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et l'on saura si je suis un franc républicain. En allendanl, perlide
nioinaillon, je ne quitterai pas plus ton capuchon que le chef cornu
du vieux Roland : le vin est tiré, il faut le boire, f..... ! »
En ce nionient-là, ceux que Ton appelait les héberlistes avaient à se défendre contre les attaques dont ils étaient journellement l'objet de la part des chinton'istes et des phéUppotins. C'était une rude lutte (jue celle qui s'engageait entre ces deux partis également patriotes, également révolutionnaires, mais malheureusement divisés par des (|uestions |)ersonnelles, et par leur manière de juger la marche du gouvernement.
c< Braves sans-culoltes, disait le Père IMichesne en faisant allusion aux numéros du Vieux Cordelier que Camille Desmoulins venail
de lancer ; braves b qui êtes encore environnés de conspirateurs.
déliez-vous des j...f qui veulent vous endormir. Veillez plus que
jamais. Ceux qui n'ont pu vous réduire par la force vont employer
la ruse pour vous perdre. Déjh, f des serpents se sont glissés au
pied de la Montagne |)our darder leur venin ; on veut diviser la Convention ; on cherche a armer les patriotes contre les patriotes. Brissot et Gorsas sont ressuscites. Oui, f , leur voix s'est déjh fait
entendre. Des patriotes ont été dénoncés, accusés par les amis de Cusline et de Duniouriez. On ose blâmer hautement toutes les mesures révolutionnaires qui ont sauvé la République. On i)lcure la mort des scélérats qui ont voulu égorger la patrie. Un bourriquet a longues oreilles S qui n'eut jamais ni bouche, ni éperons, fait feu
des quatre pieds depuis quelques jours. Il |)arait, f , qu'il veut
gagner son avoine, et depuis qu'on lui a f.... sous le nez force picotins d'Angleterre, il rue a droite, a gauche, et. comme on dit, il donne le coup de pied de l'âne h tous les patriotes, que les aboyeurs du roi George Dandin outragent et calomnient. 11 ose se dire l'avocat du diable. Après avoir défendu tous les tripotiers de Paris ; après avoir plaidé la cause du muscadin Dillon, et soutenu que, sans la protection des talons rouges, la République ne pouvait se sauver,
il devient aujourd'hui le champion de tous les j...f qui sifllent
la linotte. — « Ouvrez les prisons, dit-il, à ces deux cent mille « citoyens que vous appelez suspects. » — Ouvrir les prisons, tonnerre de Dieu! combien l'infâme Pitt a-t-il payé cette b de
i Camille IK'smouliiis crut se rciniinain-c à eellc désigrialion; do là son fameux arlide contre Helieri, article qiM." nous feions coiniaitre à sa place.
IIEBEHT. oiîr;
motion de Cobleulz? Ouvrir les prisons! est-ce donc pour recruter la Vendée, ou plutôt pour en former une nouvelle?...
a Suivant maître Camille, ajoutait-il, il faudrait que les sans-culottes tombassent aux pieds des aristocrates pour leur demander
grâce. Où en serions-nous, f , sans la sainte guillotine? Sans elle
existerait-il un seul jacobin? aurions-nous la Républicpie? aurionsnous une Convention? toutes nos armées ne seraient-elles pas détruites? Si le rasoir national cessait un seul instant d'être suspendu sur la nuque des contre-révolutionnaires, que deviendraient les patriotes ? Bientôt ce serait leur tour, et on ne ferait pas tant de façons pour s'en débarrasser... Tel est le langage, f , d'un misérable intrigailleur qui ose s'appeler le vieux cordelier, le doyen des jacobins. Déjà les cordeliers ont fait justice du viédase qui, sous leur étiquette, ose débiter un semblable poison, et ils l'ont cbassé de leur sein. »
La guerre ayant ainsi éclaté entre les dàntonistes et les bébei'tistes, elle n'eut plus de terme que ces deux factions ne fussent détruites. Hébert, qui vit le gouvernement révolutionnaire attaqué successivement par Pbélippeaux, par Bourdon de l'Oise et par Camille Desmoulins, prit parti pour le comité de salut public et celui de défense générale, en attaquant, à son tour, ce qu'il appelait la nouvelle faction brissotine, les endormeurs, les tramfmjes, la queue des brissoUns.
