‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 106 sur 144 · RETOUR DE PERVERSITÉ · texte numérisé non relu

RETOUR DE PERVERSITÉ

mort violente arrêta leur main avant qu'elle pût saisir le burin, ou bien ils durent envelopper leur pensée du voile de l’équivoque. Tel le prophète Nakum l’Elkoschite. Comme si cette funeste période eût été prédestinée à l'oubli, les annalistes ne relatent de leur côté que fort peu de chose de ce qu’ils ont vu. C'est ainsi qu’un événement qui atteignait profondément la Judée put se produire sous le règne de Manassé, sans que les chroniques en parlent ou fassent plus que de l'indiquer.

L'un des fils de Sennachérib, dont la main parricide avait donné la mort à l’orgueilleux conquérant, s’était assis sur le trône poignard de son frère Assar-Haddon (680-668), qui reprit contre l'Égypte l'expédition abandonnée par son père. Quelques-uns de ses généraux débarquèrent sur les côtes de Juda pour forcer la soumission de Manassé. Celui-ci, s'étant rendu en personne auprès d'eux pour obtenir une paix supportable, se vit charger de fers et conduire à Babylone. C'était un funeste présage pour la maison de David, devenue infidèle à son origine et aveuglément éprise des choses étrangères. À la même époque, le fils de Sennachérib transplanta de Babylone, Chutha, Separvaim et d’autres villes, sur le territoire de Samarie, les prisonniers qu'il avait faits pendant ses guerres. Fait sans importance actuelle, mais gros de conséquences pour l'avenir. Ces exilés, qu’on appelait Chuthéens, du nom d'origine de la masse d’entre eux, et Samaritains du lieu de leur nouveau séjour, adoptèrent peu à peu les mœurs du faible reste d'Israël demeuré dans le pays après la chute du royaume des dix tribus. Ils firent des pèlerinages au sancluaire de Béthel, dont le culte était encore desservi par des prêtres israélites, mais sans cesser pour cela d’adorer leurs idoles; quelquesuns continuèrent même la pratique des sacrifices humains, et ils ne devinrent ainsi qu'à demi Israélites. Cette population bàtarde était appeléc à jouer un rôle dans l'histoire ultérieure d'Israël. |

Amon, fils de Manassé (640-639), était plus âgé que ne l'avait été son père à son avènement; mais il ne montra pas plus de sagesse. ‘Il laissa subsister tous les excès de l’idolätrie ; cependant il ne paraît pas avoir, comme Manassé, persécuté le parti des

prophétes. Il régna d'ailleurs si peu de temps qu'on ne sait presque rien de ses actes ni dé ses sentiments: ses officiers, c’està-dire le préfet du palais et les autres fonctionnaires attachés à sa personne. Se Conjurerent contre lui et l'assassincrent 639 Il semble toutefois que ce roi était aime, car le peuple s'ameuta, se jeta sur les conspirateurs et. aprés les avoir mis à mort, acclama son fils Josias, ägé de huit ans 63*60% . Ce changement de souverain n'amena tout d'abord aucune modification dans le royaume : les princes de Juda continuerent à gouverner sous le nom du roi mineur, maintinrent les désordres introduits sous Manassé et s'eflorcérent de les perpétuer. Mais le groupe des Humbles, invinciblement attachés au Dieu d'Israël, prit dans ce temps-là, sous l'impulsion des prophètes, un accroissement qui lui permit de devenir un parti d'action. De ses rangs sortirent des prophètes qui, prètant à la pure loi de Dieu et au droit le secours de leur éloquence et de leur zele, ruussirent à provoquer une réaction. À ce moment surgit aussi une prophétesse, appelée Hulda, dont on rechercha les sentences, comme jadis celles de Débora. Le plus ancien de cette generation d'apôtres fut Sophonie (Zéphania ;. Issu d'une famille considérable de Jérusalem qui, depuis quatre générations, comptait des chefs illustres, il censura avec hardiesse les vices contemporains et la corruption idolätrique, particulivrement chez les grands et les princes rovaux, qui se faisaient gloire de leur imitation de l'étranger. Comme autrefois Amos et Joël, il leur prédit qu'un grand jour était proche, « jour terrible de Jéhovah, jour d'obscurité et de ténèbres en plein midi. » Mais ce fut surtout à la fitre Ninive qu'il prophétisa une chute ignominieuse.

C'est de cette époque, en effet, que date l’abaissement graduel de la toute-puissance assvrienne. Les peuples qui n'avaient pas antérieurement déjà secoué son joug le firent sous l’avant-dernier roi d'Assyrie, ou bien y furent contraints par les Mèdes, dont le deuxième roi, PAraorte, soumit coup sur coup diverses nations et les réunit ensuite contre Ninive. Tout affaiblis que les laissait la défection de leurs alliés, les Assyriens purent encore infliger une défaite aux Mèdes (635), qui perdirent leur roi dans la bataille ; mais Cyarare, fils de Phraorte, plus entrepre-

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