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PET1TS MUSICIENS ET ACTEURS

DANS LE GOÛT CHINOIS D'APRÈS PlLLEMENT, XVIII8 SIÈCLE

tretien de sa nombreuse famille. La misère rend ingénieux : il inventa une épinette fort large à clavier intérieur dans laquelle il cachait un de ses fils âgé de quatre ans, qui exécutait sur l'invisible clavier les airs les plus nouveaux. Il vint à Paris chercher fortune et eut une très grande vogue à la foire Saint-Germain. Encouragé par ses succès, Raisin conçut le projet de former, avec sa petite famille et d'autres enfants, une troupe de jeunes comédiens ; le roi accorda la permission : ce fut « la troupe de Mgr le Dauphin », qui débuta au mois de juin 1664 sur le

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théâtre du Palais-Royal où elle obtint un prodigieux succès. Quoiqu'on ne mît pas alors de réclames dans les journaux et que les comptes rendus des théâtres fussent loin d'être suivis avec le même intérêt qu'aujourd'hui , chaque soir la foule venait rire et applaudir « Tricassiu » et cette délicieuse farce « l'aiidouillette de Troyes » qui coûta la vie au jeune fils de Raisin, ainsi <pie la tragique aventure en est racontée tout au long dans les Enfants célèbres de Fré ville.

La vogue de ces jeunes acteurs fut si considérable, qu'ils méritèrent une mention spéciale dans une lettre en vers adressée à « Madame » par Robinet; à la date du 21 février 1666, nous trouvons l'appréciation de l'auteur sur cette jeune troupe :

Cep ndanl nu Palais-Royal, A\ec un plaisir sans égal, On peut voir la Troupe enfantine Qu'on nomme la Troupe Dauphine, Dont les acteurs, à peine éclos, Des plus vieux méritent lu los.

Sur tous le Fils de la Baronne, Actrice si belle et si bonne, Dont la Parque a l'ait son butin, A, comme Elle, le beau Destin De charmer chacun sur la Sceinu Quoiqu'il n'ait que douze ans à peine.

Et certes, il sera quelque joui- Fort propre aux rôles de l'Amour.

Un peu plus tard, le 6 mars 1666, le même auteur revient sur ce sujet et insiste sur le charme de ces marionnettes vivantes :

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Vous avez, pour toul dire enfin.

La troupe du charmant Dauphin, Dont les acteurs encor en graine Peuvent guérir delà migraine.

Soit dans les rôles sérieux.

Soit dedans les facélieus.

Ces marionnettes vivantes Sont toul à fait divertissantes.

El Ion croid vraisemblablement Que ce soit un enchantement.

Après une tournée peu heureuse en province. la « troupe de Mgr le Dauphin » revint à Paris, où. malgré l'appui do Molière, elle cessa d'exister en 1667 par suite de la mauvaise administration de la femme de Raisin qui avait pris la succession de son mari.

Les petits acteurs furent engagés pour la plupart dans différents théâtres de Paris et de province; Deux d'entre eux. Baron et le cadet des hères Raisin, se distinguèrent par la suite sur les théâtres de la capitale.

En 1677, Dominique Normandin. es uyer sire do Grille, qui avait été obligé, sur les réclamations de l'Académie royale de musique, de transformer son théâtre de marionnettes alors trop populaire, établit au Marais le spectacle des Bamboches, où il fit jouer de jeunes enfants; mais, à Paris, la nouveauté dure peu et. le jeu des acteurs cessant d'être un spectacle neuf, le théâtre dut fermer ses portes.

Un célèbre faiseur de marionnettes. Berthrand. renouvela cette tentative en 1690. quand, à la requête des comédiens français, une ordonnance du lieutenant de police, du 10 février de la même année, interrompit le cours dos représentations.

Drouin, plus heureux que ses prédécesseurs, forma, en 1731, une petite troupe d'acteurs et de danseurs ; elle joua sur la scène de l'Opéra-Comique, alors théâtre de la Foire. Tout Paris raffola longtemps de ces aimables enfants, dont le plus âgé n'avait pas treize ans ot le plus jeune à peine quatre.

Audinot. en lTTo. fonda l'Anibigu-Coruique. boulevard du Temple, et y donna des représentations de ses bamboches qu'il remplaça bientôt par des enfants : ce théâtre gagna beaucoup puisqu'on lit dans les registres de l'ancien Opéra, à l'article des redevances des divers spectacles forains qu'il payait à l'Opéra en 1784, 36 livres par représentation, et l'année suivante cette rétribution fut portée à 30,000 livres par an.

Ce succès avait trouble la tète de tous les fils de bonne famille de Paris et dans chaque habitation ou montait un petit théâtre.

Do cette scène sortirent deux célèbres danseuses, Mmos Bigottini et Chévigni, et un acteur, Damas, de la Comédie-Française.

Plusieurs autres se fondèrent à cette époque, celui des Jeunes artistes, rue de Boudy ou rue de Lancry, et celui des Jeunes élèves, rue de Thion ville (rue Dauphine).

La troupe de M. Hurpy n'eut pas moins de succès et fut comme

une pépinière de bons acteurs : Monrose, Granville, Virginie Déjazet, qui obtenait déjà des bravos et des couronnes dans de petits rôles travestis.

Un décret impérial de 1807 supprima les petits spectacles que nous voyons cependant reparaître en 1814.

Comte, célèbre ventriloque et physicien, en établit un dans une jolie

salle qu'il fit bâtir en 1826 passage Chois eul, mais les artistes n'étaient déjà plus de tout jeunes enfants et au Gymnase enfantin, qui s'ouvrit en 1831, passage de l'Opéra, on y voyait des acteurs de dix-sept et dix-huit ans. Ainsi que chez Comte (1), les ballets y étaient médiocres. Jusqu'alors ces théâtres n'avaient été que des entreprises plus ou

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