« C'est lorsque les sans-culottes triomphent partout, s'écriait-il en présence des écrits de Phélippeaux et de Camille, qu'on redouble d'efforts pour les perdre. Les escrocs, les voleurs, les plus vils intrigants osent accuser les hommes les plus purs. Croient-ils que le peuple prendra le change? C'est un juge redoutable qu'on ne saurait tromper. Celui qui fut un pilier de tripots, ajoutait-il en parlant de Camille, qui écornitta les dîners des aristocrates, qui fut Vavocat consultant de tous les talons rouges, qui défendit les complices de
Lafayette et de Dumouriez; celui-là, f , aura beau dire : Je suis
le vieux cordelier, le doyen des jacobins; on lui répondra qu'a bonne auberge il n'y a pas besoin d'enseigne. Plus il vantera ses anciennes prouesses, plus on se défiera de lui, mieux on le tancera, s'il a tourné casaque à la sans-culotterie. Après s'être autrefois intitulé le procureur (jénéral de la lanterne, s'il devient le procureur général de l'aristocratie et de la phélippoterie; s'il propose de former une nouvelle Vendée, en mettant en liberté ses bons amis les muscadins
o«(i UEBEHT.
et muscadiiies qui sifllenl la linotte ; s'il ose appeler les hommes n;volutionnaires des hommes de sang, des septembristes qui lèchent le collier de la (jiiillotine, on lui répondra qu'il frise de près la fatale cravate; ou plutôt on ne lui répondra rien, on lui doiuiera une loge aux Petites-Maisons, et il sera fustigé comme un fou. Mais si cet écervelé, au lieu de proliter de son brevet de folie, continue, dans sa fureur, a déchirer les meilleurs républicains, on l'étouffera comiiK; un enragé. »
Répondant ensuite à ce même Camille, que le Père Duchesne appelait alors le niais dont Pitt se servait, Hébert, accusé par le Vieux Cordelier d'avoir volé la République, ajoutait, a l'un de ses numéros, le post-scriptum suivant :
« encore une petite bouffée de ma pipe à Poincinet-Camille.
a II n'est pas si fou qu'on s'imagine, le benêt Camille; et si on le
prend pour un niais, je dis, f , que c'est un niais de Sologne,
car il sait amadouer les aristocrates et leur escamoter joliment leurs corsets. 11 a vendu plus de cent mille exemplaires de son Vieux Cordelier, à 20 sous le numéro, et il me fait un crime d'avoir débité mes feuilles à 2 sous la pièce pour les armées. Il prétend que je suis riche conmie un Cresus parce (jue, depuis le mois de juin, j'en ai débité neuf cent mille, ce qui fait 90,000 livres. Une telle somme a un misérable marchand de fourneaux! Mais Camille doit rabattre de son calcul plus de 15,000 livres de dé|>enses pour achat de presses et de caractères, le papier, les frais journaliers, les dépenses de bois et de chandelle, la paye de dix ouvriers, les gratifications de nuit, une augmentation de loyer; ce qui reste est bien peu de chose, et encore n'en ai-je que la moitié, puisque j'ai un associé. Au surplus, j'ai placé mon bénélice dans l'enqirunt volontaire : c'est là ce que Camille appelle voler la République! »
Hébert revint souvent sur la prétendue conspiration des nouveaux modérés, et, ainsi qu'il le disait lui-même, il ne les quitta pas plus que son ombre.
