livraient pour l'amour de Dieu et de la Sainte Vierge à mille dévotes extravagances. Ignace prit goût à cette lecture ; elle lui inspira la pensée de fonder une compagnie de chevaliers errants spirituels, qui marcheraient sur les traces des saints par leurs vertus, et sur celle des chevaliers par leur audace et leur courage. Cependant le souvenir d'une Dame qu'il avait connue à la cour de Castille fit évanouir pour un temps ses pieuses résolutions. Il l'avait choisie pour reine de ses pensées, et il était resté fidèle à son souvenir, au milieu de ses amours et de ses exploits. Fatigué de la lecture des vies de saints, il laissait aller son imagination vagabonde, et repassait, dans sa mémoire tout ce qu'avaient fait les plus grands héros de la chevalerie errante pour gagner l'estime de leurs Dames. Il ne pensait plus alors qu'à entreprendre quelque chose d'extraordinaire pour gagner les bonnes grâces de la belle Castillane ; puis il se remettait à ses pieuses lectures et reprenait ses projets. Ses idées se fixèrent enfin. Il renonça à ses amours et à ses plaisirs ; choisit la Sainte Vierge pour la Dame de ses pensées et résolut de commencer sans délai sa vie nouvelle de chevalier errant de la religion. Son plan de vie fut aussitôt arrêté : aller nu-pieds à la Terre-Sainte, se vêtir d'un sac, porter sur la chair une haire à pointes aiguës en guisé de cui-

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rasse ; jeûner au pain et à l'eau , coucher sur la terre, se donner la discipline, habiter les cavernes ténébreuses : telles forent les résolutions du nouveau chevalier. En attendant que sa jambe fût complètement guérie, il passait toutes les nuits à prier et à pleurer ses péchés ; s' étant levé une de ces nuits, il se jeta devant une image de la Sainte Vierge , lui jura fidélité et se consacra à son service. Les historiens jésuites racontent qu'il entendit à l'instant même un bruit horrible ; la maison fat ébranlée, les vitres de la chambre où il était furent brisées. C'était le diable qui faisait tout ce fracas et qui avait résolu d'ensevelir sous les ruines du château de Loyola le preux guerrier qui devait remporter sur lui tant de victoires. Ignace, armé d'un signe de croix, le força de quitter le logis. Satan effrayé se fit un passage à travers la muraille et y laissa une large brèche que l'on n'a jamais pu réparer, si nous en croyons les mêmes historiens.

Ignace employait le temps cfu'il ne consacrait pas à la prière et à la pénitence, à écrire avec des crayons de diverses couleurs, ce qu'il y aYait de plus admirable dans les hauts faits des saints. Il les imprima ainsi profondé» ment dans sa mémoire, et n'en fut que plus porté à les imiter. Une vision qu'il eut le confirma dans ses pieuses pensées. C'était pendant une nuit très obscure : Ignace, occupé à ses exercices ordinaires, vit tout à coup la Vierge tenant dans ses bras l'Enfant Jésus. Elle était environnée d'une lumière resplendissante. Elle ne dit rien, mais son doux regard pénétra Ignace d'un bonheur tout céleste. Il lui semblait que, pendant cette visite de sa Dame, quelqu'un lui purifiait le cœur, effaçait de sa mémoire les images obcènes qu'y avait tracées sa vie d'autrefois, et qu'on le gratifiait du don de continence. Il ne songea plus dès lors qu'à partir. Sa jambe était guérie. En vain son frère

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4M ^asaya-t-il d'^nteaver ses projets. Jgpace .sortit 4u jcWteau sous prétexte d'AVer voir le duc de N*jara>U £tà 9§ seigneur une visite de civilité» renvoya les deux valets <gui l'avaient accompagné et prit seul 1* route de Jb»t-

C'était m monastère fameux situé sur le haut d'une montagne. Ses Jégendee merveilleuses en avaient fiait «a pèlerinage très fréquenté. Ou y trouvait uoe image de la Viqge à laquelle on attribuait des prodiges saas nombre. Ignace avait choisi ce monastère comme lé lieu le plus convenable pour 7 faire la veiUe des armes et s'arme* chevalier de la Vieige.

