‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 101 sur 144 · ISAÏE ET MICHÉE. INVASION DE SENNACHÉRIB · texte numérisé non relu

ISAÏE ET MICHÉE. INVASION DE SENNACHÉRIB

eue, que Juda ne périrait point. Certes l'invasion de Sennachérib lui causerait des calamités ; mais ces malheurs seraient salutaires pour l'amélioration, sinon de tout le peuple, du moins d’une partie du peuple.

Isaïe ne fut pas le seul prophète qui, dans cette période de misère et d’une ruine imminente, non seulement tint haut le drapeau de l’espérance, mais encore promit à [sraël un avenir de bonheur, auquel tous les peuples de la terre prendront part. Michée parla dans le même sens, bien qu'avec moins d'art et d'une façon moins saisissante. Avec plus d'assurance encore qu'Isaïe, au milieu du fracas de la guerre, il prédit l’avènement de la paix éternelle entre toutes les nations et s’efforça ainsi de relever les courages défaillants.

Mais combien la réalité présente ne contrastait-elle pas avec les vastes promesses de ces deux hommes! Le roi Ézéchias, au spectacle de la détresse où l'invasion avait placé Jérusalem, perdit courage, envoya des messagers à Sennachérib au camp de Lachis, pour lui manifester son repentir et faire sa soumission. Le roi d’Assyrie commença par exiger un énorme tribut, qu'Ézéchias ne put payer qu'en détachant l'or qui ornait le temple. Quand Sennachcrib eut reçu cette somme, il demanda plus encore, voulut que le roi de Juda se rendit à merci et, pour appuyer cette sommation, fit avancer une partie de ses forces sur Jérusalcm. Ces troupes établirent leur camp au nord-ouest de la ville, sur le chemin qui est à proximité du lac Supérieur, prirent sur-le-champ” leurs dispositions pour le siège et requirent Ézéchias de venir traiter avec elles. Rabsacès (Rabschaké), dignitaire assyricen, porta la parole au nom de Sennachérib et le fit avec le même orgueil que si Jérusalem eût été aussi facile à prendre qu'un nid d'oiseau. Debout sur les murailles extérieures, les guerriers de Juda attendaient anxieux l'issue de la conférence. Rabsacès, pour leur ôter le courage, leur lança un insolent défi en langue hébraïque, de manière à être compris. Les officiers d'Ézéchias l'ayant prié de s'exprimer plutôt en araméen, il répondit qu'il employait à dessein l’hébreu, qu'entendaient les soldats rassemblés sur les remparts, afin que ceux-ci ne fussent pas plus longtemps abusés par leur roi. « Ne vous laissez pas endormir par Ézéchias, leur

cria Rabsacès pour les gagner, ne vous bercez pas de l'illusion que Dieu vous sauvera. Est-ce que les dieux des autres nations subjuguées par les Assyriens les ont sauvées? Le Dieu d'Israël at-il préservé Samarie de notre main ? » Rabsacès somma les Judéens d'abandonner leur roi pour faire hommage à Sennachérib : il les conduirait ensuite dans un pays non moins fertile que la Judée. Peuple et guerriers, à ces paroles, gardèrent le silence. Mais à Jérusalem, elles répandirent la terreur dans toutes les classes de la population. Ézéchias ordonna un jeûne et des prières dans le emple, et lui-même, en vêtements de deuil, se rendit dans le sanctuaire.

Isaïe saisit cette occasion pour chercher à toucher le cœur endurci des princes de Juda, que la détresse publique n'avait point amendés, et pour montrer la vanité, le néant d'une dévotion purement extérieure, qui ne se manifeste que par les sacrifices et les jeûnes. Le discours qu'il prononça en cette circonstance dut faire une impression écrasante. — Mais, si le salut et la délivrance ne sont possibles que par une entière amélioration des mœurs et la pureté de cœur, comment amener si promptement l’une et l'autre? Rabsacès réclamait impérieusement une décision ; peuple et soldats étaient découragés. Eh quoi! Si ceux-ci, pour sauver leur vie, allaient ouvrir les portes et laisser entrer l'ennemi? Aussi tous les yeux élaient-ils fixés sur Isaïe. Ézéchias députa vers lui les plus hauts dignitaires et les plus âgés des prêtres, pour le supplier de prier Dieu en faveur de ce peuple indigne, de ce reste pressé dans Jérusalem, et de lui faire entendre une parole de consolation. La réponse du prophète fut courte, mais déterminée : « Que le roi Ézéchias cesse de trembler devant l'orgucilleux vainqueur; Sennachérib, effrayé par un message, lèvera le siège et relournera dans son pays. » Celte prédiction rassura non seulement le roi, mais encore, paraît-il, la foule tremblante ; Ézéchias fit parvenir à Rabsacès cette réponse inattendue, qu'il n'avait pas l'intention de rendre la ville.

Rabsacès n'avait pas eu le temps de retourner auprès de son maître avec la déclaration du roi de Juda, que déjà un changement s'opérait : Térkaka, le roi éthiopien d'Égypte, se portait à la rencontre des Assyriens avec une puissante armée. Sennaché-

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