« Il existe cependant encore des b assez audacieux pour
vouloir nous barrer le chemin, s'écria-t-il encore après avoir énuméré les succès que la France devait au gouvernement révolutionnaire. Les mêmes viédases qui voulaient la guerre quand nous n'étions pas en force pour la soutenir, demandent aujourd'hui la paix h hauts cris, pour nous arrêter au milieu de nos victoires. La paix, loimerre de Dieu ! nous ne devons la faire que lorsque tous les bri-
IIÉBEHT. KG7
gands couronnés nous la demanderont a genoux ; que lorsqu'ils auront payé les frais de la guerre. Là paix, f ; non, il ne peut en
exister entre des hommes libres et des rois... Quels sont donc les
j...f dont la voix mielleuse ose prononcer ce mot de paix! Ce
sont les scélérats qui ont la rage dans le cœur et qui nous préparent, dans l'intérieur, la guerre la plus meurtrière; ce sont les mêmes qui déjà nous ont proposé d'ouvrir les prisons et de donner îa clef des champs aux corbeaux que nous avons mis en cage. Croient-ils donc que la Convention donnera dans un pareil panneau, et qu'elle soit disposée a faire une nouvelle Vendée?... »
— a Ce ne sont pas seulement les patriotes que l'on veut perdre, ajoutait encore Hébert en poursuivant la guerre a outrance qu'il faisait, de concert avec les chefs des cordeliers, aux nouveaux modérés ; c'est la République, f Les feuillants, les brissolins de
nouvelle fabrique, en même temps qu'ils répandent le poison du modérantisme, osent blâmer les mesures révolutionnaires qui ont sauvé la liberté; ils minent sous main le gouvernement, afin de s'en emparer. Un comité de salut public, un comité de sûreté générale, composé de phélippotins, serait le chef-d'œuvre de Taristocratie: Bientôt de nouveaux crapauds barboteraient dans le marais; bientôt recommencerait un combat meurtrier entre le crime et la vertu.
« Et c'est la veille du grand coup de peigne ; c'est au moment où nos braves guerriers brûlent d'impatience d'exterminer les esclaves des despotes, que l'on jette ainsi des bâtons dans les roues! Oui.
f , les patriotes ont raison d'exprimer leur indignation \ en
voyant se former de pareils complots : il faut sauver la République, et pour la sauver, il faut faire justice de tous les fri|)ons, de tous les intrigants, de tous les conspirateurs. Braves sans-culottes, il ne faut pas jeter le manche après la cognée. Ceux qui prêchent le modérantisme sont vos plus grands ennemis. Il n'y a plus îi reculer, f ;
il faut que la Révol\ition s'achève... Un seul i)as en arrière perdrait la République. Jurons donc, f. . . . . , la mort des modérés, comme celle des royalistes et des aristocrates... »
Ce furent la les derniers mots qu'ait prononcés Hébert dans son fameux Père Diichesne. Le lendemain il était arrêté par ordre de
i Hébert faisait ici allusion à une séanre des cordeliers dans laiiuelle son parti s'était déclaré en insurrection contre les nouveaux modérés.
568 IIEBKHT.
Fouquier-Tinville, en verlu du décret rendu, le '2'2 ventôse an III. sur le rapport de Saint-Jusl, portant que le tribunal révolutionnaire continuerait d'informer contre les auteurs et complices de la conjuration ourdie pour usurper le pouvoir de la Couvention nationale, ou pour attenter a sa dignité ou h sa sûreté, directement ou indirectement.
Il serait fort difficile de comprendre aujourd'hui comment le rédacteur du Père Diichesne put être accusé de subversion de pouvoir^ et de vouloir attenter à la sûreté de la Convention, car cette feuille prêcha toujours le respect et la soumission aux délégués du peuple.
A une époque assez éloignée de celle où nous sommes arrivés (voyez son numéro 202), il lui était bien échappé de former le vœu du renouvellement de la Convention, de la réorganisation du pouvoir exécutif et même du comité dC'Salut |)ublic; maiss'étant aperçu du mauvais effet qu'avait produit sa motion, il s'empressa d'en expliquer l'intention.
« Comme mon comj)ère Audouin, brave montagnard et journaliste de mon acabit, ajouta-t-il plus loin (numéro 21)2), je rends justice à la Convention ; la majorité est excellente : elle veut sauver la République, et son vœu serait accompli, si tout ce qu'elle décrète
étaitexéculé. Mais, par malheur, il y a bien des j...f qui mettent
ï^es hâtons dans les roues....: puisqu'il est décrété que les hommes ^^ispects doivent être mis h l'ombre, pourquoi, f , certains montagnards de nouvelle fabrique, cpii jappaient comme des ro(iucts, il y a quelques mois, au milieu des crai)auds des marais, ne sont-ils pas aussi regardés comme suspects... Que la Convention fasse donc elle-même un grand exemple ; qu'elle commence par se purger de tous les intrigants et de tous les fripons qu'elle renferme. S'ils
restent impunis, f , ils vont recommencer leurs fredaines : elle
verra encore deux partis se former dans son sein ; et au lieu de travailler au bonheur du peuple, elle sera déchirée et avilie...»
