‹ Histoire des journaux et des journalistes de la evolution française (1789-1796) Précédée d'une introd. générale (volume 2)Chapitre 8 sur 17 · PHUDilOMME · texte numérisé non relu

PHUDilOMME

Voilà bien des détails arides, mais que nous ne pouvions passer sous silence, car c'est une partie de l'hisloire du journal en luimême qu'ils apprennent au public. Il nous reste a faire connaître les opinions des rédacteurs; et ici notre tâche devient lellement difficile, à cause de l'abondance des matières sur lesquelles nous devrions nous exercer, qu'il faut ou renoncer a la remplir, ou nous borner à quelques simples citations.

Nous adoptons ce dernier parti, avec d'autant plus de raison que le journal de Prudhomme contenant, dans les plus grands détails, tout ce <pii sest dit et fait, surtout au commencement de notre Révolution, nous mettrait dans la nécessité de répéter bien des choses dont nous avons déjà parlé dans les articles de Brissot, de Camille Desmoulins, de Marat, etc. , etc. Ce sont ces détails, que les lecteurs se montraient si avides de connaître alors, qui tirent la fortune des Révolutions de Paris. Aujourd'hui ils ne peuvent plus èti-e considérés que comme des matériaux précieux, dont une plume judicieuse élaguera tout ce qui ne méiite pas d'être conservé par riiisloire.

On aura une idée de l'immensité de ces matériaux quand on considérera que chaque trimestre des Révolutions de Paris forme un volume de près de 700 pages, que la totalité de cette collection ne renferme pas moins de dix-sept trimestres, et que tout, dans ces volumes, est exclusivement consacré aux aftaires publiques.

Il est peut-être utile de remarquer que. jusqu'après la nuit du 4 an 5 août 4789, dans laquelle fut abattu l'arbre de la féodalité, le journal de Prudhomme ne s'occupa pas plus de l'Assemblée nationale ni de ce qui se faisait à Versailles que si cette ville et la réunion qu'elle renfermait n'existaient pas. Soit h cause du titre de sa feuille, soit que son propre bon sens lui indiquât que Paris seul faisait la Révolution, et que seul il l'accomplirait, le rédacteur ne porte son attention que sur les événements qui ont lieu dans la ville qui vient de détruire la Bastille. Ses articles quotidiens ne présentent que les actes du conseil communal, ceux des districts, ceux des citoyens armés pour la défense de la liberté et du peuple, ceux des gardes françaises et des vainqueurs de la Bastille, etc. ; il ne fait point d'excursion ailleurs.

cratùiiie. Il fut eoiUinuo ;iiiisi jusiiu'ii la Si"" livraison. Ia' journal i>iililié par Touruon se coniposo (le 95 nuuK'ros on tout, qui sont réunis on 6 volunios.

TOURNOI ET LOUSTALOT. \i)7*

Ce journal, dont la fameuse épigraphe est connue d»; tout le monde : .

Les grands ne nous paraissent grands Que parce que nous sommes à genoux ; . . . . . . Levons-aous !

ce journal, disons-nous, avait compris que, dans la Révolution, le peuple était tout, et qu'il fallait d'abord commencer a s'occuper de lui.

Ce fut encore pour lui faire abhorrer le despotisme que Prudhomrae publia les pièces trouvées dans les archives de la Bastille, pièces fort curieuses, qui occupent, en partie, plusieurs numéros des Révolutions de Pons. Ce ne fut qu'à son 10" numéro que le rédacteur commença a parler de l'Assemblée nationale, et encore se borna-t-il à publier un bulletin fort exigu du résultat de ses séances.

A la même époque, Prudhomme inséra aussi quelques nouvelles des provinces, et beaucoup de lettres sur les affaires publiques. Mais ce qui se passait à Paris avait toujours la |)référence.

Rendant compte de la nomination des officiers de la garde nationale par les districts, le rédacteur se montrait aflligé des intrigues nouées pour porter l'épaulette.

