HIST0I1I
Ignace avait trente-trois ans lorsqu'il commença à étudier la grammaire latine à Barcelone* Il apprit sans trop de difficulté les déclinaisons, mais le diable l'attendait aux verbes ; il lui tendit un piège d'autant plus difficile à découvrir, qu'il était caché sous les apparences de l'amour de Dieu. Au lieu donc de conjuguer le verbe Amo, Ignace faisait des actes d'amour : « Je vous aime, 6 mon Dieu , » disaitril9 vous m'aimez, aimer, être aimé ; et rien da- » vantage. » Ces aspirations ne le faisaient pas entrer dans le mécanisme des conjugaisons ; il s'aperçut de son peu de progrès et s'en prit à Satan. Afin de déjouer les ruses de son ennemi, il mena Artebale son maître à l'église de Sainte-Marie-de-la-Mer, se mit à genoux devant lui et fit vœu de continuer ses études, malgré les obstacles que le diable pourrait lui susciter. Il pria son maître de le regarder comme un petit écolier et de le traiter comme tel, en lui fixant chaque jour sa leçon et en lui donnant le fouet s'il ne l'apprenait pas. Lorsqu'il commença à expliquer un peu de latin, on lui donna à traduire le Soldat chrétien d'Érasme. Mais voici que ses visions cessèrent dès qu'il eut le livre entre les mains. Il en conclut qu'Érasme était un auteur proscrit par Dieu. Aussi Vinterdit-il plus tard à ses chevaliers spirituels, qui n'ont cessé depuis d'en dire le plus de mal qu'ils ont pu. Les littérateurs chrétiens ne furent pas aussi sévères ; ils ont toujours admiré, dans cet auteur célèbre, le prêtre éclairé, qui ne se faisait pas illusion sur le besoin de réforme qu'avait l'Église au xvie siècle, et l'écrivain distingué qui a fait le plus grand honneur à la littérature. Ignace, étudiant la grammaire, fut plus avisé. Aussi ses disciples soutiennent-ils que, sur ce point comme sur bien d'autres, il fut inspiré.
Après avoir étudié deux ans la grammaire à Barcelone, Ignace se crut en état de passer à la philosophie et à la
théologie. Pour étudier ces sciences, il se rendit à l'Université d'Alcala de Henarès, nouvellement fondée par le cardinal Ximenès. Tout en étudiant la grammaire, il avait fait plusieurs disciples à Barcelone. Ils voulurent le suivre à Alcala, mais Ignace n'09* les mener avec lui de peur que r Inquisition de Tolède n'en prît ombrage. Il ne fut donc accompagné que de Callisle, Artiaga et Cazères. Il trouva on quatrième compagnon à l'hôpital d'Alcala. C'était un jeune Français nommé Jean, page du vice-roi de Navarre, qui se trouvait à l'hôpital pour se guérir d'une blessure. Ignace lui inspira un grand dégoût pour la cour et une vive ardeur pour la Chevalerie spirituelle.
Le maître et les disciples étaient vêtus d'une longue jaquette ou saie grise, leur chapeau était de même couleur. Ils étaient logés par charité et ils mendiaient leur pain. Ignace gagna son logement et sa nourriture par un acte de bravoure qui mérite d'être rapporté. 11 7 avait à l'hôpital une chambre où personne ne pouvait demeurer parce qu'elle était remplie de diables qui y faisaient chaque nuit un sabbat épouvantable. Le directeur de l'hôpital l'offrit à Ignace, mais en l'avertissant de ce qui s'y passait. Ignace s'était assez souvent mesuré avec le diable pour ne le pas craindre. Il accepta courageusement la chambre. Le cœur lui faillit cependant lorsqu'il entendit l'infernal sabbat ; mais, surmontant ce premier moment de frayeur, il se lève et adjure ainsi Satan et ses anges : « Si vous avez > reçu de Dieu le pouvoir de me nuire, me voilà prêt ;
• frappez. Mais si vous n'avez reçu de Dieu aucun pou-
• voir, fuyez, maudites créatures, et laissez-moi en re-
• pos. » A ces mots, les diables s'enfuirent à la hâte et ne revinrent jamais faire leur sabbat dans la chambre exorcisée par le saint homme. En récompense du signalé service qu'il avait rendu, le directeur de l'hôpital lui as-
sura, non-seulement son logement dans cette chanta», maie sa nourriture. Ignace n'en mendia pas moins, non plu» pour lui, mais pour les pauvres honteux et pour les infirmes qui ne pouvaient sortir.
