‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 105 sur 144 · LA RÉACTION SOUS MANASSÉ · texte numérisé non relu

LA RÉACTION SOUS MANASSÉ

la patrie au-dessus de leur égoisme. Or, tels n'étaient pas les grands qui entouraient le nouveau roi. Irrités, au contraire, d’avoir été tenus à l’écart sous le précédent règne, ils n’avaient qu'une pensée, reconquérir leur ancienne position et se venger des intrus qui les avaient supplantés. Le gouvernail de l'État passa aux mains d'officiers et de dignitaires qui n'eurent (fine | de plus pressé que de détruire l'œuvre d’Ézéchias. Le régime institué par ce roi — était-ce le rétablissement de l’ancienne constitution, était-ce une organisation nouvelle? — avait ses racines dans l'antique doctrine israélite de l'unité et de l'’immatérialité de Dieu, de l'horreur de toute idolâtrie et de l'unité du culte. Renverser cet ordre de choses devint le but des fanatiques qui, par eux-mêmes ou leurs amis, détenaient le pouvoir. Il se forma un parti de l’idolâtrie, que non seulement l'habitude, l'esprit d'imitation et la perversion des idées religieuses, mais encore une haine passionnée poussèrent à persécuter le principe national au profit du principe étranger. Les grands qui agissaient au nom de Manassé ne furent pas longtemps sans passer de l'intention aux actes. Peu après Son avénement, ils firent publier que les hauts lieux, si rigoureusement proscrits par Ézéchias, pouvaient être rétablis. C'était gagner la mässe du peuple à leurs projets. Bientôt ils multiplièrent à Jérusalem et jusque dans le temple les désordres d’une immonde idolâtrie. Ce ne fut pas seulement l’ancien culte cananéen, mais encore la religion assyro-babylonienne qu'ils y intronisèrent, comme pour défier le Dieu d'Israël, à qui le temple était consacré. Des autels furent élevés à Baal et à Astarté , dans les deux vestibules de l’édifice, et des autels moindres érigés sur les toits, en l'honneur des cinq planètes. Dans le parvis se dressa une grande statue (Ssémel), probablement celle de la déesse assyrienne Mylitta. Plus pernicieuse encore que ces signes matériels fut l'action de l’idolâtrie sur les mœurs. Des amants et des courtisanes sacrés (Æedeschot) furent entretenus dans le temple pour le culte d'Astarté ou de Mylitta, et des cellules disposées pour l’accomplissement de rites qui outrageaient la pudeur. Dans la belle vallée de Ghè-Hinnom se relevèrent les bûchers. Toutes ces abominations à peine croyables recommencèrent sous le règne de Manassé. On voulait faire entièrement oublier le Dieu

d'Israël. Les idolâtres se persuadérent et voulurent persuader aux autres que justement ce Dieu-là était impuissant et ne pouvait pas plus porter bonheur que malheur. Grâce à l'habitude, grâce aussi à la contrainte apparemment exercce sur les opposants, ces désordres se propagérent par tout le pays. Les Aaronides s'étant, de prime abord, refusés à cette apostasie, on fit venir de l'étranger, comme au temps de Jézabel et d Athalie, des prêtres païens (Kkemarim), qui furent admis même au service du temple. Il ne manqua pas non plus de prophètes de mensonge pour parler en faveur de ce scandale ; car il n’est abus qui, protégé par les grands, ne trouve des apologistes pour le pallier, le recommander même comme vérité unique et unique moyen de salut. Cet état de choses n'allait à rien moins qu'à faire oublier

toute la tradition ; c'était la perte du peuple de Dieu, avec celle

du trésor spirituel déposé entre ses mains et dont le bienfait devait embrasser l'humanité entière.

Heureusement, comme on l’a vu plus haut, ilexistait déjà dans Jérusalem un parti dévoué à la doctrine nationale, si outragée par la cour, et qui présentait un absolu contraste avec les apôtres de l'idolâtrie. C'était le groupe de ces « élèves de Dieu, » de ces «Humbles » instruits et formés par [saie. Très faible par le nombre et la condition de ses membres, il était fort par l’énergie de leur caractère. Ce parti, qu'on peut appeler celui des Prophètes ou des Anaviles, s'intitulait lui-même l’Assemblée des hommes droits. La révolution qui s'opéra sous Manassé lui infligea de dures épreuves. Ceux de ses adhérents qu'Ézéchias avait revêtus de judicatures ou de fonctions publiques en furent dépouillés par le parti de la cour; des prêtres de la famille de Sadoc se virent chasser du temple et priver de leur part aux sacrifices, pour n’avoir pas voulu servir l’idolâtrie. Mais ce n'étaient encore que leurs moindres afflictions. Des prophètes s'étaient élevés contre cette violation du droit, d’autres anavites manifestaient leur horreur de la conduite des princes : ceux-ci, avec le roi Manassé, ne reculérent devant aucun crime; ils étouffèrent ces voix accusatrices dans le sang. De là vient qu'il ne s’est conservé aucun discours prophétique de cette malheureuse époque. La persécution ne laissa point auzéle des hommes de Dieu le temps de tracer leurs paroles, une

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