‹ Histoire des journaux et des journalistes de la evolution française (1789-1796) Précédée d'une introd. généraleChapitre 8 sur 15 · œUP DOEIL PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

œUP DOEIL PRELIMINAIRE

(le gens de lettres royalistes ; le Véritable Ami du Peuple : le Véritable Père Duchesne, a qui rien ne manque pour être en elTet de la grande lamille ; VAini delà Loi : VEcho de l'Europe; la Chronupie de France: et, par-dessus tout . les piquantes plaisanteries que Mirabeau 1<* jeune se permet, en déjeunant et en dînant, sur l'Assemblée nationale, ses membres patriotes et les jarobins. Il faut lire le Déjeuner, ou la Vérité à bon marché ; le Diner, ou la Véritéen riant : Va Moutarde après dîner, etc.. etc., dont le vicomte, celui que le peuple appelle si justement, au positif comme au ligure, Mirabeau-Toimeau, régale ses amis les noirs ; il faut, dis-je, lire ces fticéties, j)our rester convaincu que les deux frères avaient de l'esprit comme (juatre.

Je ne puis j)as non plus oublii'r C(^ pamjddet |)ériodi(jue qui vit le jour en 1791, sous le titre de Sabats jaeobites. de Grands Sabats, de Jacobinéide, etc., panq)blel (pie leur rédacteur. Marchand, destine a jeter du ridicule et de l'odieux sur les jacobins.

Tous ces pam|)hlets el autres canards du même genre, criés et réj)andus avec profusion dans les rues de Paris, exaspèrent ceux des jacobins qui ne veulent plus ni de Louis XYl, ni de la constitution bourgeoise de 171)1. ('/est alors qu'ils courent au Champ de Mars, Laclos. Danton. Fréron et plusieurs autres chefs à leur tète, y signer la pétition du peuple fran(;ais pour la déclK'ance : pétition qui amena, le '27 juillet, la déplorable catastrophe du Champ de Mars, dernière et c(Mn|>lèle rupture entre les jacobins et ceux des constituants qui soutenaient encore le monanpie et la numarchie.

Nous voici en 1792. I^s partis sont en présence; leurs journaux commencent le combat, en attendant que les pi(jues du 20 juin et le canon du 10 août l'achèvent . Voila d'abord le Lo(jotaclii(jraphe donl la mission est de rendre compte des débats de l'Assemblée législative.

Quelques nouveaux journaux entrent dans l'arène pour soutenir les patriotes. De ce nombre sont :

Le Bidletni des Amis de la Vèrilè, que publient les girondins, alors les chefs des jacobins (ÔO avril 1792) ;

La Tribune des Pali io t es, journul de la majorité, (pu» Camille Dpsnioulins et F)<'i()ii roiil paraître le même jour:

sua LES JOLBNAUX PUBLIES UE 1789 A 1796. 175

La Sentinelle, feuille en placard, que Louvet rédige sous l'inspiratioii du ministre Roland et de sa femme ;

Un second Jonrnal des Jacobins :

Un nouvel Ami du Peuple, par Lebois, qui se dit le continuateur d<^ celui de Marat ;

Une Gazette (jënévale de V Europe, parLunier et Langlois.

Le l"jiiin 1792, Robespierre publie le 1" numéro de son journal le Défenseur de la Constitution, quoiqu'il déclare cette constitution très-mauvaise dans plusieurs de ses principales dispositions. Il cliercbe seulement, dit-il. a la défendre contre les royalistes. Mais au 1() août, il cesse cette publication pour écrire les lettres qu'il adresse à ses commettants. Cette correspondance continue jusqu'à la crise du mois de mars 1793.

La journée du 20 juin 1792 donne naissance à un nouveau journal intitulé : le Bonnet rouge, par une société de sans-culottes, ainsi qu'à une autre feuille appelée : le Journal des Sans-Culottes, dont l'é- {)igraphe était : « Les âmes des empereurs et celles des savetiers sont jetées dans le même moule. »

La première partie de l'année 1792 avait été aussi, pour les royalistes, une nouvelle époque d'espérances : ils savaient qu'il entrait dans les projets de la cour de brusquer le dénoùmenl de la Révolution ; et les journaux de cette couleur existants déjà, de même que ceux créés alors, se tirent remarquer par une audace nouvelle. Ils ne craignirent pas de dévoiler leurs pensées ; et les titres seuls des feuilles monarchistes de 1792 indiquent assez leurs intentions.