Il suivait en môme temps les cours de l'Université dlAlcala. On y expliquait la logique de Dominique Soto, la physique d'Albert le Grand et les sentences de Pierre iombattL Malgré son application, il ne comprenait rien ni au auteurs ni aux explications. M y a tout lieu de croire que, comme Érasme, ces auteurs étaient frappés d'une malédiction divine, qui les rendait indignes d'être compris par un homme aussi saint. Quoi qu'il en soit, Ignace et ses compagnons abandonnèrent les cours de ^Université pour se foire docteurs du peuple et des petit» calants. Ils joignaient au catéchisme des exhortations aux écoliers débauchés. Quelques dévotes se mirent en outre 9*u§ la direction d'Ignace. Tant de bruit excita l'attention de l'Iaquisition de Tolède* Plusieurs membres du redoutable tribunal se rendirent à Alcala , croyant mettre la main sur quelques adeptes de la secte des Illuminé*. Ils trouvèrent tout autre chose. Après avoir constaté l'ignorance des nouveaux docteurs, ils remirent toute la cause à Jean Rodrigue Figueroa, grand vicaire d' Alcala, et s?en retournèrent. Le seigneur vicaire ouvrit une enquête sur la vie et les moeurs des inculpés et les renvoya absous, en leur défendant seulement de s'habiller delaméine manière.
A peine sorti de ces difficultés, Ignace retomba dans une affaire non moins désagréable. 11 avait à Alcala, parmi ses prosélytes, deux dames qui se sentirent éprises d'une noble ardeur pour la Chevalerie spirituelle ; il leur sembla* qu'elles pouvaient bien imiter celui qu'elles avaient choisi pour guide. Ce fut en vain qu'Ignace chercha à les en
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dissuader; elles refusèrent absolument d'admettre le principe, qu'on pouvait admirer dans les autres de belles et grandes actions, sans être obligé de les imiter. Elles trouvèrent cktoc qu'Ignace n'était pas conséquent en voulant les empêcher de faire ce que lui-même avait cru bon ; elles quittèrent leurs maisons et commencèrent la vie de chevalières errantes, en faisant à pied, et vêtues en mendiantes, les deux pèlerinages célèbres de Notre-Dame de Guadaloupe et du Saint-Suaire de Jaen. Il ne fut bientôt bruit dans Alcala que du départ des deux dames ; et, comme on savait qu'elles étaient au nombre des prosélytes d'Ignace, on en fit retomber sur lui la responsabilité. Le bruit parvint jusqu'aux oreilles du Vicaire de 1 inquisition, qui fit mettre Ignace en prison. Les deux dames, après une absence de quarante jours, étant rentrées à Alcala, furent interrogées; elles attestèrent qu'Ignace avait cherché à les détourner de leur projet, au lieu de les y exciter. Le Vicaire le mit alors en liberté ; mais , dans le jugement qu'il rendit, il l'obligea , ainsi que ses compagnons, à se vêtir comme les autres écoliers, et leur défendit d'enseigher avant d'avoir étudié la théologie pendant quatre ans* Une telle sentence ne pouvait convenir à un homme qui avait reçu de Dieu l'intelligence des plus profonds mystères; il se hâta de quitter Alcala et se dirigea vers Salamanque, qui avait une école de théologie fort célèbre. Quatre de ses disciples le suivirent. Chemin faisant, Calliste échangea ses habits contre ceux d'un pèlerin en guenilles. Il arriva à Salamanque avec une jaquette trop courte pour lui et un chapeau crasseux dont les larges bords donnaient à sa figure quelque chose de burlesque. Ignace et ses compagnons commencèrent à prêcher comme à Alcala. Le peuple accourut en foule à leurs conférences, et quelques dames se mirent sous lçur direction. LesDomini-
