I. — Le jeu d'armes de Maximilien Icri
Un des passe-temps les plus recherchés des jeunes seigneurs au Moyen Age consistait dans les jeux d'armes, dont nous avons déjà dit quelques mots en parlant des soldats de plomb. Ces tournois en miniature consistaient à lancer l'un contre l'autre deux chevaliers, et quelquefois la violence du choc faisait voler les lances en éclat. Ces champions étaient parfois tout en métal et c'est à cette catégorie qu'appartiennent les deux cavaliers de bronze montés sur roulettes, qui figurent dans le Musée Impérial de Vienne.
Dans d'autres circonstances, ces hommes d'armes ont été traités avec un soin tout particulier et exécutés avec autant de perfection et de précision que les véritables armures. Le document le plus curieux que nous possédions sur ce sujet est tiré d'un traité intitulé : Der Weisz Kunig, c'est-à-dire le récit des faits et gestes de l'empereur Maximilien 1er. Cet ouvrage, qui a été publié par Marx Treitzaurwein, en 1775, reproduit les anciens bois de Hannsen Burgmair ; la planche 13 représente les différents jeux auxquels se livre le jeune Maximilien, de concert avec ses jeunes compagnons de race noble. On aperçoit, en effet, un adolescent occupe à faire partir un petit canon, tandis qu'un autre tire de l'arbalète; quelques-uns jouent au jeu du porteur, à la manière de saint Christophe, mais la scène la plus intéressante est une fort belle représentation du jeu d'armes : quatre enfants se tiennent autour d'une table couverte
d'un tapis dans les médaillons duquel on lit les initiales H-B et G-L. Deux enfants, d'une douzaine d'années environ, placés aux extrémités de la table, manœuvrent, en les poussant avec la main, deux cavaliers montés sur des chevaux couverts de leur housse et portant sur le poitrail un sac de lancier formé d'un épais rembourrage destiné à amortir les chocs. La gravure représente la lutte au moment où l'une des poupées, couverte de son armure, vient de renverser son adversaire, qui se jette violemment en arrière en élevant sa lance comme pour demander grâce. Le graveur a évidemment voulu représenter le jeune Maximilien dans la personne de cet adolescent, dont les cheveux sont retenus par une sorte de cercle formant couronne. Le combat a comme spectateurs deux jeunes gens, la tête couverte de grands chapeaux à plumes, qui semblent prendre un vif intérêt à ce combat.
L'intérêt qui se rattache à ces jeux d'armes est d'autant plus considérable, que nous avons pu, grâce à l'aimable communication de M. Albert Figdor, reproduire un de ces minuscules chevaliers qui a été établi pour servir de jouet à quelque enfant royal.
Cet objet, auquel s'attache un intérêt historique de premier ordre, faisait autrefois partie de la collection Kuppelmayer et il a été acheté en 1895 par le Musée Germanique à Nuremberg pour la somme énorme de 47500 francs, le prix le plus élevé qui ait, croyons-nous, jamais été payé pour un jouet.
L'armure de ce chevalier comprend un casque orné de trois petites plaques gravées ; une cuirasse, dont les bords sont couverts d'ornements entrelacés ; au centre se trouve un médaillon, où est gravée la lettre A, tandis que l'initiale B. est reproduite dans le dos. Après la cuirasse est fixé le support permettant d'arrêter la hampe de la lance à l'endroit précis où elle forme un épaulement nettement accusé. Les brassards et les autres parties de l'armure sont couverts de bandes gravées avec la plus grande perfection ; entre la cuirasse et la petite figurine de bois, on n'a pas manqué de placer un petit coussin d'étoffe de laine recouvert de soie noire et rouge, et cette matelassure porte dans la langue du Moyen Age le nom de Gambeson ou Gamboison ; c'était une sorte de pourpoint qui servait à garantir contre l'âpreté du frottement de la cotte de maille ou des plates (cuirasses) ; ce vêtement rembourré avait, en outre, l'avantage de préserver l'armure contre l'oxydation résultant de la transpiration de celui qui la portait. Le mannequin sur lequel est montée cette petite armure est une poupée de bois dont la partie supérieure du corps est rigide jusqu'aux cuisses ; les bras, les mains et les jambes sont articulés de manière à pouvoir lui donner tous les mouvements désirables. Il est