‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 100 sur 144 · ISAÏE CONTRE LA POLITIQUE DE DUPLICITÉ · texte numérisé non relu

ISAÏE CONTRE LA POLITIQUE DE DUPLICITÉ

sources oratoires du prophète, la description des calamités prochaines, la satire de l’aveuglement actuel, les exhortations pleines de douceur et l’image d'une perspective heureuse pour l'avenir, tout fut mis en œuvre par Îsaïe pour détourner de leur dessein les obstinés conseillers du roi. Isaie voulait que, dans la lutte acharnée qui allait éclater entre l’Assyrie et l'Égypte, Juda demeurât neutre, ne fit rien, se tint tranquille.

Cependant les choses suivaient leur cours, malgré les efforts et les avis du prophète. Le roi Ézéchias, — car c’est en son nom que l’on agissait et parlait, — rompit avec l’Assyrie, c'est-à-dire cessa d'envoyer son tribut à Ninive. Ce qui était inévitable arriva, lé roi Sennachérib (Sancherib) réunit une armée nombreuse pour frapper un grand coup et sur Juda et sur l'Égypte, dont le chemin lui était ouvert, grâce à la soumission déjà complète des pays intermédiaires, Aram , Phénicie et Samarie. Les habitants de Juda se préparèrent à la résistance. Ne se sentant pas de force à soutenir un choc en rase campagne, leurs généraux pensèrent que les forteresses des vallées, qu'ils avaient mises en état de défense, arrêteraient l’armée assyrienne jusqu’à l’arrivée des renforts égyptiens. On apporta une hâte particulière à fortifier Jérusalem. Les points faibles du rempart furent renforcés, celui-ci même exhaussé et les maisons que l'extension de la ville avait portées jusqu'à l’enceinte, démolies. L'ancienne ligne fortifiée de la ville de David (Sion) et la ville basse (4716) furent couvertes par la construction d’une nouvelle enceinte, sur laquelle s’élevèrent des tours. Le lac Supérieur, qu'alimentait une source (Gkikon), fut couvert de maçonnerie et l’eau amenée dans la ville par le moyen d'un canal souterrain. L'autre aqueduc, au sud de la place, fut comblé et les sources bouchées, pour couper l’eau à l'ennemi et parer au danger d’un long siège. L’arsenal, la « maison de la forêt du Liban », fut approvisionné d'instruments de guerre. Schebna, l'âme de cette activité bruyante, agit en ces circonstances avec aussi peu de ménagements que s’il eût lui-même été le souverain. [saïe, indigné dé ses procédés comme de l’absurdité de sa politique, le foudroya d’une apostrophe qui, apparemment, réveilla Ézéchias de sa vie contemplative, car peu après on vit Éliakim, fils de Chilkia, succéder à ce turbulent officier. Le nouveau préfet

du palais dut agir sous l'inspiration ‘d'Isaïe. Ézéchias lui-même, amené à reprendre part aux affaires publiques, parut obéir à ses conseils. La chute de Schebna fut un retour à un meilleur état de choses.

Mais il n’était plus possible de revenir sur ce qui s'était fait. Transporté de colère à la nouvelle de la défection d'Ézéchias, Sennachérib avait marché sur le royaume de Juda. Il prit d’assaut et détruisit toutes les places fortes, dont les habitants s’enfuirent en se lamentant vers Jérusalem. Les Assyriens n’épargnaient ni l’âge, nilesexe. « Les routes étaient désertes, nul voyageur ne parcourait le pays, l'ennemi n’avait égard à aucun homme.» Le courage des plus vaillants s'évanouit, à mesure que l'ennemi approchait de la capitale, et l’orgueil se changea en abattement. Résister, on n'y songeait pas. Mais, tandis que tous désespéraient, le prophète Isaïe conserva toute sa fermeté et sa parole releva les esprits. Il se rendit sur une des vastes places de Jérusalem et y prononça encore un de ces discours où l’enthousiasme le dispute à la beauté de la forme et comme seul il savait en faire couler de ses lèvres. Il montra Israël délivré de l’Assyrien et un brillant avenir s’ouvrant devant lui: «Les exilés de tous les pays reviendront dans leur patrie, les exilés des dix tribus s’uniront à Juda. la jalousie et l’inimitié ne règneront plus entre eux; les prodiges de la sortie d'Égypte se renouvelleront et le peuple entonnera de nouveau un cantique d'action de grâces :

Triomphe et fais retentir ton chant, habitant de Sion, Car il est grand au milieu dé toi, le Saint d'Israël.

Puissance admirable de l'esprit, force irrésistible de la confiance en Dieu, dans la victoire finale de la justice et la paix éternelle, qui, dans les affres de la terreur, de la dévastation et du désespoir, en face des mortelles tristesses du présent, tenait ferme l’image d’un avenir heureux! Le pays était ravagé, les villes incendiées, le sol nourrissait les conquérants qui l’écrasaient, la chute prochaine de la capitale semblait inévitable, Jérusalem allait avoir le sort de Samarie, et, en présence d’une si navrante perspective, Isaïe maintenait avec constance la révélation qu'il avait

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