Ctamio faisait, jl fut joint par un Maure qui efttama $onyersation avec lui. Ignace lui dit qu'il se retodak à Mont-Serrat et se mit k exalter les prérogatives de la Vierge- Hère, le disciple de Mahomet ayant voulu contester la perpétuelle virginité de Marie, Ignace mit la main àl'épée four le convaincre. Le Maure n'était pas brave ; il s'enfuit k toutes jambes. Ignace le poursuivit, et il était sur le point 4a l'atteindre, lorsqu'il se sentit agité d'un scrupule. Il éfcit arrivé à un endroit où le chemin se divisait ea deux ; l'un conduisait à Mont-Serrat et l'autre au village nù sa rendait le Maure. Devait-il poursuivre le mécréant et le pourfendre pour venger sa Dame , ou bien continuer ^a route à Mont-Serrat? Ne sachant se déterminer lui-même, il s'en rapporta à la mule sur laquelle il était monté et lui mit les guides sur le cou. L'excellente bête prit le chemin du pèlerinage. Ignace vit là une inspiration divine, si nous en croyons les historiens jésuites. ' Arrivé au pied de la montagne, il fit l'acquisition de son armure de paladin spirituel : une robe de grosse toile, une corde pour la serrer autour de la taille, des sandales, un bourdon et une calebasse. H attacha ces objets à l'ai*

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fM de là aeUe de sa monture et se hâta de gravir la sainte montagne. En arrivant au monastère, il commença use confession générale de tous ses péchés. EUe dura trois jours. Le bon père , chargé de confesser les pèlerins, loi donna l'absolution et le confirma dans ses pieux projeta* fi commença aussitôt à les mettre à exécution ; il donna ses habits à un pauvre, endossa aon ainnin spirituelle et ne garda que ses armes dont il voulait, la nuit suivante, faire hommage à la Dame de ses pensées. Il avait ht dans les histoires des grands paladins qu'ils avaient fait la texte et nuit, avant d'être armés chevaliers, et que tous avaient lût pour leur Dame de dures pénitences. Il voulut les imiter et passa9 dans l'église du monastère, la nuit du 24 au 25 mars de l'année 1522. Pendant toute la nuit, il se tint debout ou à genoux, les yeux fixés sur limage de la Yieqge ; il se dévoua à son service en qualité de son chevalier ; il suspendit son épée à un pilier de son autel, puis partit pour tlanrèze, afin d'y faire la pénitence d'un brave paladin.

Manrèze était une petite ville située à trois lieues de Mont&rraft. Ignace se logea à l'hôpital et mendia son pain de porte en porte. Afin de n'être pas reconnu et par humilité , il laissa croître ses ongles, ses cheveux et sa barbe, affecta des manières communes et se garda bien de tous les soins que demande la propreté. Les femmes en avaient peur lorsqu'il passait dans les rues , les enfants lui jetaient des pierres et la populace en faisait son jouet. Les hommes sensés étaient d'avis d'enfermer ce pauvre fou qui avait plutôt l'air d'un ours que d'un homme. Ignace était insensible à ces humiliations. Il jeûnait chaque jour au pain et à l'eau ; le dimanche il mangeait un peu d'herbes cuites auxquelles il mêlait de la cendre. Il avait les reins ceints d'une chaîne de fer, et, sous sa robe de

