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Dans le courant de l'année dernière, on a imaginé a Paris des joujoux qu'on appelle pantins, pour d'abord faire jouer les enfants et qui ont servi ensuite à amuser tout le public. Ce sont de petites figures faites de carton, dont les membres sont séparés, c'est-à-dire taillés séparément et attachés par des fils pour pouvoir jouer et remuer. Il y a un fil derrière qui répond aux différents membres et qui faisant remuer les bras, les jambes et la tête de la figure la font danser. Ces petites figures représentent un arlequin, Scaramouche, un mitron, berger, bergère, etc.. et sont peintes en conséquence de toutes sortes de façon. 11 y en a eu de peintes par de bons peintres, entre autres par M. Boucher, un des plus fameux de l'Académie, et qui se
vendaient cher (I). 11 y en avait aussi qui étaient de figures assez libres. Ce sont donc ces fadaises qui ont occupé et amusé tout Paris, de manière qu'on ne peut aller dans aucune maison qu'on n'en trouve pendus à toutes les cheminées. On en fait présent à toutes les femmes el filles, et la fureur en est au point qu'au commencement de celle année, toutes les boutiques en sont remplies pour les et rennes. Cette invention n'est pas nouvelle, elle est seulement renouvelée, comme bien d'autres choses. Et il y a vingt ans que cela était de même à la mode. 11 y a une chanson de caractère et consacrée pour cette petite figure :
Que pantin serait content S'il avait l'art de vous plaire, Que pantin serait content S'il vous plaisait en dansant ; C'est un garçon complaisant, Gaillard et divertissant El qui, pour vous satisfaire, Se met tout en mouvement.
Sur cet air de pantin, chacun a fait des chansons de toute espèce. Cette sottise, ajoute Barbier, a passé de Paris en province.
Dans l'Improvisateur français, l'auteur déplore la mode qui sévit à cette époque, et il trouve ridicule la place que les Français donnent à ce genre d'amusement :
On vil autrefois des Français Qui de pantins remplissaient chaque étage, Salon, boudoir, corridor, cabinet, Et qui depuis, dans leur transport volage, Ont adoplé le bruyant bilboquet.
Il n'était pas rare alors de rencontrer dans la poche d'un respectable
magistrat un beau pantin à côté d'un papier qui devait décider de la vie, de la réputation ou de la fortune des plus illustres citoyens :
D'un peuple frivole et volage, Que le pantin soit la divinité !
Faut-il être surpris qu'il chérisse une image. Dont il est la réalité.