Comme on le voit, le Père Dmhesne ne faisait alors que prédire à la Convention ce qui lui arriva, en effet, peu de temps après, lors de la levée de boucliers de Chabot, de Phélippeaux, de Bourdon de l'Oise et autres anciens montagnards devenus les ennemis du comité de salut public.
Mais lorsqu'il vit se former cette opposition, qui devait être si funeste a la liberté, il se rallia fortement a la majorité montagnarde, et ne parla plus de renouveler la Convention.
On le vit dès lors faire l'éloge de cette assemblée, et l'encourager
à mettre la dernière main à la tâche que le peuple lui avait conlic'e.
« On nous annonce de nouveaux complots, de nouveaux cou|)s
»le chien contre la Convention, écrivait-il lors de l'attaire de Chabot
et de Bazire; eh bien, f c'est autour d'elle qu'il faut se rallier,
comme je n'ai cessé de le dire. Ceux qui voudraient y exciter le trouble, la diviser, doivent être regardés comme les plus mortels ennemis du peuple... C'est du haut de la Montagne que partira la foudre qui doit les écraser; c'est là, f...... qu'est le trône de la
liberté ; c'est de là que la Convention nationale va pulvériser tous les trônes des despotes, et verser ses bienfaits sur les humains. Le comité de salut public est son bras droit : elle lui a remis la massue qui écrasera tous les traîtres. Bons citoyens, mettez toute votre confiance dans ceux qui ont détruit la tyrannie et fondé la République... Vingt fois le comité de salut public a sauvé la Répubhque; il la sauvera encore!... » (Numéro 324.)
Loin de demander le renouvellement de cette célèbre assemblée, en voyant encore surgir des factions dans son sein, le Père Duchesne conseillait aux législateurs de ne point abandonner la barque avant de l'avoir conduite au port. « Vous ne quitterez votre poste, leur criaitil, que lorsque la République sera sauvée, et le règne de l'égalilc assuré. Vous ne devez pas abandonner le temple de la liberté, que vous avez eu tant de peine à construire, a des intrigants qui détruiraient bientôt son culte. » (Numéro 557.)
Enfin, peu de jours avant son arrestation, Hébert faisait encoie le plus grand éloge de la Convention. « Je suis tranquille, f......
écrivait-il dans son 550^ numéro ; la Convention nationale, au milieu de tous les orages et environnée de toutes sortes d'intrigues, est toujours au pas... Courage, braves montagnards, continuez de mériter les bénédictions du peuple, en rendant tous les jours de bons décrets. Frappez le fer tant qu'il est chaud, et ne remettez jamais a demain ce que vous pouvez faire aujourd'hui. Tandis que d'une main vous tenez la foudre ^1^ écraser les despotes et leurs vils esclaves, tendez l'autre aux malheureux; assurez du travail à tous les citoyens ; accordez des secours aux vieillards et aux infirmes, et, pour couronner votre ouvrage, organisez promptement l'instruc. tien publique : ce sera là votre chef-d'œuvre; car, f...... sans
instruction, point de liberté, f ! »
Avec de pareils antécédents, il eût été impossible de pouvoii-
m» ^ UEBEIIT.
accuser sérieusenienl le Père Duchesne d'attenter a ranlorité de la Gonvenlioii nationale ou à sa dignité. Hébert et ses amis, les chefs des cordeliers, furent les victinjcs de leur zèle ultra-révolutionnaire, et non de manœuvres contre la Convention et la cause de la liberté ; encore moins furent-ils, comme on a voulu le faire croire dans le temps, les aji;ents de l'élranger.
Voici comment ils se perdirent.