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toile, il portait un rude cilice. Trois fois par jour il se donnait la discipline. Les nuits , il les passait presque tout entières en veilles et en prières, et il couchait sur la terre nue. Il allait souvent visiter une chapelle de la Vierge dans les environs; et, pour se rendre plus agréable aux yeux de sa Dame, il ajoutait alors à sa -chaîne de fer et à son cilice une ceinture d'herbes très piquantes. . Depuis quatre mois, il menait cette vie lorsque le diable le tenta en lui suggérant ces pensées : « Que fais-tu à » l'hôpital? quelle infamie pour un homme de ta qualité » de mener la vie d'un gueux) L'ordure et la crasse sont- » elles l'essence de la sainteté? et ne peut-on y parvenir » qu'en se laissant manger tout vivant par la vermine? » N'as-tu pas honte de dégénérer ainsi de ta noblesse, et » de déshonorer ton illustre famille? Le ciel t'a donné » un cœur généreux ; il veut que tu sois un pieux cheva- » lier et non pas un misérable vagabond. Quitte donc ce » lieu ; va montrer tes vertus à la cour ou à l'armée. Ton » exemple produira là plus de fruits que dans cet hô- » pilai. »

Ignace découvrit bientôt le piège que lui cachait le malin esprit sous des paroles si conformes à la raison ; il se livra avec plus d'ardeur à ses saintes folies, si terribles à l'ennemi du bien. Satan, confus de sa défaite, essaya d'une autre ruse ; il répandit dans Manrèze que l'homme à la physionomie d'ours était un noble guerrier déguisé en gueux pour faire pénitence. Bientôt on accourut à l'hôpital par curiosité ; ses visiteurs, à force de l'examiner, finirent par lui trouver quelque chose de distingué qui révélait sa noblesse. Ignace, effrayé, s'enfuit de l'hôpital et trouva, à un quart de lieue de Manrèze, une caverne horrible qu'il choisit pour demeure. Elle était située au milieu de rochers sauvages ; l'entrée en était obstruée par des

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broussailles épaisses ; elle n'avait probablement jamais été visitée que par des serpents. Ignace s'y glissa et s'y livra à des pénitences effrayantes ; il se déchirait les épaules à coups de chaînes de fer et le sein avec une grosse pierre. Il passait plusieurs jours sans prendre de nourriture ; et lorsqu'il se sentait tomber en défaillance , il mangeait quelque peu de pain moisi qu'il avait emporté de l'hôpital. On fut quelque temps sans découvrir sa retraite. Des passants, qui le trouvèrent évanoui à l'entrée de sa grotte et à demi-mort d'inanition, lui donnèrent un peu de nourriture et le ramenèrent malgré lui à l'hôpital de Hanrèze. Il y retrouva le diable, qui essaya de le décourager et de le faire tomber dans le péché d'orgueil. Les historiens jésuites ont rapporté, exactement sans doute, d'assez longs dialogues que leur fondateur eut avec Satan. Ignace s'en tira toujours honorablement. Le P. Ribadeneira nous apprend que ce fut surtout par la prière qu'il remporta la victoire sur l'esprit malin, et il nous a conservé celle qu'il adressa à Dieu dans la plus forte tentation. « Secourez-moi, Seigneur, secourez-moi, s'écriait Ignace; » c'est de vous seul que j'attends la paix de mon âme. » Cependant je ne refuserais pas un directeur qui me » viendrait de votre main ; et quand vous ne me donnev riez qu'un petit chien pour me diriger et pour calmer » l'agitation de mon esprit troublé, je lui obéirais comme » à mon maître et je le suivrais comme mon guide. » Malgré cette touchante prière, Dieu ne lui envoya pas même un petit chien pour le guider, et il tomba dans un tel désespoir qu'il fut sur le point de se jeter par la fenêtre. Les Dominicains de Manrèze essayèrent par pitié de lui rendre un peu de calme, mais inutilement. Il finit enfin par vaincre le démon et retrouver sa tranquillité d'esprit. Pour le récompenser des épreuves qu'il avait souffertes,

