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rétrospectif qui nous conduit jusqu'au renvoi de Necker, époque d'où parlent les numéros réguliers des Révolutions de Paris. L'introduction au journal de Prudhomme tut publiée en janvier 1790: elle forme 70 i)ages. Nous devons supposer qu'elle est de Loustalot '. En voici la péroraison :
ce En nous reportant h l'époque de la convocation des états généraux, on est étonné, dit l'auteur, de voir combien la Erance diffère de ce qu'elle était; combien le Français libre diffère déjà du Français esclave, auquel il ne restait plus de consolation que dans sa frivolité. L'imagination elle-même est étonnée de l'espace que nous avons franchi en peu de mois. Il y a sans doute des vices dans quelques opérations de l'Assemblée nationale, parce que les hommes ne produisent rien de parfait ; mais le temps et l'expérience, ces grands instituteurs de l'homme, répareront les défauts ou les vices qui aui'ont échappé. Le peuple a sévi sur quelques têtes coupables ou soupçonnées : nous ne prétendons point autoriser la sanguinaire vengeance ; nous espérons, au contraire, que désormais la loi prononcera la peine. Mais pour s'en rai)porler aux lois, il faut être sur de leur action, et le peuple savait qu'elles n'élaient inflexibles que pour lui ! Ne calomnions pas le peuple. Il a été cruel un moment dans la vengeance; mais on l'opprimait depuis des siècles avec barbarie. Dans une cause aussi importante il ne faut pas juger d'après l'impression du moment.
« C'est ce que nous avons tâché de faire avant de consigner nos pensées dans cet écrit. Nous avons suivi tous les mouvements qui ont préjjaré la séance royale et ses effets. Nous avons vu de près les sensations que produisit à Versailles, le dimanche 12 juillet, le départ de M. Necker et des trois autres ministres estimés; nous avons vu ce jour-la la galerie de Versailles, d'où les députés des communes, qui y abondaient a pareil jour, s'étaient exilés. On n'y rencontrait que des gens en place ou des hommes connus par la part qu'ils prenaient a l'événement. Quelques observateurs y étudiaient les physionomies : sur les unes on lisait la joie franche; sur les autres les anxiétés de la joie même et de la crainte. Nous y entendîmes un député dire hautement, par allusion au renvoi de
1 A l'époque (le la mort de Loustilot, Camille Desinoulins ayant dit que les Rérolittions de Paris perdaient, en cet écrivain patriote, leur plus ferme appui, Pruillumime réclama vivement, et, dans une polémique assez aigre, il chercha à démontrer ([u'il avait toujours été le [ivincipal rédacteur de sa
l'euille.
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M. Necker, qu'il s'était purgé avec un grain d'émétiquc. Enfin, après avoir observé dans le château et jusque chez les princes la savante dissimulation ou celle qui se trahit, les premiers mouvements de la joie ou de la douleur, de la surprise ou de l'indignation ; après avoir assisté à la séance du 13; après avoir tout vu, jusqu'aux cavaliers et aux chevaux casernes dans l'Orangerie, aux hussards postés h l'ombre du parc de Trianon, nous nous sommes renfermés en nousmêmes, pour comparer et préserver notre jugement de l'enthousiasme, de l'admiration ou de la haine, qui exagèrent également. »
Le 1*' numéro des Révolutions de Paris, dédiées à la nation et au district des Petits-Aiigustins, porte la date du 12 au 17 juillet 1789. Il contient une relation fort détaillée, jour par jour, de tout ce qui se passa de remarquable, a Paris et a Versailles, dans le courant de cette semaine. La troisième édition de ce numéro, que nous avons aujourd'hui sous les yeux, est ornée de plusieurs gravures, représentant la prise d'armes au Palais-Royal, les anxiétés de la nuit du 12 au 15, l'invasion de la maison de Saint-Lazare, l'incendie des barrières, le camp du Champ de Mars, le siège de la Rastille et un plan de cette forteresse. Ayant possédé une édition dans laquelle ces estampes ne se trouvaient pas, nous pouvons aftirmer que les premiers numéros de la feuille de Prudhomme n'en eurent point, et que ces ornements n'ont été ajoutés qu'en 1790, en même temps que ceux qui figurent dans l'introduction.
Comme le mérite des Révolutions de Paris ne consiste guère dans ces gravures, généralement mauvaises et quelquefois ridicules, nous en parlons jjour la dernière fois, aimant mieux attirer l'attention du lecteur sur ce que ce recueil révolutionnaire renferme de bon et de curieux.
Ici nous serions bien embarrassé si nous voulions faire un choix, car tout est intéressant dans les numéros de Prudlioinme, soit qu'ils aient été rédigés par Tournon ou par Loustalot, soit que Prudhomme lui-même y ait mis la main, ainsi qu'il n'a cessé de l'assurer au public. Sa feuille, qui n'est d'abord qu'un livre dans lequel sont enregistrés, jour par jour, tous les détails que l'auteur a pu apprendre sur les mouvements du peuple, sur l'attitude des districts, sur les délibérations de la commune et de la municipalité, sur les séances de l'Assemblée nationale, sur les actes du gouvernement, etc., etc., n'étend pas ses observations au delà de Paris et de Versailles. Mais les détails quotidiens qu'elle donne sont tellement
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complets, qu'on pourrait fort bien écrire l'histoire de la Révolution sur les seuls matériaux contenus dans ce recueil.
