DAVID ET GOLIATH
échappa. En même temps que les peuplades cananéennes, Saül pourchassa les devins et les nécromanciens, dont les pratiques avaient d'intimes rapports avec l’idolâtrie.
Si Saül, d’un côté, recherchait avec ardeur l'affection populaire et voulait, par son zèle national et religieux, attester son dévouement absolu à la loi divine, il tâchait, d'autre part, d’inspirer au peuple un profond respect de la dignité royale. Il mit sur sa tête une couronne d'or, emblème de sa grandeur et de sa prééminence. Ses contemporains l'avaient connu simple laboureur et volontiers l’eussent traité de pair à compagnon : il convenait qu'ils oubliassent son passé et qu'ils prissent l'habitude de voir en lui un supérieur, un oint de Dieu, honoré du saint diadème. Quiconque s’approchait du roi était tenu de se prosterner devant lui. Il entoura sa cour d’un certain éclat et introduisit aussi la polygamie, ce luxe des rois d'Orient. Dans les guerres continuelles qu'il soutint contre les ennemis du dehors, dans celles qu'il poursuivit, à l'intérieur, contre les éléments étrangers, dans le déploiement de grandeur et de pompe dont il s'environna, Saül put oublier la terribl: menace que le prophète lui avait jetée si brutalement dans l'oreille. Mais cette parole prit corps et, un beau jour, lui apparut inopinément comme un spectre, sous la figure d’un beau jeune homme qui le charma lui-même. Ce rival qu'il appréhendait, il dut lui-même le choyer, l'élever jusqu'à son propre trône, seconder en quelque sorte sa rivalité. Cette fatalité qui devait l’atteindre, c'est lui-même qui l’appela.
Un jour, après plusieurs rencontres avec les Philistins, il se trouvait engagé dans une guerre sérieuse avec ce peuple. Il avait réuni une nombreuse armée, et les deux camps, séparés seulement par une vallée profonde, restaient immobites en face l'un de l'autre, chacun hésitant à faire le premier pas. Enfin, les Philistins proposèrent de vider la querelle par un combat singulier, et choisirent pour champion le géant Goliath. Saül, dans son vif désir de voir un de ses guerriers accepter la lutte, promit au vainqueur de riches présents, l’exemption de tout impôt pour sa famille, et alla jusqu’à lui promettre la main d’une de ses filles. Cependant, même à ce prix, aucun guerrier de l'armée israélite n osait se mesurer avec Goliath. Là se trouvait, comme par hasard,
un jeune berger de Bethléem, — une ville du voisinage, — et c'est ce berger qui mit fin à la lutte. Ce simple pâtre a provoqué, directement et indirectement, une révolution dans les destinées du peuple israélite et dans l’histoire de l'humanité. Dacid, qui n'était connu alors que des habitants de la petite ville de Bethléem, est devenu depuis un des noms les plus retentissants de la terre.
Samuel. après sa rupture avec Saul, avait reçu la mission prophétique de se rendre à Bethléem, d'y choisir l’un des huit fils du vieux Jessé Yischaï: comme futur remplaçant de Saul, et de lui donner l'onction. Il s’y était transporté secrètement, craignant l'opposition de Saül. Le dernier seulement des fils de Jessé, David, un jeune homme au doux regard, au teint frais, à la mine avenante. lui apparut comme le véritable élu de Dieu. Samuel l'oignit, au milieu de ses frères. comme roi d'Israël. Il va de soi que cet acte, simple en lui-même, mais d'une portée grave, fut accompli dass le plus grand mystère et tenu secret par Samuel comme par la famille du nouvel élu.
Jessé, père de David, n'était pas d’une branche illustre de Juda; loin de là, il appartenait à l’une des moindres. comme les autres Bethléémites en général. Pour David, lors de son onction, il était encore fort jeune ; il avait environ dix-huit ans, et aucun événement, aucun service rendu n'avaient encore marqué dans sa vie. Le monde pour lui, jusqu'alors, s'était borné aux belles prairies qui entourent Bethléem. Mais dans cet adolescent se cachaient des facultés qui n'avaient besoin que d'être mises en jeu pour faire de lui le premier de ses contemporains par l'intelligence, comme Saul l'était par sa personne.
David avait surtout le génie poétique et musical, et maintes fois sans doute. en conduisant ses troupeaux, il fit résonner de ses chants les échos des montagnes. Mais l'inspiration poétique ne fit pas de lui un rèveur : esprit clairvoyant et réfléchi, son regard savait saisir la réalité, et sa pensée la mettre à profit. De plus, il yavait dans sa nature quelque chose d’attirant, de séduisant, qui fascinait tous les cœurs et les soumettait malgré eux à son empire, bref, il était né conquérant. Tous ces dons, du reste, nous l'avons dit, étaient encore latents lorsqu'il fut sacré à huis