Ainsi un écrivain, qui se cachait sous le nom de Yictor, osa publier un journal (ju'il intitula : le Contre-Révolutionnaire : un autre publiciste inconnu lit paraître le Roijaliste; Jacquin. Reffroy et du Rigny mirent au jour le Consolateur des honnêtes (jens : on accola à une feuille intitulée : l'Ami des Jacobins, le nom de Bri- (jandat. Peltier, a])rès avoir enterré les Actes des Apôtres, donna un nouvel essor à sa verve causti(juc et haineuse dans une Correspondance politkpie des vrais Amis du Roi, dont il publia 84 numéros.

Mais la révolution du 10 août, en entraînant la royauté dans la tour du Temple, frappa de mort et les journaux royalistes préexistants à Tannée 1792, tels que le Journal à deux iiards, VAmi du Roi, la Feuille du Jour, le Journal rjénéral de lu Cour et de la Ville, le Mercure de France, les Sabbats jacobites, le Logographe, etc., etc., et ceux qui prirent naissance à cette même é[)oque : très-|)cu de ces

17 i COUP DOKIL I»HELIMI.\AIRK

feuilles résislèrenl à celte secousse; et si (juehiues journalistes dévoués au roi et a la monarchie écri\ir<Mil encon' sous U) manteau de la liberté de la pn^sse, ce ne lut plus qu'en déguisant lem- arrière-pensée. et en protestant de leiu- respect pour la souveraineté de la nation.

On com|)rend déjà (pie le jour de la victoire du i)euple sur les défenseurs des Tuileries dut faire naître des journaux nouveaux dont les litres indiipienl la portée de rc'vénement. Ce fut ainsi que, dès le 19 août, on vit paraître le Courr'wr del'È(jalUé, feuille républicaine, (pii fournit une assez longue carrière: puis le donrnal pojmlain', ou Catéchisme des Sans-(Udottes, par des jacobins. Aj(MUons encore que ci; fut alors surtout que la Trompette' du père Duclwsne, de Ixv maire, sonna la charge contre les ennemis intérieurs et extérieurs de la liberté, et que l'on vit j>araitre sur la brèche le Sam-Qnartiet\ dont l'épigraphe était : « Je me f..s de ça, j(; |)orle perruipie. »

Les journaux patriotes ou jacobins, restés presque seuls debout après le 10 août, se renforcèrent eiu'ore d(» «pielques |)ul)lications nouvelles surgies lors de la réunion de; la Convention nationah^ et de la proclamation de la République. De ce nombre sont :

I^ Premier Journal de la Couvention, par La vaux, Thomas, Rousseau, etc., avec cette épigraphe : « Il faut aimer sa |)atrie plus que sa famille : »

Le KuUet'ui de la Coiiveutiou nat'iouale, créé le ''ïl septembre 1 70i2. pour linii" le 4 brumaire an IV, jour de la dissolution volontain* de cette assend)lée ;

I^ Journal de la liépublique française, j)ar Marat :

La Quotidienne, dont le I" numéro parut le 2ii septend)re I7Î)*2:

Puis encore le Repahlicain fraïiçais. et un hépnblicain universel, suivis bientôt du I{eptd)Hcain, journal des hommes libres de tous les pays, que |)ublia, jusqu'en l'an VII. le député (^larles Duval.

C'est à cette même épocpie de la réunion de la Convention que Robespierre lit paraître les Lettres à ses Commettants, dans les- (pielles il ex|)ose sa conduite et ses principes.

Ce fut encore vers la fm de 1792 que les i)atriotes ombrageux commencèrent à surveiller les députés et les généraux. Un journal intitulé : la Savonnette républicaine, publié par Labenette, s'occupa spécialement d'éclaiier la France républicaine sur la marche des hommes a (pu elle avait confié son avenir : il le destina à Vusarje des députés ifjnorants et de ceux tjui se jiroposent de trahir la patrie. Labenette. imitant Marat. dénonçait déjà Dumouriez.

SUR LES JOURNAUX PUBLIÉS l)K 1780 A 17%. l7o

Les girondins crurent devoir exposer alors, dans un écrit périodique intitulé : Journal de la Veritc, les principes qu'ils professaient, et le plan de conduite qu'ils allaient suivre.

A la fin de 1792, deux journaux, que l'on appelait modérés, quoiqu'ils ne fussent, en effet, que des feuilles royalistes déguisées, osèrent se montrer. La première ayant paru d'abord sous le titre de Nouvelles politiques, nationales et étrangères, prit celui de Nouvelliste à son 29'' numéro, et s'annonça comme faisant suite h la Gazette universelle, de Cerisier. S(;s rédacteurs principaux furent Dupont (de Nemours) et Lacretelle jeune. C'était évidenmient une feuille contre-révolutionnaire.