On comprendra facilement qu'un rédacteur à l'aflùt de tout ce qui se dit et se fait d'intéressant, et qui dispose, tous les huit jours, de 50 pages, dont les quatre cinquièmes sont destinés a enregistrer ces faits, devait ne laisser que fort peu a glaner après lui. C'est dans c^s détails que consiste le principal mérite des premiers numéros de cette feuille, c'est-à-dire de ceux écrits par la société Prudhomme et Tournon. Loustalot y mit ensuite le cachet de son incontestable talent.
A partir du 8" cahier, un avis inséré au commencement nous apprend que des contestations se sont élevées entre les deux premiers associés, à la suite desquelles Tournon livrait au public, sous le titre de Nouvelles Révolutions de Paris, des numéros faisant suite à ceux publiés en société. Prudhomme s'y récrie contre ce qu'il appelle une supercherie, et engage les souscripteurs à lui continuer sa conliance. « Ces publications, dit-il, n'ont rien de commun avec la nôtre, quoiqu'on ait annoncé qu'elles étaient faites par les rédacteurs et auteurs des premiers numéros *. »
A partir de cette protestation, Prudhomme ajoute a son titre primitif les énonciations suivantes : avec un extrait des papiers trouvés dans la Bastille, et le résultat de l'Assemblée nationale; nouvelles des provinces, et autres pièces.
Au 1 r numéro, il dit encore ces mots : « Pour reconnaître les bontés dont le public nous a honorés, nous ferons paraître une Introduction aux Révolutions, ouvrage qui contient un tableau historique et politique de tout ce qui s'est passé en France depuis la première assemblée des notables, et qui démontre les causes politiques de l'étonnante révolution qui vient de s'opérer. Cet ouvrage parviendra gratis à nos abonnés. » Prudhomme promet en outre que ses Révolutions seront accompagnées de gravures analogues aux circonstances.
Il annonce enlin qu'a partir de son 15^ numéro, il adoptera une nouvelle marche, atin de mettre plus d'ensemble dans l'ouvrage, plus de diversité dans les matières, et plus d'uniformité dans le style.
1 Camille Desmoulins était convaincu que Prudhomme s'était emparé des idées et du travail de Tournon, et il considérait le jugement intervenu comme spoliant l'homme de lettres au prolit de l'éditeur. Nous devons dire ici que Tournon n'a signé que le i*"" numéro, et que les suivants portent tous la signature de ['rudhomme; son timbre, connue éditeur seul propriciaire, ne fut apposé que iilus tard.
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Lors même que nous n'aurions pas eu sous les yeux les volumes entiers que Tournon fit paraître de son côté, tous ces avis, toutes ces promesses d'améliorations nous auraient convaincu qu'il y avait lutte et concurrence entre les deux fondateurs des Révolutions de Paris. Prudhomme nous l'apprend lui-même, en prévenant ses souscripteurs, dès la iin d'octobre, de se tenir en garde contre une contrefaction de tous les précédents numéros, dans lesquels, disait-il, on avait omis des matières afin de pouvoir livrer les numéros contrefaits à un prix inférieur; et il rappelait de nouveau que sa publication, à lui, serait ornée de gravures qui tenaient à l'histoire de la Révolution. Prudhomme aurait été plus vrai, s'il eût parlé de concurrence et non de contrefaçon.
La contestation qui existait entre Prudhomme et Tournon ayant été portée devant le comité de police, ce comité déclara, sous la date du 4 novembre 1789, que le sieur Prudhomme, comme chef de l'entreprise du journal intitulé : Révolutions de Paris . pouvait continuer cette publication, et qu'il était propriétaire des souscriptions ^
La victoire resta donc à l'éditeur, qui continua régulièrement son intéressante et volumineuse publication, avec le secours de Loustalot, jeune avocat, ancien condisciple et ami de Camille Desmoulins. Ce fut toujours à ce jeune publiciste que le public attribua dès lors les meilleurs articles que continrent les Révolutions de Paris jusqu'à l'époque de sa mort.
Tournon ne se découragea pas : il continua sa publication pendant près de deux ans encore; mais au bout de ce temps, ne pouvant plus soutenir la concurrence avec Prudhomme, ni la comparaison avec Loustalot, il cessa cette concurrence ^
1 Cette décision fut loin d'être approuvée par les hommes de lettres. Camille Desmoulins s'en montra fort mécontent : il parla, dans son journal, de la discussion entre les deux prétendants comn;p d'une lutte inégale, Tournon étant pauvre.
2 Du numéro { à 16, les livraisons de Tournon se composent des mêmes récits qu'on lit dans celles de Prudhomme, mais avec (|uelqucs abréviations; de manière qu'il y a moins de pages, quoique le caractère soit plus gros. Cette similitude cesse à la lin de décembre 4789; les livraisons de Tournon n'ont dès lors rien de commun avec celles de Prudhomme que les sujets traités dans leurs feuilles respectives.
Au 35e numéro. Tournon prend le titre de : liévolutionx de Paris et de l'Europe; cette série finit avec le deuxième trimestre de 1790 (41 numéros).
Au 2 juillet de cette même année 1790, la feuille de Tournon ne porte plus d'autre titre que celui de : Révolutions de l'Europe, journal des municipalités. C'est la deuxième série rie ses numéros ; au 19«, il change encore son tiire, ou plutôt il l'allonge ainsi : Révolutions de l'Europe et Mercure N.\TioNAL RÉUNIS, joumal dcniocralique. Enfin, au 21* numéro, ce dernier titre est renversé, et le journal de Tournon porte celui de : Merci re N.\rioN.\L ou Révolutions de l'Evrow., joiirval démo-