« Nous sommes tellement encore plies et façonnés au joug de la basse servitude, disait-il, que les membres de nos districts se croient toujours honorés de choisir pour chefs des nobles ou des gens titrés ; et lorsqu'on ne s'agite que pour anéantir les abus, l'on ne met en place que des gens qui en vivent! 11 semble pourtant qu'ils devraient être nécessairement exclus de tous les postes |)ublics. Ici l'on nomme un fermier général, là un ex-secrétaire de l'archevêcpie de Sens ; plus loin un grand seigneur, ou môme un procureur, et puis des feuiUetistes qui se louent, et disent (pie tout est bien. 11 ne faut désespérer de rien ; incessannnent ces messieurs auront recouvré tout ce qu'ils avaient perdu, et tout ira le mieux du monde dans le meilleur des mondes possibles. «

11 faut lire, dans les Révolutions de Paris, la colère de son rédacteur contre le veto accordé au roi. C'est dans ce journal que se trouvent les détails de la fermentation du Palais-Royal, de ses délibérations, de ses démarches pour empêcher ce veto, qu'on considérait comme la ruine de la liberté et le triomphe de la contrerévolution.

un i'HUIUlOMME.

« H s'élova, sur le soir, (lilïerenles motions dans le calé de Foi, raconle le rédacteur après avoir fait connaître les avis qui arrivaient de Versailles où s'agitait cette grande question du veto : les uns voulaient que l'on fit assembler les districts; mais la lenteur de leurs opérations, l'incertitude de la réussite, le manque de caractère pour former une députation légale qui pût être admise par les représentants de la comnume, l'absence du i)atriotisme dont l'opinion de certains particuliers inculpait quelques-uns de ces membres, semblaient enlin devoir faire rejeter ces démarcbes insu (lisantes.

« Cependant il faut agir, disait-on ; dans trois jours la France est esclave, et l'Europe suivra son sort! — Dans ces alternatives cruelles, l'on ne prit conseil que d'un patriotisme ardent. Dans la cbaleur des débats, <piel(]u*un rédige une motion, qui porte en substance que, sur-le-cbamp, il faut ])arlir pour Versailles : déclarer que l'on n'ignore point quels sont les complots de l'aristocratie pour faire passer le veto absolu; que l'on connaît tous les membres de celte ligue odieuse: que s'ils ne se rétractent, quinze mille bommes sont prêts à marcbcr ; que la nation sera suppliée de briser ces infidèles représentants, et d'en nommer d'autres...

a Di^à l'on savait, dans Paris, qu'au Falais-Royal on délil)éraif en tumulte. Ces cbefs militaires, qui venaient de jurer a la nation qu'elle serait libre, s'alarment en voyant des amis de la liberté voler pour la défendre ! Ils donnent des ordres : des grenadiers se portent sur le passage de ces braves citoyens ; ils les arrêtent, et comme ceux-ci sont sans ordres et sans existence légale, il faut, si la patrie est en danger, qu'elle périsse tranquillement, plutôt que de la sauver contre les règles de cette légalité...

« Remarquez que lorsque ces citoyens furent arrêtés, à peine étaient-ils cinquante. Néanmoins on traîne du canon, tous les postes sont sous les armes, l'alarme est dans Paris ; des courriers la portent à Versailles ; l'effroi s'y répand ; l'on se met sur la défense: les Parisiens... quinze mille hommes... l'on est perdu...

« Non, Broglie et son armée d'assassins n'eussent jamais produit plus de troubles et de crainte que l'action de ces citoyens! 11 faut qu'il y ait encore parmi nous beaucoup d'esclaves et de mauvais citoyens, puisque le cri de la liberté et les démarches du patriotisme jettent une épouvante plus terrible que les détestables attentats du despotisme ! r>

TOURNON ET LOUSTzVLOT. l9o

Celle crise dura plusieurs jours, et le rédacteur des Révolutions ne manque pas de nous apprendre et l'indignation du Palais-Royal contre l'Assemblée nationale, et ses nouvelles démarches, et la liédeur des représentants de la commune, et l'intervention de la garde citoyenne. Toutes ces pages, acquises a l'histoire de notre Révolution, mais que les historiens ont trop négligées jusqu'ici, sont du plus haut intérêt; car, à défaut des recherches du style, elles portent le cachet de la vérité.

