‹ Histoire des jouetsChapitre 85 sur 236 · XI. — Le trousseau d'une poupée élégante sous Louis XVIII · texte numérisé non relu

XI. — Le trousseau d'une poupée élégante sous Louis XVIII

C'était surtout dans le quartier Saint-Martin que l'on procédait à l'habillement des poupées élégantes, et le Journal des Dames et des Modes, de 1821, nous initie à la composition du trousseau d'une poupée bien vêtue :

Adèle à peine avait six ans :

Age d'or de la vie où l'on n'est occupée

Que du soin d'orner sa poupée; Adeline en faisoit ses plus doux passe-lemps. Il faut pour sa poupée une robe, des gants,

Souliers mignons, large ceinture,

Schall, collier et ce qui s'ensuit, Plume de coq, dont on fait un esprit;

En un mol complète parure, Tout ce qu'il faut au bal pour attirer les yeux,

Bref, ce qui fait qu'en voyant une belle, Que parent ses attraits et la mode nouvelle,

Chacun s'écrie : elle est au mieux !

Pourquoi, lui dit un jour un grave personnage, Parer votre poupée avec de tels habits?

Il serait mieux, à mon avis, De lui donner celui des enfants de votre âge :

Petite robe et pantalon,

Chapeau noué sous le menton, Cheveux bouclés, ajustements commodes, Tels qu'on les a dépeints dans le Journal des modes.

De l'industrie des poupées à Paris, d'après l'album d'un fabrieant de jouets de l'Empire.

Dans l'album de M. Arthur Maury, nous voyons que, tout à fait au début du dix-neuvième siècle, l'industrie des poupées (1) était fort développée sur-

ILES IPASMOiDWAIBlLIES

■e££i7?'?^m€'SA/~j

tout sous le rapport du costume; nous rencontrons, en effet, une poupée en grand costume du Directoire, ornée d'un chapeau à plume, les jambes enveloppées dans un vaste pantalon flottant ; cette somptueuse poupée est

(1) Il est à remarquer que toutes les poupées qui figurent clans ce recueil sont de fabrication française et que, pour cette branche de l'industrie du jouet, nous n'avons pas été obligés de nous adresser à l'Allemagne, qui est restée pendant bien longtemps notre fournisseur attitré pour les joujoux en bois ou en pâte de papier,

La plupart des poupées exécutées à celte époque sont en carton moulé et les mains seules sont en bois découpé. Sans être ce que l'on peut appeler des jouets fins, ces petites figurines ont été cependant établies avec un assez grand soin, étant donné surtout la modicité du prix auquel elles devaient être livrées dans le commerce.

POUPEES HABILLEES SUIVANT LES MODES REVOLUTIONNAIRES

(modèles tirés de l'album d'un fabricant de jouets) époque empire

encadrée d'une Religieuse et d'un Père Capucin avec lesquels elle semble, du reste, faire très bon ménage. Il est à remarquer que la plupart de ces poupées sont d'une construction des plus rudimentaires : les jambes sont remplacées par deux petites tiges de bois fixées sur une planchette carrée, ou bien encore la poupée est supportée par un bâton unique fixé sur un morceau de bois tourné ; la décoration du corsage est obtenue au moyen

LE SOMMEIL DE L'INNOCENCE d'après une lithographie de Lècurieur (1825).

d'une sorte de ruche ou de plissé qui devait pouvoir s'établir à très bon marché. Dans les têtes en carton moulé brillent deux yeux d'un bleu faïence qui regardent avec une fixité désespérante ; les cheveux, peints à même le carton, consistent en boucles d'une régularité et d'une symétrie assez peu vraisemblables.

Les sujets représentés par les poupées, dans cet album, sont les plus divers : tantôt c'est un bébé en jupe courte ou bien une grande dame en costume de soirée; on y voit aussi une mariée littéralement couverte de fleurs d'oranger, qu'elle aurait vraisemblablement bien du mal à supporter si la proportion était tant soit peu exacte.

Les étrangers n'ont pas été oubliés dans ce recueil; on y rencontre une Suissesse couverte d'un ample chapeau et coiffée d'une longue natte

qui lui tombe presque jusqu'aux pieds. A côté est une Espagnole avec sa mantille et, au-dessous, une Italienne aux jambes peu vêtues, qui devait figurer quelque ballerine. Plusieurs de ces demoiselles en carton sont vêtues de robes écossaises ou d'étoffe à fleurettes imitant un peu le papier peint ; elles sont généralement fort décolletées, avec un corsage très bas et un énorme nœud couvrant toute la poitrine.

Deux de ces poupées portent en sautoir une décoration qui a fait sup-

¥%A Sf&fe % # ■ ^m w*à

POUPEES DE PAPIER (époque 1830).

poser que l'artiste avait voulu représenter le petit roi de Rome ; à côté, on voit deux petits garçons portant le costume de la fin du dix-huitième siècle : l'un est couvert d'une sorte de carmagnole et coiffé du bonnet phrygien, souvenir de l'époque révolutionnaire; l'autre, qui devait être un aristocrate, possède un grand col de lingerie plissée, un superbe gilet vert fermé par trois boutons et une petite veste courte à parements; la tête est couverte d'un vaste feutre à deux cornes ressemblant à peu près à la coiffure des incroyables.

Dans ce même volume on trouve des bébés empeaussés dont le corps est bourré de sciure de bois : c'est ce genre de poupées qui est resté le plus en usage jusqu'à la fabrication des bébés en carton moulé, dont les membres sont reliés par des caoutchoucs et qui font le bonheur des enfants de la génération actuelle.

Page 1