‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 29 sur 144 · LA FIN DE SAÜL · texte numérisé non relu

LA FIN DE SAÜL

ques et renierait la droiture dont jusqu'alors il avait fait preuve. Pour Achis, il croyait avoir en David un allié fidèle, résolu d'employer contre ses propres frères ses talents militaires et le courage de ses hommes, et qui, après une telle attitude, ne pour-

rait jamais se réconcilier avec son peuple.

. Dans cette persuasion, que David avait eu l’habileté de faire

‘ * naître, Achis crut pouvoir entreprendre contre les Israélites une

guerre décisive. Saül, devenu hypocondriaque, et brouillé avec son gendre, avait perdu ses qualités guerrières. Le meilleur bras qui le défendait naguère, la tête la plus inventive qui pensait pour lui, c'est contre lui maintenant qu'ils s'étaient tournés. Les plus vaillants hommes et jeunes gens d'Israël s'étaient mis à la disposition de David. Achis rassembla donc toutes ses forces pour frapper un grand coup. Il conduisit son armée dans la plaine de Jezréel. En vertu de leurs conventions, il invita David à l’aider dans cette grande expédition contre Saül et à se joindre, avec ses hommes, à l’armée philistine. Quelque répugnance que pût éprouver David à obéir, il'ne pouvait plus faire autrement : il s'était vendu aux ennemis de son peuple. Mais les princes philistins le tirèrent de cette fausse situation. Ils réclamèrent bruyamment de leur roi le renvoi de David et de sa troupe, alléguant qu’on ne pouvait compter sur leur fidélité. Ce fut un bonheur pour David, qui échappa ainsi à la dure alternative, ou de trahir son peuple, ou de manquer de parole au roi.

Cependant les Philistins s’avancèrent par centaines, par milliers, et dressèrent leur camp près de la ville de Sunem. Saül, informé des projets et de la marche des ennemis, réunit toute son armée, la conduisit à marches forcées à leur rencontre, et campa d'abord au pied des montagnes de Gelboé. Puis, contour- | nant le versant qu'il avait en face de lui, il s'avança vers le nord et campa au pied nord-ouest dela même chaîne, près d'Ændor.

Toutefois, l'aspect de cette nombreuse armée des Philistins, et surtout de leur cavalerie, déconcerta Saül; la pensée du sombre avenir qu'il s'était préparé lui-même acheva de le décourager. Il vit bien aussi que Dieu l’abandonnait, puisque, à ses consultations sur l'issue de la guerre, il ne répondait ni par la voix d’un prêtre, ni par celle d’un prophète. Dans sa perplexité, il se mit en quête

d’une ventriloque habitant Endor, qui s'était soustraite aux poursuites dirigées contre sa profession et qui continuait à l'exercer clandestinement. Singulière fatalité pour Saül, qui avait d’abord proscrit toute sorcellerie de son royaume, et qui maintenant était lui-même contraint d'y avoir recours!

C'est avec de sinistres pressentiments que Saül engagea la bataille ; et, comme si son découragement eût gagné ses soldats, l'issue en fut malheureuse. Toutefois les Israélites combattirent vaillamment une journée entière; mais ne pouvant, dans la plaine, tenir tête à la cavalerie et aux chariots de guerre, ils se réfugièrent sur les monts de Gelboé, où les Philistins les poursuivirent et les taillèrent en pièces. Là tombèrent aussi trois des fils de Saül, parmi lesquels le sympathique Jonathan. Saül lui-même se trouva tout à coup isolé, n'ayant à ses côtés que son écuyer, lorsqu'il vit fondre sur lui les archers ennemis. Fuir, il ne le pouvait; il ne voulait pas non plus devenir le prisonnier et la risée des Philistins. Il pria donc son compagnon de le frapper à mort. Mais celui-ci n'osant porter la main sur son roi, Saül se perça de sa propre épée et mourut en roi. L’écuyer suivit son exemple.

La défaite était désastreuse. La fleur de l’armée israélite gisait abattue sur les flancs du Gelboé et dans la plaine de Jezréel. Après s'être reposés pendant la nuit qui succéda à cette chaude journée, les Philistins explorèrent le champ de bataille et dépouillèrent les morts de leurs vêtements et de leurs armes. Parmi ces cadavres, ils trouvèrent ceux de Saül et de ses trois fils. Ils envoyèrent la tête du roi et ses armes dans leur pays, en guise de trophées ; le crâne fut conservé dans un temple de Dagon, l'armure dans un temple d’Astarté, comme souvenirs de cette mémorable victoire. Ils s'emparèrent ensuite des villes situées dans la plaine de Jezréel et dans la région orientale du Jourdain, et mirent garnison dans ces villes, dont les habitants s'étaient enfuis au delà du Jourdain à la nouvelle du désastre de Gelboé. Pour humilier les Israélites, les Philistins suspendirent aux murs de Bethsan le cadavre décapité de Saül et celui de Jonathan. — Il paraïtrait que les Philistins, poursuivant leur victoire, s'avancèrent au sud du mont Gelboé et de Bethsan, et occupèrent toutes les villes importantes. Dans la résidence de Saül, Ghibeath-Saül,

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