‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 25 sur 144 · RUPTURE ENTRE SAÛL ET SAMUEL · texte numérisé non relu

RUPTURE ENTRE SAÛL ET SAMUEL

Samuel apprit, par une vision prophétique, que le roi n'avait pas entièrement obéi à ses ordres. Une mission sévère lui fut imposée vis-à-vis du victorieux Saül, mais il lui répugnait de l’accomplir, et il passa toute une nuit à prier Dieu, à lutter contre lui-même. Enfin il se décide à aller trouver Saül; mais, ayant appris à michemin que ce prince s’est laissé dominer par l’orgueil jusqu'à se dresser un monument à lui-même, il revient sur ses pas et se rend à Ghilgal. Saül, qui avait été informé de son voyage, l'y suivit à son tour. Les Anciens de Benjamin et des tribus voisines se présentèrent pareillement à Ghilgal, pour féliciter le roi de sa victoire ; mais ils y assistèrent à un dissentiment qui n’était pas de bon augure pour l’avenir.

Le roi, comme si de rien n’était, aborda Samuel en lui disant : « J'ai exécuté l’ordre du Seigneur. — Et que signifient, demanda sévèrement le prophète, que signifient ces bêlements de troupeaux que j'entends ? — C’est que le peuple, répondit Saül, a épargné les plus belles bêtes à laine et à cornes pour les immoler sur l'autel, à Ghilgal... » À ces mots, le prophète n’est plus maître de son indignation, et il lui lance cette apostrophe inspirée : |

« Des holocaustes, aux yeux de l'Éternel,

» Ont-ils autant de prix que l’obéissance ?

» Ah! l’obéissance vaut mieux que le sacrifice,

» Et la soumission que la graisse des béliers !

» Le péché de magie a pour cause la rébellion,

» Et le culte impie des Teraphim la désobéissance !

» Puisque tu as repoussé la parole de Dieu, Dieu te repousse de la royauté d'Israël ! »

Atterré par ces accablantes paroles et par l'attitude sombre et sévère du propbète, Saül reconnut son tort et, voulant retenir Samuel, le saisit par son manteau avec tant de force qu'il le déchira. « C’est un présage! s’écria le saint orateur. Dieu t’arrache la majesté royale pour la donner à un plus digne, dût-il en résulter un déchirement en Israël même. » Encore une fois Saül supplia le prophète : « Honore-moi, du moins, en présence des Anciens de ma tribu et d'Israël, et reviens! » Alors Samuel se

décida à l'accompagner à l'autel, où le roi s'humilia devant Dieu ; puis Samuel ordonna qu'on lui amenût le roi Agag, qu'on avait chargé de chaines. « Que la mort est amère, oh! qu'elle est amère ! » gémissait l’Amalécite. Et Samuel lui répondit :

« Comme ton épée a privé des femmes de leurs fils, » Ainsi ta mère soit privée du sien! »

et il ordonna que le roi d'Amalec fût coupé en morceaux.

Depuis cette scène de Ghilgal, le roi et le prophète évitèrent de se rencontrer. La victoire de Saül sur Amalec était devenue pour lui une défaite : son orgueil avait été humilié. L'annonce de la disgrâce divine jeta un voile de tristesse sur son âme. Cette humeur noire de Saül, qui plus tard dégénéra en fureur, date de la menaçante parole qui lui fut adressée par Samuel: « Dieu remettra à un plus digne la royauté d'Israël. » Cette parole ne cessa pas de retentir aux oreilles de Saül. Autant il avait résisté d’abord à accepter le pouvoir, autant il s'obstina à ne point le lâcher. Et pourtant il sentait bien son impuissance : comment lutter contre le terrible prophète ?

Pour s’étourdir, il chercha une diversion dans la guerre. Il ne manquait pas d'ennemis à combattre, sur les frontières du pays d'Israël. Une autre voie, d’ailleurs, s'offrait encore à lui pour renforcer dans les esprits le sentiment de sa personnalité. Dans l'intérieur du pays vivaient toujours, mêlées à la population israélite, des familles et de petites peuplades cananéennes qui, à l’époque de la conquête, n'avaient pas été évincées et ne pouvaient l'être. Leur exemple avait entrainé Israël au culte des faux dieux et aux mauvaises mœurs de l’idolâtrie. Saül pensait rendre un service signalé au peuple et à la doctrine d'Israël, s’il faisait disparaître ou chassait du pays ces voisins idolâtres. C'est ainsi qu’il commença à « se montrer zélé pour Israël », c'est-à-dire à écarter tout élément — hommes ou choses — étranger ou contraire à l’israélitisme. Au nombre de ces étrangers tolérés étaient notamment les Gabaonites, qui avaient fait leur soumission lors de l’arrivée des Israélites. Au mépris du serment qu’on leur avait fait, Saül ordonna le massacre de cette population, dont un petit nombre seulement

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