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Dieu lui prodigua les apparitions, les révélations et lés extases. Un jour, il lui faisait comprendre le mystère de là Sainte-Trinité ; une autre fois Tordre qui a présidé à la ^création du monde ou bien le mystère de l'Eucharistie. Il vivait familièrement avec Jésus-Christ et sa mère ; les mystères n'avaient plus rien d'obscur pour lui ; il assurait qu'après ses révélations, la Sainte-Ecriture pouvait disparaître sans qu'il en souffrît le plus petit dommage. Par intervalle cependant, le diable prenait sa revanche. tJn jour entre autres, il accabla de coups le brave chevalier saisi à Timproviste ; une autre fois il faillit l'étrangler. Le fait le plus remarquable, parmi tant d'autres si dignes d'admiration, fut une extase de huit jours pendant lesquels Dieu lui révéla le plan de l'Ordre de la Chevalerie spirituelle qu'il devait instituer. Il fut malade par suite dés extases et illuminations d'en haut, et des combats soutenus contre Satan. Dès qu'il fiit guéri, il comprit qu'il était temps de remplacer la vie de pénitence par celle de l'enseignement. Ce ne pouvait être pour lui seul que Dieu lut avait donné tant de lumières ; il quitta donc sa robe de toile et sa chaîne ; il coupa ses cheveux, sa barbe et ses ottgle* ; se décrassa, mit une robe de bure et commença à prêcher. Il est d'usage dans l'Église que personne ne prêche sans en avoir reçu mission de l'autorité épiscopale; mais un homme en rapport direct avec le ciel est sans doute dispensé des règles ordinaires. Nonseulement Ignace prêcha, mais il composa alors son livre des Exercices spirituels pour former les chevaliers qui lift jour devraient faire partie de son Ordre. Si nous en croyons le P. Louis du Pont1, Dieu lui-même révéla ces

1 Vie du P. Balthazar Alvarez, par le P. L. du Pont, ch. 43; V. h. y Alegambe, Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, p. 1.

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Exercices à Ignace, et la Sainte Vierge l'aida ^ les composer. D est à regretter que le P. du Pont n'ait point dit comment il avait appris uafait aussi surprenant. Quoi qu'il en soit, Ignace, tout pénétré d'idées guerrières et chevaleresques, ne rêvait qu'exercices de milice spirituelle, que guerres et luttes ardentes, que chevaliers revêtus de fortes armures et s'avançant en colonne serrée contre Satan, sous l'étendard de la croix.

Le livre des Exercices oontient des sujets d'oraison et» quelques règles assez sèches , particulièrement sur- l'osa*, men particulier. Il en est qui regardent ce livra comme un chef-d'œuvre , d autres n'y trouvent; rien qpe deïort ordinaire, plusieurs y ont même découvert des erreurs* particulièrement sur l'Incarnation.

Après avoir composé son livre d'Exercice* , Igaioe • quitta Manrèze et partit pour la Terre-Sainte. U avait Ha* tention d'y faire rude guerre au Mahométismç et d'en convertir tous les adeptes. Ses espérances furent trompées. U ne fut que peu de temps en Palestine- et ne s'y distingua par aucune aventure vraiment digne d'un si il* lustre chevalier. De retour en Europe, il se dirigea vers l'Espagne dans le but de s'y livrer à l'étude, de la grammaire d'abord, puis de la théologie. On aurait pu croire qu'un homme qui avait eu Dieu et la Sainte Vierge pou* collaborateurs dans la composition de son livre d'Exercices, et qui comprenait les mj stères, n avait besoin ni de la grammaire ni de la théologie ; mais comme les écrivains jésuites nous affirment en mè;ne temps qu'Ignace eut la science infuse et que cependant il eut besoin, d'étudié** mjême les premiers éléments du langage, nous devons nous en rapporter à ce qu'ils ont bien voulu nous apprendre de leur saint fondateur, et croire qu'ils disent la vérité, même lorsqu'ils se contredisent eux-mêmes.

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