L'autre journal de la même nuance, publié le 15 novembre 1792. par Nicolle de Ladevèze, parut ne s'attacber qu'aux seuls jacobins. Quoique la feuille de Ladevèze n'ait eu qu'une courte existence, elle n'en fut pas moins très-répandue parmi les contre-révolutionnaires, à cause de ses sarcasmes sur le redoutable club qui luttait alors f>res(pie seul contre tous les rois de l'Europe.

La fin de l'an T, et l'an II de la République (1790-1794 ;, furent terribles j)our la presse. La {)lupart des journaux préexistants ou cessèrent de paraître, ou cbangèrent leur titre, ou modifièrent l'esprit qui, jusque-là, avait présidé à leur rédaction. Mais il est vrai de dire qu'il n'était guère resté debout que les feuilles rédigées par le parti révolutionnaire et même jacobin, car, jusqu'au commencement de 1795, les girondins furent encore considérés comme les chefs de ce club fameux.

En 1795, les écrits périodiques enfantés par les années précédentes se trouvaient réduits à un petit nombre, qui ne s'accrut alors que par très-peu de publications nouvelles. Les ))rincipales sont :

D'abord, le Journal des Amis, que Claude Kauchet, alors évêque du Calvados, lit paraître le 1" janvier, au moment où la lutte engagée entre le parti girondin, auquel P'^auchet appartenait, et celui de la -Montagne, s'annonçait déjà comme devant être terril)le. Quoique la feuille de Fauchet n'ait eu que six mois d'existence, elle n'en est pas irioi?is curieuse, tant sous le rapport des idées émises par cet êvêque

l-() CDIP DOKIL l'RELlIVIlNAIRK

qu'à cause do son vole dans le procès de Louis XVI, vote qui avail déjà rendu célèbre le rédacleur de la Bouche île Fer.

La seconde feuille iin|)orlante(iui vit lejouren 1795fut le JoMn/o/ de la Montagne, publié par Lavaux, Rousseau et Thomas, et dont le 1" numéro est du coniniencement de juin. C'est une des feuilles les plus recherchées de l'époque, en ce que l'on y trouve, parmi de bons articles, les séances du club des Jacobins sur une grande échelle. La Montagne devint en effet le journal de cette société, comme le Moniteur resta celui de la Convention, (juoitju'il parût alors une publication nouvelle qui prit le titre de : Journal de la Conveiit'wn.

Un Bulletin national, ou Papier-Nouvelle, fut publié à la même époque : c'était une sorte de concuii'ent au Moniteur lui-même : mais ce bulletin ne survécut 1,'uère ii la Convention. H cessa de paraître en thermidor de l'an IV.

I^a commune de Paris, si puissante alors, eut aussi son journal, en afliches. qjie l'on placardait sur les murs. Cette feuille, devenue très-rare, l'enlèrme les arrêtés de la coninnme, ceuv dn maire, du procureur syndic Chaumette et de ses substituts, ainsi (pie les délibérations du conseil municipal, pièces curieuses et très-recherchées aujourd'hui.

La Feuille de Salut public, dont Rousselin lit paraître le i" numéro au commencement de juillet 1797), fut considérée quelque temps comuK' recevant les inspirations du comité de salut i)ublic.

A la même époque, qui fut ii peu près celle de la mort de Marat. un député du nom de Guffroy se déclara le successeur du fameux ami du peuple, et juiblia, sous le titre de Hougijff en vedette ', une ftuiille dans l'esprit de celle de son devancier; elle ne vécut que huit mois.

Un Journal des Spectacles parut aussi le 1" juillet ITOô. Il né vécut que quelques mois : mais il fut très-recherché a cause de ses satires. C'était le Corsaire, le Figaro, h' Charivari dans leurs beaux jours.

Enlin un écrivain du nom de Brouille lança le Capitaine Canon. digne pendant de l'ancien Capitaine Tempête: et un autre journaliste, Baillio, (it imprimer quelques numéros d'un Vieux Cordelier.

Les girondins continuèrent quelque temps la publication du Bulletin de la Vérité et de la Sentinelle. Mais h l'époque où la lutte entre

SllH LI-:S JOUHNAIX PUIiLIKS DK 17W) A I7ÎM). I7T

oiix el les montagnards prit un caractère de haute gravité (mars 1795), on les vit se déclarer contre les jacobins. C'est même aux girondins (|ue l'on attribue une brochure périodique intitulée : Mémoires secrets des crimes et forfaits qui s'ourdissent dans diverses cavernes. Louvet, Salles et Kervélegan ne furent pas étrangers à cette publication, qui irrita beaucoup les jacobins.