« Ce soir, racontait encore le rédacteur des Révolutions de Paris sous la date du 1" septembre, le café de Foi était rempli de citoyens (jui écoutaient avec avidité la lecture de l'opinion de M. Schmitz sur le veto : chaque phrase excitait les plus vifs applaudissements, et ceux qui étaient dehors demandaient le lecteur. Tout à coup les applaudissements ont changé en cris d'indignation : ,4 bas! non, non! c'est infâme! On lisait un plan de constitution avec veto, sénat, etc. Les cris du dehors répondaient à ceux du dedans. La patrouille a cru qu'il y avait tumulte ; elle est entrée au café : la vue des armes a effrayé quelques auditeurs ; ils ont cassé les carreaux pour sortir par les fenêtres ; plusieurs ont été blessés par le verre. Le café a été bientôt Vide et fermé... »

Et que l'on ne croie pas que ces bouillonnements du volcan révolutionnaire cessassent dès le lendemain. Le Palais-Royal entrait en fermentation toutes les fois que la liberté courait quelque danger: alors il remuait la commune et les districts, et le peuple et Paris.

« Les discours tenus à l'Assemblée nationale au sujet du veto ou de la sanction royale, ajoutait deux jours après le rédacteur des Révolutions de Paris, sont l'objet de toutes les conversations. L'horreur qu'a causée le veto absolu a été telle, qu'on se regarde comme sauvé, si on n'accorde au roi que le veto suspensif... Nous avons passé rapidement de l'esclavage à la liberté; nous marchons plus rapidement encore de la liberté à l'esclavage : on endort le peuple au bruit des louanges qu'on lui prodigue sur ses exploits ; on l'amuse par des fêtes, des processions et des épaulettes...

« Le premier soin de ceux qui aspirent à nous asservir, ajoutait Loustalot, sera de restreindre la liberté de la presse ou même de l'étouffer ; et c'est malheureusement au sein même de l'Assemblée nationale qu'est né le projet d'écraser les hommes libres, les écrivains généreux qui se dévouent pour la cause de la liberté.

« Pour nous, cpii nous sommes sentis dignes d'écrire l'histoire

lîNi l'HUniIOMME,

(le œlle é|)0(iiic intéressante, nous jurons une haine irréconciliahle aux oppresseurs et aux ambitieux, quels (|u'ils soient. Nous les prévenons que la crainte et l'intérêt ne peuvent rien sur nous; que nous dénoncerons à l'opinion publiijue toutes les atteintes qui seront portées à la liberté pui)li(iue, civile et delà |)resse, soit à notre préjudice, soit a celui du dernier des citoyens. Nous les prévenons qu'ils tenteraient en vain contre nous l'épreuve de la persécution : que la chaîne de ceux qui cooi)èrent à cet ouvrage est trop longue pour qu'ils puissent se promettre d'en atteindre les extréniitc'S ; (pie nous nous expatrierons, s'il le faut, pour être vrais, et que si la violence nous en ôtait la faculté, le tyran qui aurait osé l'employer n'aurait qu'un nioyen de nous réduire au silence, celui de nous arracher la langue, si toutefois, pour le priver de ce plaisir barbare, nous n'avions pas le courage d'imiter Anacharsis... »

Près d'un mois s'était écoulé sans que l'agitation se fût calmée : seulement elle changeait souvent (r(d)jel, et des causes diverses l'entretenaient, au grand chagrin des modérés et des aristocrates, désespérés de ne i)ouvoir surprendre ni tromper une population qui avait des sentinelles aussi vigilantes.

« Il n'y a point eu de patrouilles hier au Palais-Royal, racontait encore le rédacteur des liévolutions de Paris sous la date du 29 septembre : aussi ce forum était-il tran(juille ; le peu de soldats nationaux que l'on y voyait se comportaient si bien, que personne n'avait été troublé.

« Mais ce soir, entre cinq et six heures, des détachements sont entrés de tous les côtés, et se sont jetés avec violence a travers les groupes de censeurs ; il y a même eu des soldats qui ont affecté de porter la crosse de leurs fusils de manière qu'elle blessait les reins de ceux qiïî ne se retiraient pas assez tôt. Le public honnête, composé de bons patriotes de Paris, des provinces et de quelques étrangers, a murmuré hautement. Des murmures il a passé aux huées et aux sifllets. Une patrouille arrête un citoyen paisible (c'était l'abbé Robin, écrivain distingué par des ouvrages qui respirent le plus pur patriotisme ) : on se récrie en sa faveur ; on repousse la patrouille; on résiste à l'oppression, et le citoyen est relâché.

« Le jardin ressemblait assez a un champ de Ijataille. M. le duc d'Aumont, commandant de bataillon, est assis vis-a-vis le café de Foi ; des aides de camp, ou des officiers qui en ont les fonctions, courent d'une patrouille h l'autre. Elles vont et viennent : elles font.