Irrités de l'appui que la nouvelle faction des modérés semblait trouver au sein de la Convention, et même au milieu des jacobins, les cordeliers, dans leur fameuse séance du 14 ventôse, dénoncèrent formellement cette nouvelle faction, comme tendant h dénigrer les meilleurs patriotes et à déchirer la Convention elle-même. S'emportant contre Chabot, Bazire, Bourdon, Phélippeaux et Camille, le cordelier Vincent vit, dans les écrits et les manœuvres de ces députés, une conspiration plus à craindre, selon lui, que celle de Brissot : il affirma qu'elle renverserait infailliblement la liberté, si on ne s'opposait aux projets des factieux et si on ne déployait toute la terreur nécessaire pour comprimer les ennemis du peuple '.
Benchérissant sur son ami, Hébert dévoila les projets de cette faction, tels qu'ils s'oiîraient a son imagination.
« Depuis deux mois je me retiens, s'écria-t-il; je me suis imposé c( la loi d'être circonspect, mais mon cœur ne peut plus y tenir. Je « vous nommerai ceux qui veulent sauver les complices de Brissot, « ceux qui veulent rallier autour d'eux les royalistes pour s'en faire « autant de créatures, ceux qui veulent régner. Mais les cordeliers « ne le souffriront pas. — Non! non! s'écrient les assistants. — Ces « hommes, continue Hébert, qui ont fermé la bouche aux patriotes « dans les sociétés populaires, en vain voudraient-ils attenter à ma <c liberté. Je sais ce qu'ils ont tramé ; mais je trouverai des défen- « seurs. — Oui ! oui ! clamait-on de toutes parts. — Père Duchesne, « parle, et ne crains rien, lui criait Boulanger; nous serons, nous, (c les pères Duchesne qui frapperont. — Parle, nous te soutiendrons, (( — ajoutait Momoro. Et tous les amis d'Hébert lui reprochaient de « n'être plus le même, de s'être tu trop longtemps ^ »
Encouragé par ces approbations, Hébert parla longuement encore contre les complots des nouveaux modérés, qui, dit-il, étaient vendus h Pitt.
I Histoire de la Convenlion nationnle d'après elk-mf.me. "- Ibid.
IIEBEUT. 571
« Doulei'iez-vous encore qu'il existe une raction qui veiil aiiéanlii- « les droits du peuple? conclut Hébert. Non certainement. Eh bien ! « puisqu'elle existe, puisque nous le voyons, quels sont les moyens « de nous en délivrer? L'insurrection, oui, l'insurrection, et les corce deliers ne seront pas les derniers à donner le signal (|ui doit frai)- « per à mort les oppresseurs. »
Hébert n'avait pas eu beaucoup de peine a faire partager sa colère par la société déjà si aigrie; son discours fut couvert d'applaudissements, et on se sépara bien convaincu qu'il faudrait encore arriver aux moyens extrêmes pour frapper les hommes qui, suivant les cordeHers, travaillaient a faire revivre les factions, pour perdre la liberté '.
Le lendemain de cette séance, mal rendue, et diversement commentée par les journaux, on ne s'entretint plus, dans Paris, que du projet d'insurrection des cordeliers, projet qui n'avait cependant été que conditionnel. Camille Desmoulins en parla dans son dernier numéro du Vieux Cordelier, qui parut ce jour-là même ; et après avoir tourné les cordeliers en ridicule, il finit par une phrase qui fut funeste aux chefs de ce club.
« L'imagination des nouveaux conspirateurs, dit le Vieux Cordelier, ne s'est pas mise en frais pour inventer un plan de contre-révolution : au premier jour, Ronsin serait venu à la Convention, comme Cromvvell au parlement, à la tête d'une poignée de ses fiers rouges, et, répétant les propos du Père Duchesne, nous aurait débité absolument le même discours que le protecteur : Vous êtes
des j...f , des viédases, des sardanapales, des fripons qui buvez
le sang du pauvre peuple, qui avez des gens à gages, tandis que le pauvre peuple est affamé, etc., etc. »
Ainsi attaqué, Hébert consacra l'un des numéros de sa feuille (le 354" 'et avant-dernier) à expliquer ses paroles et les projets de ses amis, rejetant toujours sur les furets de Pitt les manœuvres opérées pour dénigrer les cordeliers, et armer l'une contre l'autre les deux sociétés fameuses qui, disait-il, avaient f.... le trône du tyran en cannelle, et fondé la République.