Dès le moment où la guerre fut déclarée entre ceux-ci et les girondins, on vit paraître VAnti-Brissotin. Un peu plus tard, Payan, Julien fds et Fourcade mirent au jour Y Anti-Fédéraliste, journal coEisacré à combattre les idées des girondins, et h cimenter l'unité de la République.

C'est de la lin de cette même année 1793 (commencement de l'an II) que datent ces quelques feuilles destinées à prôner le culte de la Raison, parmi lesquelles se lirent remarquer les Sermons répubUcains du premier apôtre de la Raison, publiés par Pithou.

1795 eut aussi ses Soirées du Camp, journal militaire, et son Bulletin du Soir.

Deux écrits périodiques célèbres virent encore le jour a la fin de cette année mémorable : l'un fut le Défenseur de la Vérité, que fit paraître le député Phélippeaux ; et l'autre, le Vieux Cordelier, dû à la plume caustique de son collègue et ami Camille Desmoulins. Le 1" numéro du Vieux Cordelier parut le 15 frimaire an II: il y en eut 7 : et comme cet écrit était publié tous les cinq jours, le dernier numéro porte la date du 15 pluviôse. On sait que ces publications furent la cause du renvoi de leurs auteurs devant le tribunal révolutionnaire, et de leur mort à jamais déplorable. Camille Desmoulins avait le pressentiment de son sort lorsqu'il disait lui-même de son dernier journal : « Ça brûle, » et lorsqu'il terminait son 7'' mmiéro par ces mots des prêtres espagnols à Montézuma : « Les dieux ont soif! »

1704 (an II ET AN m).

Quatre-vimjt-ipiatorze, cette deuxième aniu'e de la J{épul)lique, beaucoup plus l'edoutable encore pour les journalistes {\(' loules les opinions que celle qui l'avait précédée, vit naître peu de feuilles politr(|ues. Dans la première période historir|iie de cette époque

178 COUP D'OEIL PRELIMINAUŒ

terrible, on ne vit guère que trois publications nouvelles de quelque importance :

La Feuille de la Itefrublique, (|ui ne Iburnit pas une longue carrière :

La Décade, lirocliure périodique, rédigée j)ar Andrieux, Amaury Duval, Say, Ginguené, etc., et dont le 1" numéro parut le 2 floréal an II :

Et le Journal de la Ld)ertéde la Presse, que Babeuf publia à partir du 27 fructidor. Ce journal, (jui, au 23'' numéro, \ml le titre de Tribun du Peuple, sous lequel il est mieux connu, est l'un des plus curieux de l'époque parles doctrines qu'y professa son rédacteur j)rincipal.

On ne connaît guère aujourd'bui d'autre feuille politique qui ait vu le jour avant le 9 thermidor an IL Dans les quatre derniers mois <le cette même année 1704, on vit j)arai(re un déluge de feuilles nouvelles, pas encore ouvertement contre-révolutionnaires, mais presque toutes dirigées contre les jacobins. Les titres seuls de ces journaux du commencement de l'an III indiquent qu'après avoir atteint son ai)6gée, la Révolution revenait sur ses pas.

A VAmi du Peuple, Y Ami de la Révoluliou, Y Ami de la Liberté et de ri'ùjalité, succédaient alors Y Ami des Lo/^s, journal périodique hebdonia<laire, que Poultier publia par cahiers:

Puis Y Ami de la Couveutioii. feuille dirigée contre les jacobins. parBarabère;

Puis encore le Contre-Poison des Jacobins, que lancèrent Moreau et Jardin, etc., etc.

Un Ancien Ami du Peuple voulut reparaître sur la scène politique et reprendre ses allures révolutionnaires, mais il tomba dès ses premiers numéros.

Devant borner ce Coup d'ceil aux journaux de la Uévolution. je ne puis entreprendre de faire connaître les nombreux écrits, pamphlets, etc., qui parurent contre les patriotes, et principalement contre les jacobins, dans cette première période de la réaction thermidorienne. Je ne mentionnerai donc que les Dialogues des Morts, publiés par Pilpay, et la brochure de Dubois Crancé intitulée : Dialogue entre deux Jacobins.

Si nous allons jusqu'à la fin de l'an III, nous voyons successivement paraître :

La Résurrection du véritable père Duchesne, feuille contre-révolutionnaire, publiée sous le pseudonyme de Carmagnole et compagnie ;

L'Observateur des Groupes, par Turot ;

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