TOUIUNON ET LOUSTALOT. 197

au milieu des groupes, des évolutions si précipitées, qu'elles sont ridicules. Les citoyens s'indignent, jettent un cri, et s'avancent. Une patrouille présente la baïonnette... Jouissez, aristocrates, le monient de votre triomphe n'est pas éloigné...

c( Cependant les soldats se sont reposés sur les armes ; on a parlementé, chaque citoyen a adressé la parole a un soldat ; et, au milieu de cent questions, de cent propos qui s'entrecoupaient, on entendait les choses les plus sublimes.

— «Je ne porte point d'uniforme, disait un avocat, parce que c'est a un instrument de despotisme. Si je le portais, et que j'eusse à « obéir a des ordres aussi contraires à la liberté, je le mettrais à bas « ici méme,*et je m'en irais chez moi en chemise, aux applaudisse- « ments de mes concitoyens. »

— a Je suis ot'licier de la garde nationale, disait un homme qui « avait en effet la redingote militaire ; je vais demain au district « donner ma démission ; je connais plus de cent cinquante jeunes « gens appartenant à des familles honnêtes, qui imiteront mon « exemple, et qui ne resteront pas dans un corps à qui l'on fait « perdre, de gaieté de cœur, la considération qu'il doit avoir. »

— « Il faut que nous le cassions, ce corps, reprenait un autre ; « nous n'avons pas vu le piège qu'on nous tendait, en isolant ainsi « trente mille hommes armés des autres citoyens ; tout corps est « aristocratique. Il n'y a pas un seul citoyen qui n'ait aussi bien « le droit d'être armé et de faire le service public que ces trente « mille messieurs. »

— « Armons-nous de sifllets, ajoutait un plaisant; un homme « libre peut siftier quand bon lui semble. Or, tant qu'il y aura des c( patrouilles dans le Céramique, nous siftlerons; ce sera laconjura- « tion des sifllets. »

— c( Nous méritons notre sort, s'écriait un patriote. Pourquoi « avons-nous placé a notre léte des ducs, des comtes, des barons et (c des agents de change ? (Un agent de change était à la tête de la u patrouille dont on avait eu le plus a se plaindre.) Nous avons « parmi nos chefs de division jusqu'à l'auteur du mémoire des « princes : il y a dans le corps des officiers plus <le soixante joueurs « de Vhôlel d'Aîujleterre. »

Quelques jours après la publication de ces détails par le rédacteur des Révolutions de Paris, détails qui indiquent, et l'esprit de cette léuille, et la direction qu'elle voulait inq)rimer à l'opinion publique.

I«JH IMIUDIIOMME.

on étalait chez les marchands d'estampes une caricature intitulée : le Patrouillotisme chassant le Patriotisme du Palais -Royal : on y voyait les citoyens poursuivis dans le jardin par des gardes nationaux ayant un bandeau sur les yeux, et donnant ainsi des coups de baïoimetle. Pour démontrer qu'ils servaient les projets des ennemis de la Révolution, on avait coiffé ces gardes nationaux avec des mitres, et ils avaient à leur cou des cordons et des croix. Le chef de ces soldats ( on avait voulu désigner Lafayelte ) tenait la pointe de son épée appuyée contre la poitrine d'un citoyen, qui avait à sa main un livre sur lequel étaient écrits ces mots : Droits de l'Homme, (Constitution, FJberté !

Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir reproduire en entier les plaintes et les réflexions très-sensées qu'arrachèrent au rédacteur des Révolutions de Paris le fameux décret du marc d'arijent, celui (jui divisait les citoyens en actifs et non actifs, la loi martiale, la nouvelle organisation des municij)alités, ainsi que plusieurs autres actes de l'Assemblée nationale, qui parurent, aux yeux de ce rédacteur, autant d'attentats contre la liberté.

« Une loi, dont le nom seul devrait choquer les hommes qui viennent d'éprouver toutes les horreurs du gouvernement militaire, disait-il en parlant de la loi martiale, a paru destinée à favoriser les menées, les i)rojets des aristocrates, et a forcer le peuple à tendre ses mains à de nouveaux fers. Le district de Sainte-Elisabeth, auquel une suite de sages délibérations donnent quelque prépondérance, a déclaré que l'effet de cette loi était d'armer les citoyens contre les citoyens... Il fut proposé, dans une séance longue et orageuse du district Saint-Martin-des-Ghamps, de s'opposer a l'exécution de cette loi, et de faire défense aux membres du district de porter l'habit uniforme, tant qu'elle subsisterait ..