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eains du couvent de Saint-Étienne eurent la curiosité de connaître à fond les personnages qui faisaient tant de bruit. Ignace avait choisi parmi eux son confesseur; on l'invita un jour à dtner ; il s'y rendit avec Calliste. Après le repas, le sous-prieur, accompagné du confesseur et d'un autre religieux, conduisit les deux chevaliers spirituels dans un lieu retiré et les interrogea d'une manière très pressante sur leur instruction et sur la mission qu'ils s'attribuaient. Ignace refusa de répondre. « Je vous forcerai bien de parler, » dit le sous-prieur ; sur-le-champ il le fit enfermer avec son compagnon et en donna avis à Dora Frias, grand-vicaire de l'évéqae de Salamanqne. Celui-ci, sans forme de procès, fit mettre les deux prisonttiers au cachot, attachés ensemble par les pieds avec une grosse chaîne de fer. Ils passèrent la nuit 1 chanter des hymnes. Le lendemain, Frias les interrogea. Ignace lui remit le livre des Exercices spirituels et indiqua la demeure de ses trois autres compagnons, qui furent arrêtés et enfermés, sans pouvoir obtenir de communiquer ni avec Ignace, ni avec Calliste.
Frias lut le livre des Exercices spirituels et le fit examiner par trois docteurs en théologie. Après vingt-deux jours de prison, on fit comparaître le maître et les disciples, et on leur notifia un jugement d'après lequel il leur était défendu de parler de la distinction du péché mortel et du péché véniel avant d'avoir étudié quatre ans en théologie. On avait trouvé que, sur ce point, la doctrine des Exercices spirituels n'était pas parfaitement exacte. Cependant, on déclara que les inculpés n'étaient point hérétiques et que leurs mœurs étaient bonnes. On leur accorda, en outre, la permission de faire le catéchisme.
Ignace ne pouvait consentir à être ainsi gêné dans son apostolat. Il résolut de quitter l'Espagne, où il était si peu
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apprécié; il crut que Dieu lui inspirai! d'aller en France pour y recommencer ses études dans F Université de Paris, n fit part de son projet à ses disciples , qui refusèrent de le suivre. Il partit donc seul, chassant devant lut un âne chargé de ses livres et de son mobilier d'étudiant. Arrivé à Paris sans encombres, il recommença, è trente-sept ans, ses études sur la grammaire latine. Un de ses compatriotes lui ayant volé l'argent qu'il avait apporté d'Espagne, il prit son logement à Sain t-Jacques-de-F Hôpital et mendia son pain. Il fit trois nouveaux prosélytes qui vendirent tout ce qu'ils avaient, même leurs livres, et se mirent comme lui à mendier. Cette conversion fit grand bruit à Paris. Matthieu Ori, dominicain et Grand-Inquisiteur, interrogea Ignace, le trouva innocent et le renvoya absous.
Cependant les aumônes à Paris étaient peu abondantes, et les chevaliers spirituels se trouvaient en danger de mourir de faim. Ignace passa en Flandre et de là en Angleterre pour leur procurer des ressources ; il réussit si bien qu'il récolta ce qui était nécessaire pendant plusieurs années, tant pour lui que pour ses compagnons. Ils se remirent à l'étude, qui avait été fort négligée pendant ces excursions. Sur dix-huit mois qu'il avait été au nombre des élèves d\i collège de Montaigu, Ignace n'en avait guère étudié que six. I! crut pouvoir cependant commencer alors sa philosophie au collège de Sainte-Barbe. Il s'appliqua moins à étudier qu'à exercer auprès de ses condisciples une espèce d'apostolat. Ceux-ci, par curiosité ou pour tout autre motif, le suivirent à l'Église où il faisait les Exercices. Le professeur voyant son cours presque abandonné, en porta plainte au directeur du collège ; Ignace fut sur le point de subir la peine infamante du fouet, en présence des raiaîtres et des élèves; mais comme
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il n'était réellement coupable que d'avoir inspiré à ses condisciples une grande ardeur pour les Exercices spirituels, le directeur n'osa l'en punir et le proclama même saint, en présence de tous ceux qui faisaient partie de son établissement. Ignace fut cependant alors abandonné de ses disciples et put se livrer avec plus de soin à ses études. Lorsqu'il eut achevé son cours de philosophie, il fut reçu maître es arts; il commença ensuite sa théologie dans l'école des dominicains de la rue Saint- Jacques.
