XXVIII. — L'Etat-Major de Xapoléon III
C'est par un procédé analogue que l'on a établi une curieuse série de portraits représentant le grand Etat-Major de Napoléon III, et dont un exemplaire (1) est tombé entre nos mains.
Ce jouet, qui est plutôt une œuvre d'art de sculpture, qu'un amusement destiné aux enfants, représente Napoléon III entouré de sa maison militaire et des principaux généraux de l'époque. On reconnaît facilement le général Canrobert qui se tient les bras croisés et la tête haute, puis Mac-Mahon, le général Vaillant, le général Pélissier à la forte corpulence; nous citerons, en outre, les noms bien connus de Hamelin, Regnaud de Saint-Jean d'Angély, Baraguay d'Hilliers, Magnans, Niel et le jeune prince Napoléon complètement imberbe.
On reconnaît aussi les aides de camp que distinguent les aiguillettes, et au centre du groupe est un magnifique spahis vêtu de son burnous blanc. Toutes les armes se trouvent réunies dans cette collection ; on trouve, en effet, un capitaine de dragons de l'impératrice, reconnaissable à ses revers blancs, un colonel de car-abiniers, un colonel de gendarmerie de la garde. La gendarmerie, le corps du train des équipages y figurent également. Notons enfin les régiments d'élite, tels que les lanciers de la garde, les cent-gardes et les guides, qui se trouvent représentés dans cet état-major soit par un colonel, soit par un capitaine de ces diverses armes.
Cet état-major comprend quarante personnages, tous variés autant d'attitude que de mouvement et de physionomie. L'artiste a pris soin de modeler ebacun des sujets avec sa taille proportionnée ; ils sont
(1) Provenant de la collection de M. Le Vaillant.
montés sur de petites plates-formes rondes en bois de sapin recouvertes de peinture verte et ils mesurent de 12 à li centimètres de hauteur.
XXIX. — Les petits soldats. — Leur emploi dans les caricatures et dans les pièces satiriques»
Dès la fin du dix-huitième siècle, on se préoccupait de stigmatiser les insuccès militaires en caractérisant les armées en campagne par des figures empruntées aux jouets militaires des enfants. Ces documents sont particulièrement précieux pour notre sujet, car il est à peu près établi que ces petits soldats de bois dessinés dans les caricatures sont les reproductions exactes des joujoux qui étaient alors mis entre les mains des enfants.
La plus curieuse gravure de ce genre qui soit parvenue jusqu'à
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LÉGENDE EXPLICATIVE DE LA GRANDE ARMÉE DU CI-DEVANT PllINCE DE ÛONDÉ.
nous est celle qui figure « la grande armée du ci-devant prince de Condé » ; elle est représentée par des régiments de cavalerie et d'infanterie dressés sur le parquet d'une salle du château de Worms.
Au premier plan on aperçoit M"0 de Condé, la tète couverte d'un chapeau à plume, qui est occupée à déballer une armée de 10000 hommes envoyée à Mgr le prince de Condé. L'ancienne abbesse de Remiremont passe ces troupes de carton au duc d'Enghicn, qui les dresse et les range en bataille; de l'autre côté de la scène, un chien, répondant au
nom de Buttord, renverse aisément ces troupes fragiles ; sur son collier on peut lire cette inscription : « J'appartiens au Père Duchesne. »
Le prince de Condé est représenté au milieu du tableau, fumant une énorme pipe, tandis que son écuyer, d'Autichamp, médite les plans de l'attaque de la ville de Clermont (Oise).
Toute cette scène, qui avait pour but de ridiculiser la contre-révolution que l'on cherchait alors à établir, est en quelque sorte la mise en image d'un article paru le 23 mars 1791 dans le journal le Moniteur :
« Un voyageur — homme digne de foi — raconte qu'en passant, il y a » peu de temps à Worms, il a appris que M. de Condé avait reçu de Stras- » bourg, dans une caisse de huit à dix pieds de long, dix mille hommes » tous bien armés et bien équipés, moitié cavalerie, moitié infanterie.
» Cette plaisanterie, de quelque lieu qu'elle arrive et surtout si elle » vient de France, n'a pu choquer M. de Condé en sa qualité d'homme » de guerre. 11 y aura vu l'envie de lui apprendre qu'il est aussi ridicule » que criminel de bouder la Patrie et de nourrir en soi le désir de se » trouver à la tète d'un parti de rebelles dans l'espoir de renverser la » fortune publique (1) ».
Au commencement du dix-neuvième siècle, lorsque Gustave IV, roi de Suède, fut dépouillé par la France de Stralsund et de Bugen , on publia sur cet infortuné monarque une caricature intitulée : « Gustave le Petit. Déménagement du roi de Suède, 28 juillet 1807. » Dans cette image, le roi est figuré s'enfuyant en caleçon de la ville de Stralsund et emportant toute une série de soldats et de cavaliers en bois représentant l'infanterie et la cavalerie suédoises.
Sous Louis-Philippe, le journal la Caricature fit .paraître au moment du siège d'Anvers, 26 septembre 1832, une grande image satirique montrant le bon roi Louis-Philippe cà genoux sur un tabouret, faisant marcher une armée de soldats de bois montés sur des croisillons articulés. Derrière lui se trouve la table du Conseil des ministres recouverte du traditionnel tapis de drap vert. A l'extrémité de l'image on aperçoit le maréchal Soult faisant manœuvrer un canon à ressort au moyen duquel
(1) Le Mo nileur juge utile de faire suivre cet entrefilet de quelques appréciations bien senties relatives à la conduite du Prince de Condé :
« La personne de qui nous tenons cet article assure que M. de Condé jouit au château de Worms de » toutes les déférences dues autrefois en France aux ci-devant Princes du sang. Vingt-quatre hommes n sont toujours de garde auprès de sa personne; mille ou mille deux cents Français soit ci-devant gen- » tilshommcs, soit ci-devant soi-disant nobles, composent sa cour. L'électeur de Mayence est venu faire » visite au château avec tout l'appareil de l'étiquette rendant à M. de Condé comme aux princes souve- » rains allemands. Ce simulacre de grandeur occupe les soins de chaque jour, mais l'ennui d'une repré- « sentation vide de jouissances réelles ne manquera point son effet naturel.
» M. de Condé ne peut manquer de donner congé à cette cour et de se débarrasser d'une foule im- » portune — il reviendra vivre dans sa patrie sous l'empire des lois, dans ce sein de la Philosophie et des » Arts. »
il envoie des pois chiches, et quelques-uns de ces projectiles sont épars sur la table. A côté de lui se tient l'amiral de Rigny occupé à faire évoluer dans une cuvette les escadres combinées composées du Sujfren , du Résolu, du Calypso, etc.. De l'autre côté de la table se tient un personnage, probablement un amiral anglais, sonnant la charge au moyen d'une petite trompette de bois d'un sou. Le duc d'Orléans, communément désigné dans le journal la Caricature sous le nom de