HÉLI ET LA DESTRUCTION DE SILO
Philistins, grâce à leurs chariots de fer, étaient supérieurs aux Israélites. Sur le conseil des Anciens, on alla chercher à Silo l'arche d'alliance, dont la présence seule, supposait-on, serait déjà un gage de victoire. La seconde rencontre n’en eut pas moins une issue malheureuse. La troupe israélite. fut mise en déroute, l'arche d'alliance capturée par les Philistins, et les fils d’Héli, qui l'accompagnaient, perdirent la vie. Les.Philistins se mirent à la poursuite des fuyards et semèrent la terreur dans tous les alentours. Tandis que le peuple de Silo et le grand prêtre attendaient impaliemment des nouvelles favorables, arrive un messager effaré, hors d'haleine, apportant ce terrible message : « Les Israélites ont lâché pied devant les Philistins, tes deux fils sont morts, l'arche sainte est prisonnière de l'ennemi! » Cette dernière nouvelle épouvanta le vieillard .plus encore que la mort de ses fils : il tomba raide mort de son siège, au seuil même du sanctuaire.
De fait, tout honneur était perdu en ce moment pour Israël. L'incursion passagère et le pillage ne suffisaient plus aux Philistins victorieux : ils s'avancèrent à travers le pays dans toute sa largeur, jusqu’à Silo, et avec la ville ils détruisirent aussi le tabernacle, ce témoin qui rappelait encore l’heureux temps de Moïse. Longtemps après, un poète décrivait, d'un cœur encore oppressé, cette lamentable époque :
Le Seigneur a délaissé le temple de Silo,
La tente où il résidait parmi les hommes;
Il a livré sa gloire (l'arche d'alliance) à la captivité, Son honneur aux mains de l'ennemi,
Jeté son peuple en proie au glaive,
Courroucé qu'il était contre son héritage.
Le feu a consumé ses adolescents,
Et ses jeunes filles n’ont pu prendre le deuil ;
Ses prêtres sont tombés sous le glaive,
Et ses veuves n'ont point pleuré...
La force et le courage du peuple furent complètement brisés par cette défaite. Les tribus qui jusqu'alors avaient formé comme l'avant-garde d'Israël étaient paralysées. C'est Éphraïm qui — à bon droit, il est vrai — avait le plus souffert. De plus, la perte du
sanctuaire, qui avait commencé sous Héli à devenir un centre de ralliement, semble avoir rompu toute relation entre les tribus, notamment avec celles du nord.
En s’emparant de l'arche d'alliance, réputée le palladium des Israélites, et en détruisant le sanctuaire, les Philistins s'imaginaient avoir, par cela même, vaincu le Dieu tutélaire de ce peuple. Ils furent bientôt désabusés à leurs dépens. L’arche ne fut pas plus tôt amenée dans la ville voisine, Asdod, que toutes sortes de plaies vinrent accabler le pays. Consternés, les princes philistins résolurent, d’après le conseil des prêtres et des magiciens, de renvoyer l'arche, avec des offrandes expiatoires, au lieu où ils l'avaient prise. Elle n’était restée que sept mois au pouvoir des Philistins. Sortie de leur territoire, elle trouva un abri dans la « ville forestière » (Æiryatl-Yearim), sur une colline, où elle resta sous la garde des Lévites qui y résidaient. Mais elle fit si peu faute au peuple, qu'il s’écoula plusieurs dizaines d'années avant qu'on se ressouvint d'elle. Ni par leur contenu, ni par leur haute antiquité, les tables de la Loi n'avaient grande valeur aux yeux d’une population dégénérée.
Toutefois, les malheurs mêmes du sanctuaire de Silo, son abandon et sa ruine, avaient provoqué dans les esprits une réaction salutaire. Ceux qui avaient conservé un peu de sens moral durent reconnaitre, après tout, que le désarroi religieux et politique de la nation avait causé tous ses maux. Les Lévites qui avaient échappé au désastre de Silo et s'étaient disséminés sur différents points, ne pouvaient guère manquer de réveiller dans les consciences le respect de l'antique doctrine. Peut-être aussi le retour de l’arche avait-il exercé une influence directe sur les âmes et fait naître l'espérance d'un avenir meilleur. L'élan qui portait le peuple vers le Dieu d'Israël s’étendait de proche en proche. Il ne manquait plus qu’un homme sérieux, plein de résolution et de zèle, capable de montrer le bon chemin au peuple aveuglé, pour relever ces esprits affaissés par un long deuil. Et l’homme surgit à point nommé, qui devait donner une face nouvelle à l’histoire israélite.
Cet homme providentiel fut Samuel, fils d'Elkana; ce fut lui qui reforma le faisceau, depuis longtemps désagrégé, de la communion