Les études ne l'empêchaient pas de poursuivre son projet de former un Ordre de chevalerie spirituelle. Abandonné deux fois par ses disciples, il ne se découragea point et se remit h l'œuvre. Ses efforts furent couronnés de succès et les compagnons qu'il sut alors s'attacher furent les colonnes de la fameuse Compagnie dont nous avons entrepris d'écrire l'histoire. Le premier fut Pierre Lefèvre, originaire d'un village de la Savoie; il était doux et sans défense. Ignace le gagna facilement. Il n'en fut . pas de même de François Xavier, jeune professeur de philosophie au collège de Beauvais, ardent à l'étude et ambitieux. Ignace ayant entrepris de le gagner n'en reçut d'abord que mépris et railleries; mais il s'en empara en flattant son amour-propre et en changeant en zèle pour le salut des Ames l'ambition dont il était dévoré. Xavier fut donc le second de ses disciples. Il était Espagnol. Jacques Laynès, Alphonse Salméron, Nicolas Alphonse, surnommé Bobadilla, Simon Rodriguez, se joignirent bientôt après à Ignace, qui se trouva ainsi à la tête de six chevaliers. Il les assembla un jour et leur fit un discours pathétique dans lequel il leur proposa la conquête spirituelle de la Palestine. Ce projet leur sourit ; il fut décidé qu'après avoir terminé leur cours de théologie, ils se rendraient à Venise pour s'embarquer. On arrêta, en outre, que, dans le cas
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où ils ne pourraient partir, ils iraient à Rome se jeter aux pieds du pape et lui offrir leurs services.
Ignace, qui avait déjà été abandonné deux fois par ses prosélytes, crut devoir prendre ses sûretés ; il proposa donc à ses nouveaux compagnons de s'engager par vœu à exécuter leurs résolutions. Ils y consentirent et prirent jour pour faire ce vœu d'une manière solennelle.
Le 15 août 1534, jour de l'Assomption de la Sainte- Vierge, Ignace et ses six compagnons se dirigèrent vers Montmartre. Ce n'était pas sans raison profonde que ce jour avait été préféré. Le chevalier de la Sainte-Vierge voulait que tout son Ordre la reconnût pour sa Dame et se dévouât à son culte d'une manière toute spéciale. Il se rendit avec ses chevaliers dans une chapelle souterraine où, selon une tradition locale, saint Denis avait été décapité avec ses compagnons. Lefèvre, ordonné prêtre depuis peu, leur dit la messe et les communia. Ils prononcèrent leurs vœux et formèrent une petite communauté ayant la même demeure et la même table.
Quelque temps après, Xavier, Laynès etSalméron résolurent d'aller en Espagne, afin de mettre ordre à leurs affaires de famille avant de se vouer à la vie nouvelle qu'ils voulaient embrasser. Ignace craignit qu'on ne les détournât de leur vocation et , sous prétexte de ne pas les distraire de leurs études, il se chargea d aller lui-même régler leurs affaires. Avant son départ, il leur donna rendezvous à Venise pour le 25 janvier de l'année 1 537 .
