LE CHEVAL A BASCULE
d'apuès une image populaire du commencement DU XIX' SIÈCLE.
de commission, d'où elles passaient ensuite chez les commerçants de détail. On ne saurait affirmer ici si c'est à nne origine étrangère qu'il faut attribuer les animaux que nous rencontrons en grand nombre dans l'album de M. Arthur Maury; nous serions assez tentés de le croire en voyant les formes massives de ces chevaux montés sur une plate-forme à roulettes et qui, comme harnachement, en dehors de la bride, portent tantôt une selle, tantôt un bât. La queue est désignée d'une manière toute schématique : dans une masse de carton disposée en éventail, l'artiste peintre chargé de la décoration de ces animaux a indiqué par quelques gros traits de pinceau la masse des crins de la queue. Il faut vraiment toute la bonne volonté que les enfants témoignent à leurs jouets, pour qu'ils consentent à reconnaître un cheval dans cet animal vraiment digne de figurer dans l'Apocalypse.
Le même recueil présente un général monté sur un cheval gris pommelé, dont la fabrication est évidemment beaucoup plus soignée que ceux dont nous parlions il y a un instant ; le petit cavalier, coiffé d'un immense chapeau à deux cornes, ne manque pas de grâce, et il est bien possible que ce jouet ait une origine parisienne, car il ne ressemble en aucune façon aux articles à bon marché venus probablement de l'autre côté du Rhin.
Outre les animaux eu carton moulé qui atteignaient presque toujours une taille assez élevée, on a créé, pour l'amusement des enfants, des chevaux en bois sculpté d'une dimension plus réduite. Ces animaux faisaient partie des bergeries que l'on avait coutume d'offrir aux enfants aux approches de la nouvelle année. Ces jouets étaient généralement contenus dans des boites ovales faites de bois tranché et, suivant la grandeur, renfermaient depuis douze jusqu'à cinquante et soixante sujets. Les chevaux, qui sont les pièces les plus importantes, mesurent environ cinquante millimètres de
~Je Cnwa/ a <^%>aé£tt/e-
hauteur; ils sont décorés au moyen d'une peinture au vernis qui donne des teintes assez transparentes.
Comme procédé de fabrication, il paraîtrait que les artisans employaient le tour à la perche, pour dégrossir ces animaux et tracer les divers contours extérieurs. Les pièces, ainsi préparées, étaient remises à de jeunes garçons qui, à l'aide d'une hachette bien affilée, divisaient les bêtes les unes des autres et les remettaient ensuite à d'autres ouvriers qui les terminaient à l'aide d'un couteau.
La plupart de ces jouets en bois, malgré leur structure quelque peu élémentaire, sont infiniment plus fins et plus délicats que les animaux en carton moulé; la raison consiste dans la part de personnalité que ces naïfs artistes sculpteurs ne manquent jamais d'apporter à leur travail, et la tâche leur est rendue d'autant plus facile qu'ils ne font que reproduire les êtres qu'ils ont continuellement sous les yeux; aussi, quand ces artisans veulent composer des ménageries formées d'animaux qu'ils n'ont jamais vus, les proportions sont beaucoup moins justes et il est souvent même difficile déjuger quel est exactement le quadrupède qu'ils ont voulu représenter.