I. — Les crèches à Marseille au dix-septième siècle
Deux des épisodes de la naissance du Christ ont particulièrement inspiré les partisans qui se. livraient à ce genre d'industrie : on a représenté, en effet, tantôt l'adoration des mages, tantôt l'adoration des bergers dans l'étable de Bethléem. Ce genre de représentation, qui a été très en honneur en Italie, a été également usité dans le midi de la France et particulièrement à Marseille. L'auteur d'une explication des usages et coutumes des Marseillais (1683), Marchetti, attribue à saint François d'Assise l'invention de ces crèches :
Nous apprenons, dil-il, des chroniques de son Ordre, que cet homme séraphique fil un Oratoire le jour de Noël où il représenta le plus au naturel qu'il put, la nativité de Notre-Seigneur après en avoir obtenu la permission du Saint-Siège, de crainte que, si l'on en usait autrement, on ne condamnât cette nouveauté.
Il fit choix d'une longue et chétive étable que la longueur et l'injure du temps avaient tellement usée qu'elle n'avait plus que la moitié du couvert. Les ornements que sa piété lui donna consistaient en un ingénieux mélange qu'il fil de papier, de mousse et de paille....; quantité de cierges et de lampes éclairaient ce lieu, et les figures de bois, qui représentaient le saint Enfant Jésus, la sainte Vierge sa mère et son père le bienheureux saint Joseph, y étaient posées auprès d'un âne et d'un bœuf qu'il y avait fait conduire avec de la paille et du foin pour leur nourriture.
Celte étable étant fréquentée par un grand nombre de religieux qui allaient faire leurs prières devant ces images de bois, le bruit de celte nouvelle dévotion y attira les paysans d'alenlour, lesquels, pour imiler l'allégresse des pasteurs qui furent les premiers à l'adoralion du Verbe incarné, firent celle visite avec leurs guittares et leurs guitlarines.