« C'est en vain qu'on nous dit que la loi martiale rendra au citoyen la tranquillité, la liberté aux travaux de l'Assemblée nationale, et préviendra des sacrilices sanglants. Ce n'est que pour nous priver de l'insurrection des citoyens, ressource funeste et désastreuse, mais la seule qui nous ait sauvés jusqu'ici ; c'est l'insurrection des citoyens qu'ils veulent étouffer... Ce sont de ces coups terribles (jui, quand ils portent, forment une plaie profonde : ce coup était prévu depuis longtemps. M. de Mirabeau l'annonçait, atin d'y accoutumer nos esprits; et le boulanger et les deux hommes exécutés le lendemain sont peut-être trois victimes <jui devaient le préparer :

TOUHÎSOÎS ET LOUSTALOT. t<M>

on n'a produit ces scènes sanglantes que pour avoir occasion de demander la loi martiale. Si c'est le hasard qui a produit cette scène, ils en ont profité comme des gens prêts à tout événement... »

— <c Où sommes-nous? s'écriait Loustalot après avoir déploré tous les mauvais décrets dont celui du marc d'argent lui avait paru renfermer les germes. Est-il vrai, citoyens, que nous ayons combattu pour la patrie ? que nous ayons terrassé le despotisme et l'aristocratie? Est-il vrai quç la Bastille n'existe plus? Qu'est devenue cette liberté si brillante dès son aurore ? Elle s'est éclipsée devant une nouvelle aristocratie... l'aristocratie de nos mandataires!... »

Et il se plaignait de l'ascendant que la municipalité, c'est-à-dire le maire et les ofticiers municipaux prenaient sur la commune, c'est-à-dire sur le conseil général communal, considéré comme le corps législatif de la commune.

Le rédacteur des Révolutions de Paris avait, sur la plupart des autres feuilles de l'époque, un immense avantage, en raison de la latitude que lui laissaient ses nombreuses pages pour bien coordonner ses récits, les rendre complets, et pour développer sou opinion sur les matières qu'il traitait. Ainsi, par exemple, lorsqu'il s'occupait de la situation de Paris, il l'exposait sous toutes ses faces'; lorsqu'il parlait des subsistances et des approvisionnements, objets si importants dans les circonstances où l'on était, le rédacteur traitait cette matière avec tous les développements qu'elle exigeait ; s'il voulait faire connaître l'état des provinces, il rassemblait toute sa correspondance, en faisait le dépouillement, et offrait ainsi à ses lecteurs le résumé de tout ce qui se passait hors de Paris, de sorte qu'on pouvait, d'un coup d'œil, embrasser toute la France; ce qui était bien préférable à ces nouvelles éparpillées dans les journaux quotidiens : le journal de Prudhomme écrivait ainsi des pages d'histoire. On trouve dans les Révolutions de Paris une foule d'articles remarquables et complets, soit sur le conseil général de la commune de cette ville, soit sur sa municipalité ; soit sur les districts, et principalement sur celui des Gordeliers; soit sur le ministère ; soit sur les conjurations des aristocrates ; soit en faveur de la liberté de la presse ; soit sur le despotisme militaire, sur le clergé, sur l'organisation du pouvoir judiciaire, sur les préjugés et les mœurs.

Le principal rédacteur de ce journal, qui était alors Loustalot, commençait toujours sa feuille par un article fort développé dans

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lequel il examinait la situation des altaires publiques : il y traitait les (|uesti()ns à l'ordre du jour. Rien de j)lus eurieux à lire que l'examen qu'il fait des pensions dont les courtisans jouissaient avant la liévolution.

Ce jeune puhliciste rédigeait la feuille de Prudhonime avec un talent incontestable et avec les principes de liberté les plus larges. Il disait et voulait souvent les mêmes cboses que Marat ; mais il les disait et les demandait avec le calme de la raison. Il avait compris que la politique absorbant alors toutes les facultés des bommes qui s'étaient lancés dans la Révolution ou qui y applaudissaient, une feuille portant le titre de Révolutious devait, avant tout, s'occuper de la Révolution, de ses progrès, des obstacles (pi 'elle rencontrait, des espérances que concevaient les amis de la liln^rté, de leurs déceptions. Ce fut ainsi que Loustalot parvint (;n peu de tem|)s a donner une vogue immense aux Revolut'unts de Paris.