Arrivé en Espagne , Ignace refusa de loger au château de Loyola, malgré les instances de son frère, et élut domicile à l'hôpital d'Azpétia. Si nous en croyons les historiens jésuites, il fut prophète dans son pays et y détruisit tous les vices ; ses prédications étaient tellement suivies que les églises étaient trop petites pour contenir ses audi*
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teurs ; il était obligé de prêcher en pleine campagne, et, chose étonnante I quoiqu'il eût la voix très-faible, on l'entendait facilement 1 une distance de trois cents pas. Ces mêmes historiens remarquent comme une chose des plus surprenantes le succès qu'il obtint contre les prêtres conçu binaires. Ces prêtres réformèrent leurs mœurs à la voix d'Ignace qui, pour leur ôter la pensée de retomber dans leurs vices, obtint des magistrats des règlements trèssévères contre ceux qui s'abandonneraient «u libertinage.
Tandis qu'Ignace opérait ces prodiges en Espagne, Lefèvre, qui l'avait remplacé à Paris comme chef delà Compagnie, gagna trois nouveaux étudiants parle moyen des Exercices spirituels : Claude Le Jay, d'Annecy ; Jean Codure, du diocèse d'Embrun, et Pasquier-Brouët , du diocèse d'Amiens. Ils firent leurs vœux à Montmartre, le jour où les six autres les renouvelèrent pour la première fois.
La Compagnie des chevaliers spirituels était donc composée de dix membres, y compris le Général, lorsque arriva l'époque fixée pour le rendez-vous de Venise. Ignace s'y rendit à la fin de Tannée 1535, après un voyage rempli d'aventures, surprenantes sans doute, mais peu dignes de figurer dans l'histoire. II trouva à Venise plusieurs Espagnols qu il enrôla sous sa bannière ; Jacques Hozez fit dès lors ses vœux ; d'autres les firent plus tard, lorsque la Compagnie fut approuvée par le pape. Les succès d'Ignace à Venise parvinrent jusqu'aux oreilles de Pierre Caraffa, évêque de Théate, et qui devint pape sous le nom de Paul IV. Cet évêque, affligé des désordres du clergé, venait de fonder un ordre de clercs réguliers, que l'on appela Théatins, et dont le but principal était de travailler à la réforme des mœurs ecclésiastiques. Il espéra qu'Ignace entrerait dans son ordre avec ses compagnons, et il lui fut
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alors très utile dans une fâcheuse «flaire qui lui survint. Le brait s'était répandu 1 Venise qu'Ignace Avait été condamné 1 Alcala, à Salamanque et à Paris comme hérétique et qu'il n'avait évité le feu qu'en prenant la faite. Le nonce Veralli fut saisi de l'affaire. Carafla rendit si bon témoignage de l'orthodoxie d'Ignace; que le nonce prononça une sentence juridique en sa faveur.
Les compagnons d'Ignace qui étaient restés à Paris arrivèrent à Venise avant l'époque fuée. Comme le brait courait que la guerre allait éclater entre François I", roi de France et l'empereur Charles-Quint, ils craignirent que le voyage ne devint impossible, et ils jugèrent prudent de se mettre en route sans délai. Ils sortirent de France le 15 novembre 1536, et prirent leur chemin par l'Allemagne ; leur vêtement était celui des pauvres pèlerins : un bourdon, un.havresac de cuir contenant quelques papiers ; c'était tout leur mobilier. Ils marchaient en chantant des hymnes et des litanies, le chapelet à la main, comme défi porté au protestantisme. Pendant le chemin, ils brisèrent plus d'une lance spirituelle avec les Ministres des lieux qu'ils traversaient. Laynès, très fort en dialectique, se distingua dans ces luttes ; Xavier s'exerçait particulièrement aux actes de charité. C'était une âme ar<» dente, une imagination exaltée, mais un cœur droit, fis arrivèrent à Venise le 8 janvier 1 537; ils y restèrent une partie de l'année, servant les pauvres dans les hôpitaux. La ligue formée par la république de Venise , Charles- Quint et le pape contre les Turcs, rendit impossible leur départ pour la Terre-Sainte. Ils résolurent, après plus d'un an d'attente, de se diriger vers Rome. Ignace y envoya d'abord Lefèvre et Xavier pour préparer les voies. Il n'osait y aller d'abord lui-même, parce que Tévêque de Théate, Carafla, y avait été appelé en qualité de cardinal. Ce pré*