« Les cordeliers, raconte-t-il, indignés de voir tous les fripons aller la tête haute, tandis, f que les meilleurs patriotes étaient
1 Histoire de la Coiwenlion naliunate d'après elle-même. Le projet des hébeilistes coiisislail, s'ils y ctaieiit loicés, à organiser un iioiiveim 2 ftiin ronUe les nouveaux modérés, alin de purger la <;onvenlion de la (/'(c«« des /irissoliiis.
lil'l IIEBKHT.
persécutés; ayant les oreilles rebattues de tous les projets de contrerévolution de nos ennemis; s'apereevant que les modérés, les feuil-, lants et les royalistes osaient lever la crête, et menaçaient de former une faction pour dissoudre la Convention et anéantir la liberté, la moutarde leur a monté au nez, et, encore une fois, ils ont prouvé aux aristocrates qu'ils avaient bec et ongles, et qu'ils sauraient les faire rentrer cent pieds sous terre. — « Tremblez, ennemis du peuple,
« se sont-ils écriés; vous voulez une insurrection, eb bien, f
« nous en ferons encore une, mais ce sera la dernière ; le peuple « encore une fois se lèvera en masse, mais ce sera pour vous exter- « miner : les jacobins et nous, toujours unis à la Convention, nous « allons tous mettre nos têtes dans un bonnet, pour purger la Ré- « publi(|ue de tous les traîtres. » —
«A ce mot d'insurrection, continue Hébert, tous les j...f
qui craignent pour leur i>eau, parce qu'ils ont volé la République, ou conspiré contre la sans-culoiterie, ont commencé a jeter feu et flamme; ils ont osé dire que les cordeliers, qui ont cent fois sauvé la Convention, voulaient la dissoudre. Les jacobins, alarmés parce bruit, répandu par les journalistes et les gazetiers de Coblenlz et de la Vendée, sont venus demander une explication fraternelle a leurs
frères les cordeliers. Déjà, f , les aristocrates riaient sous cape,
et s'applaudissaient d'avoir jeté une pomme de discorde entre les deux sociétés. Les cordeliers ont rendu, compte de leur conduite à leurs frères, qui, loin de les blâmer, ont juré de s'unir à eux plus intimement jtour exterminer tous les conspirateurs. Cette scène touchante a fmi par des embrassements... Ainsi donc, f tous les
aristocrates qui croyaient voir les patriotes aux prises ont tiré un coup d'épée dans l'eau... »
Deux jours après ce récit fait par Hébert dans son Père Duchesne, ce journaliste et ses amis Vincent, Ronsin, Momoro, le général Laumur et le banquier hollandais Kock étaient arrêtés par les ordres de Fouquier-Tinville. Le jour suivant, et a la suite d'une nouvelle séance des cordeliers, Fouquier lit arrêter encore Ancard, qui l'avait présidée, Rourgeois, Ducroquet, Leclerc et Mazuel. Rientôt on joignit a ces accusés de la cojispiration tramée par les puissances coalisées contre la République, Anacharsis Cloots, Descombes, Desfieux, Pereyra, Proly, Dubuisson, Laboureau et la femme Quétineau.
Leur jugement ne se lit pas attendre. Ces accusés comparurent, au nombre de vingt, devant le tribunal révolutionnaire. Ce fut vaine-
ment que Vincent, Ronsin, Hébert, Momoro et leurs amis se défendirent sur tous les points, et qu'ils rappelèrent tout ce qu'ils avaient fait pour la liberté : leur condamnation était prononcée d'avance ; et a l'exception du médecin Laboureau, acquitté, les dix-neuf autres furent envoyés à la mort le môme jour.