Ce journal ne cessait aussi d'avoir les yeux fixés sur les bommes entre les mains desquels les destinées de la France semblaient remises : il surveillait Mirabeau, Lafayelte. Rarnave, le duc d'Orléans, les Laïuetb et autres cbefs. en même temps qu'il surveillait la cour et les principaux aristocrates. Quoique son rédacteur se livrât beaucoup moins aux personnalit<''s que Marat, Camille, et même Rrissot : quoiqu'il abordât plus rarement le terrain de la polémique, on le voyait néanmoins proposer souvent pour modèles aux patriotes, et Robespierre, et Danton, et Pétion. Loustalot ne regardait pas Marat comme un extravagant ; il le prenait jjarfois pour son modèle lorsqu'il avait a développer les tbéories de la liberté. Si Loustalot n'avait pas la même perspicacité que l'on accordait a Marat; si, comme l'Ami du peuple, il ne possédait pas la finesse de V odorat nécessaire pour flairer les traîtres et pour les découvrir sous le masque du patriotisme, le jugement (pi'il portail sur les hommes en évidence, d'après leur conduite, n'en était pas moins sûr.

Ainsi, par exemple, Loustalot ne vit jamais en Mirabeau qu'un homme prêt a se vendre ; en Lafayette qu'un ambitieux dont les facultés étaient loin d'être à la hauteur du lôlc qu'il pouvait jouer, et il ne ménageait ni l'un ni l'autre de ces personnages. L'o|)inion qu'il lui arrivait d'émettre sur ses confrères indiquait aussi un écrivain consciencieux et d'un sens droit.

Dès l'année 1790, Loustalot appréciait d(''jh à sa juste valeur

l'Assemblée nationale constituante. 11 pensait que la grande minorité était ouvertement ou secrètement contre-révolutionnaire; que la majorité eût été bonne, si une partie ne se fût pas laissé dominer par des intrigants et dts cliarlatans en patriotisme. Il n'y voyait donc qu'un petit nombre d'hommes à grandes idées, et, par conséquent, capables de soutenir les principes de la Révolution. Loustalot avait déjà écrit des choses fort sensées contre le marc irargent, contre la division des citoyens en actifs et passifs, contre le droit de veto, contre celui accordé au roi de faire la guerre ou la paix, et contre une foule d'autres décrets qu'il considérait comme autant d'atteintes portées aux droits de la nation : il attribuait tous ces décrets liberticides à l'intluence de Mirabeau et du comité de constitution, dans lequel il ne voyait que des aristocrates couverts du manteau populaire.

Lors de la déplorable affaire de Nancy, Loustalot se prononça si 'énergiquement contre les ordonnateurs de cette atroce boucherie d'hommes; il vit avec tant de douleur l'Assemblée nationale, entraînée par les hommes de la légalité, voter des remercîments au général Bouille, qu'il en tomba malade de chagrin. Cet écrivain patriote n'avait alors que trente ans ; mais, malgré la force de l'âge, il succomba en moins d'un mois, le 19 septembre 1790.

Beaucoup de bruits circulèrent alors sur la cause de la mort de ce jeune et vigoureux athlète de la liberté. On parla d'empoisonnement, de guet-a[)ens, d'assassinat. Plusieurs journalistes contribuèrent a donner de la consistance h ces suppositions. Mais, quoiqu'on ne cessât de parler des assassins de Loustalot, en indiquant indirectement soit les aristocrates, soit même les agents de Lafayette, on finit par s'accorder sur la véritable cause de la mort de ce patriote. Camille Desmoulins, qui donna des regrets si vifs h son condisciple et collègue, contribua beaucoup h faire tomber ces bruits; mais il affirma que les progrès de la contre-révolution, et la trahison de plusieurs personnages en (|ui le peuple avait placé sa confiance, avaient seuls abrégé les jours de son ami.

Les funérailles du rédacteur des Révolutions de Paris eurent lieu avec une grande pompe et au milieu d'un immense concours de patriotes : plusieurs liommes de lettres et journalistes prononcèrent des discours sur sa tombe, et Camille Desmoulins se fit remarquer par son zèle et par sa douleur.

Mais plus Camille donna des regrets publics à celui que l'on con-

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