‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 28 sur 144 · JALOUSIE DE SAÜL CONTRE DAVID · texte numérisé non relu

JALOUSIE DE SAÜL CONTRE DAVID

plaça le luth par l'épée. Courageux comme il était, il se distingua bientôt dans les petites guerres auxquelles il prit part, et revint victorieux de toutes les expéditions que lui confia Saül.

Un jour qu’il avait infligé aux Philistins une perte considérable, tout le pays d'Israël en éprouva une vive allégresse; de toutes les villes, des femmes et des jeunesfilles s'avancèrent à sarencontre, chantantet dansant, au son des sistres et des cymbales, et saluant sa victoire par de bruyantes acclamations : « Saül a défait des milliers, mais David des myriades! » Ces démonstrations enthousiastes, ces hommages au jeune héros, dessillèrent enfin les yeux de Saül. Ainsi ce préféré de Dieu, ce successeur dont l’avait menacé Samuel, ce rival tant redouté, mais qui jusque-là n'était encore qu'un rêve, le voilà! il est devant lui en chair et en os, c'est l’idole du peuple, c’est son favori à lui-même; il règne sur tous les cœurs! Ce fut pour Saül une accablante découverte. « Ils me donnent les mille, à lui les myriades ; ils le placent déjà au-dessus de moi; que lui manque-t-il maintenant pour être roi? » Depuis ce moment, les joyeuses acclamations des chœurs de femmes lui tintèrent sans cesse aux oreilles, comme un écho de la brutale parole du prophète : « Dieu t'a rejeté! » Et l'affection de Saül pour David fit place à la haine, à une haine frénétique.

Dès le lendemain du jour où David était revenu vainqueur, Saül fut pris d’un accès de fureur et lui lança à deux reprises son javelot, dont il esquiva l'atteinte par un prompt écart. Ce coup manqué fut pour Saül, quand il eut repris son sang-froid, une nouvelle preuve que son ennemi était protégé de Dieu même. Alors il eut recours à la ruse pour se débarrasser de son compétiteur. Ostensiblement. il le traita avec distinction, le mit à la tête d’une troupe d'élite de mille hommes, lui confia des expéditions périlleuses et dut finalement, à son corps défendant, lui donner pour femme sa fille Michal, qui, du reste, aussi bien que Jonathan, tenait pour David contre Saül. Cela même redoubla l’exaspération du roi, qui chercha à se défaire de son gendre, subrepticement d'abord, puis ouvertement, en le poursuivant à la tête de ses soldats, David fut mis hors la loi et semblait désarmé devant son persécuteur. Mais bientôt se groupèrent autour delui des jeunes gens

déterminés, des mécontents, nécessiteux et aventuriers de toute sorte, amoureux de combats, particulièrement ses proches parents, Joab avec ses deux frères. Ce fut le noyau d'une troupe de combattants héroïques (g4ibborim) à l'aide desquels David put monter par degrés jusqu’au trône. Un prophète de l'école de Samuel, nommé Gad, entra également dans son parti. Il existait un der-

nier représentant de la famille sacerdotale d'Héli : Saül le jeta Es

lui-même, en quelque sorte, dans les bras de son ennemi supposé. Irrité de voir les prêtres de Nob, tous descendants ou parents d’Héli, pactiser avec David, il les fit tous mettre à mort et anéantit toute cette ville sacerdotale. Un seul prêtre échappé au massacre, Abiathar, se réfugia auprès de David, qui le reçut à bras ouverts. — Ainsi la haine de Saül l’avait rendu féroce et sanguinaire. Tous les efforts de Jonathan pour réconcilier son père avec son ami furent impuissants, et n’aboutirent qu’à creuser l’abime qui les séparait. Les torts étant du côté de Saül, une portion du peuple prit parti pour David, et si elle ne put l'appuyer ouvertement, elle l'assista du moins en secret. C’est par là seulement qu'il put échapper aux persécutions et aux pièges de son ennemi. ° Il est fâcheux que David ait été contraint, par son existence précaire et par les difficultés de sa situation, à nouer des relations d'amitié avec les ennemis de son peuple, tels que le roi de Moab, celui des Ammonites et Achis, roi des Philistins. Par là, il s’exposait au soupçon de trahir sa patrie, et il justifiait en apparence la haine de Saül. Ses rapports avec Achis, chez qui il était revenu chercher asile après une première expulsion, étaient particulièrement de nature à le rendre suspect. De fait, Achis lui accorda sa protection et la résidence de la ville de Siklag, mais sous la condition qu'il romprait absolument avec Saül et sa patrie, qu’en cas de guerre il se joindrait, avec sa troupe, — forte déjà de six cents hommes, — à l’armée des Philistins pour combattre ses frères, et qu'enfin, même en temps de paix, il ferait des incursions sur les points mal surveillés du territoire de Juda, incursions dont les profits appartiendraient en partie à son suzerain. À la vérité, David se réservait sans doute d'éluder ces conditions, ou bien, le cas échéant, de se retourner avec ses compatriotes contre ses nouveaux alliés. Mais alors il s'engagerait dans des voies obli-

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