‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 17 sur 144 · LE PROPHÈTE SAMUEL · texte numérisé non relu

LE PROPHÈTE SAMUEL

israélite, qui en prévint la décomposition et la ruine. Sa grandeur ressort déjà de ce fait, qu'on le classe au second rang après Moïse, non seulement dans l’ordre chronologique, mais encore eu égard à l’autorité prophétique. Samuel fut une imposante personpalité, un fier et ferme caractère, sévère à lui-même comme aux autres. Vivant au milieu du peuple, en contact incessant avec lui, il surpassa ses contemporains par la religiosité profonde, par l’élévation de la pensée,par l’abnégation. Mais, plus encore que ces qualités, sa grandeur prophétique le mettait hors de pair. Son œil intérieur savait percer les voiles dont s'enveloppe l'avenir ; ce qu'il avait ainsi vu, il l’annonçait, et ce qu'il annonçait se réalisait toujours.

Samuel descendait d'une des familles lévitiques les plus considérées. Sa mère Hanna (Anne), dont la prière silencieuse et fervente mérita de servir de modèle à la postérité, semble lui avoir transmis une profonde tendresse de cœur. De bonne heure il fut plaèé par elle sous la direction d'Héli, et fit office de Lévite dans le sanctuaire de Silo. Il en ouvrait les portes chaque jour, aidait aux cérémonies des sacrifices, et rèstait, même la nuit, dans l’enceinte du tabernacle. Jeune encore, la faculté prophétique s'éveilla en lui, sans qu’il en eût conscience. Un jour, au plus fort du sommeil, il crut entendre de l’intérieur du sanctuaire, où était encore l'arche, une voix l'appeler par son nom. Ce fut sa première vision prophétique. Peu après s'accomplit cette série de malheurs, la défaite de l’armée israélite par les Philistins, la prise de l’arche, la mort d’Iléli et de ses deux fils, la destruction de Silo. Arrêté dans son service par ce dernier événement, il revint à Rama dans la maison paternelle, sans aucun doute avec une profonde douleur.

Dans le monde lévitique, où il avait grandi, régnait la ferme conviction que les revers d'Israël étaient la conséquence de la désertion de son Dieu. « Plus de tabernacle », cela revenait à dire que Dieu avait abandonné son peuple. Toutefois, Samuel semble avoir insensiblement pris son parti d’une situation irrémédiable et être arrivé à un autre ordre d'idées. P/us de sanctuaire ! Plus de sacrifices ! Le sacrifice est-il donc si indispensable à une pure adoration de Dieu, à une conduite sainte et religieuse ? Cette pen-

bi HISTOIRE DES JUIFS.

sce mürit dans son intelligence, et il la proclama plus tard en temps et lieu : à savoir, que les sacrifices n'ont qu'une valeur socondaire, et que ce n'est pas la graisse des béliers qui procure la bienveillance divine. En quoi donc doit consister l'adoration de Dieu ? Dans la stricte obéissance à ce que Dieu commande. Mais cette volonté de Dieu, quelle est-elle? Pendant son séjour à Silo, Samuel ne s'était pas initié seulement au contenu des tables de pierre conservées dans l'arche, mais encore à celui du livre de la Loi légué par Moïse. Sa pensée s'était nourrie de ce livre. Dans ces saintes archives étaient recommandés, comme préceptes divins, le droit et la justice, la charité, l'égalité de tous sans distinction de classes ni privilège de castes ; rien des sacrifices, ou du moins peu de chose. Samuel, de beaucoup plus rapproché du berceau d'Israël et de sa doctrine que les derniers prophètes, était convaincu comme eux que Dieu n’avait pas simplement affranchiles Israélites pour qu'ils sacrifiassent à lui seul et à nul autre, mais pour qu'ils fissent de ses lois une vérité. Le contenu de ces archives, ou la Lor, c'était la volonté de Dieu, volonté à laquelle les Israélites

devaient docilement se soumettre. Cette loi devint une vivante réa- “lité dans la conscience de Samuel; il en fut l'organe et l'interprète, il l'inculqua au peuple comme règle de conduite.

Désormais, la mission de Samuel était trouvée : initier le peuple à la sainte doctrine, le corriger des vices et des erreurs idolâtres qu'une habitude invétérée avait transformés en seconde nature. Son principal moyen pour obtenir ce grand résultat fut le puissant verbe du prophète. Samuel était doué d'une éloquence pénétrante. Exalté lui-même par ses visions prophétiques, il les communiquait à ses auditeurs, et il commença sans doute par Rama, sa ville natale. Ces révélations extraordinaires, qui dépassaient le cercle étroit de la vie commune, il paraît les avoir exprimées sous forme de vers, caractérisés par le parallélisme des membres, par l'emploi d'images et de similitudes poétiques.

Quand Samuel revint à la maison paternelle, sa renommée l'y avait devancé : on savait qu’à plusieurs reprises, à Silo, il avait été honoré de révélations prophétiques, et que sa parole s'était toujours accomplie. Bientôt le bruit se répandit aux environs de Rama, puis, de proche en proche, se propagea au loin, qu’un

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