'< Ils y marchèrent, dit un historien, au milieu de la foule de leurs ennemis personnels, qui les accablèrent d'injures, et de la foule plus grande encore de ces patriotes sincères qui croyaient réellement que la République était sauvée par la punition de ceux qu'on regardait comme de grands coupables, ou tout au moins comme des désorganisa teurs... Les hébertistes entraînèrent bientôt les dantonistes *. »
Hébert, que l'on se représente comme un croquemitaine, était un fort bel homme, d'une figure ouverte, enjouée et bienveillante. « Sous le masque brutal et rébarbatif qu'il avait adopté, dit l'historien des Femmes célèbres de la Révolutmi, M. Lairtullier, d'après la Révolution en Vaudeville, il cachait l'extérieur le plus agréable et les manières les plus élégantes. Chez lui se réunissait une société tout épicurienne, h laquelle présidait une des femmes les plus spirituelles du temps, Marie Goupil, ex-religieuse du couvent de la Conception-Sain t-Honoré, à Paris, et devenue sa femme. »
On ne peut guère se faire une idée de la vogue qu'eut le journal le Père Diichesue. Non-seulement il se trouvait entre les mains de tous les militaires patriotes, qui ne juraient plus que par la pipe du vieux marchand de fourneaux ; non-seulement il était lu avec avidité par les classes populaires, mais encore, assure Paganel, il avait pénétré dans les boudoirs des grandes dames républicaines, et l'on vit plus d'une fois le soucieux Sieyès se dérider en lisant les grandes colères ou les grandes joies du brutal sermonneur.
Hébert savait fort bien a quels désagréments son journal l'exposait, mais il ne cessait de dire qu'il ne reculerait pas d'une semelle. « Quand on souffre pour sa patrie, ajoutait-il, on est trop heureux. Le sort de Marat, toujours menacé du poison et des poignards, n'estil pas préférable à celui de ces j...f..... qui ne sont ni chair ni poisson, et qui ne vivent que pour eux? Quant a moi, f , si j'avais
cent têtes, j'aimerais mieux les perdre l'une après l'autre que de vivre inutile... Ce que j'ai été au commencement de la Révolution,
1 llisloirc lie la Conreiilion nalimide d'nprcs elk-mcmc.
4 IIEBEIIT.
je le suis encore. Si mes ennemis se croient assez forts pour m'accabler, j'appellerai les sans-culottes h nrion secours. Ce sont eux qui seront mes juges. Je leur demanderai d'examiner toute ma vie : s'ils ne me trouvent pas les mains nettes; si j'ai cessé d'être leur défenseur, eux-mêmes me condamneront. Que l'on crie, que l'on jappe contre moi ; je suis bon cheval de trompette : je ne m'effraye pas du bruit, f. »
— a Ahl quel b de métier, disait-il encore dans un de ses
numéros (le 324*') destinés a récapituler tout ce qu'il a fait comme journaliste depuis le commencement de la Révolution; ah! quel
b de métier que celui de se faire imprimer tout vivant, et de
dire, pour 2 sous, la vérité à ceux qui ne veulent pas l'entendre! Il n'y a pas de cheval de bât qui souffre autant (|u'un pauvre diable qui s'est lui-même imposé la tâche de dénoncer tous les fripons et les traîtres qui lui tombent sous la patte, et de dévoiler tous les complots que l'on manigance contre la République. S'il a de trop bons yeux, on veut les lui crever; s'il ne ménage ni Pierre ni Paul dans ses discours, on trouve bientôt le secret de lui couper la parole, soit en l'amadouant, soit en l'épouvantant. Sur quelle mauvaise herbe avais-je donc marché le jour où il me prit fantaisie de quitter mes fourneaux pour me mettre à broyer du noir? »
Et, après cet exorde, le père Duchesne racontait tous les combats qu'il avait été obligé de livrer depuis l'instant où il avait commencé à se mettre en colère contre le ministre Jean-Farine (Necker). jusqu'à sa lutte avec les phélippotins. « Le secret de bien conduire toujours sa barque, et de la conduire jusqu'au port, malgré tous les orages et les bourrasques, concluait-il, c'est de ne consulter que le bon sens et la probité, de ne croire que sa conscience... »
FliN l»i; PHEMIEll VOLUME.
TABLE T>r PHKMIKR VOLUME.
Pages.
Introduction 1
Coup d'œil préliminaire sur les Journaux publiés de 1789 à 1796. . . 145
BRissoT-WARVirj.E, rédacteur du Patriote français 185
I'eltier, rédacteur des Actes des Apolres 431
Marat, rédacteur de l'Ami du Peuple 489
Hébert, rédacteur du Père Durliesnr 51S
l'RlMEIUK SCIINEIDKII ET I.ANf.HAMl, MUE n'ERFIMITir , 1.
PN Gallois, Léonard 5176 Histoire des journaux et des
G3 journalistes de la Révolution
t.l française