JÉRUSALEM DEVIENT CAPITALE
et spacieuses maisons, bâties en bois de cyprès, sinon en bois de cèdre, |
Mais David songea aussi à faire de Jérusalem le centre de la vie religieuse, afin que les regards du peuple entier se portassent de préférence sur cette ville. Il prit donc des mesures pour faire retirer l'arche d'alliance de Kiryath-Yearim, où elle était restée, dans la maison d’Abinadab, depuis son retour de chez les Philistins, et fit dresser une tente d’apparat pour la recevoir. On se racontait que David avait fait vœu de ne pas entrer dans sa maison, de ne pas monter sur son lit, de ne pas permettre le sommeil à ses yeux, qu'il n’eût trouvé une place pour abriter l'arche. Le roi se rendit, avec un nombreux cortège, à Kiryath- Yearim (environ trois lieues nord-ouest de Jérusalem). Beaucoup de Lévites faisaient partie du cortège. L’arche fut placée sur un . Chariot neuf atlelé de bœufs et conduit par deux fils d'Abinadab. Les Lévites entonnèrent des chants, au son de nombreux instruments de musique, et David y prit part avec un vif enthousiasme. Mais un accident funeste, survenu pendant le trajet, effraya David, qui n’osa introduire l'arche dans Jérusalem, craignant qu'elle ne portàt malheur aux habitants comme autrefois aux Philistins. Pourtant, l'individu chez qui on l'avait déposée l'ayant logée trois mois impunément, David se décida de nouveau à la transférer dans le Sion; seulement elle ne devait plus être voiturée, mais portée à bras par des Lévites. Au milieu d’un grand” concours de peuple, avec des acclamations bruyantes, des instruments de musique et des danses, elle fut introduite dans la tente qui lui était destinée. Le roi lui-même, oubliant sa dignité, avait chanté et dansé devant l’arche avec enthousiasme, sur quoi sa femme Michal lui reprocha amèrement de s’être donné en spectacle comme un homme de rien.
Par la présence de l’arche, la nouvelle ville de Jérusalem monta au rang de ville sainte, comme précédemment Silo. Siège d'un culte, il lui fallait maintenant un prêtre ou une compagnie de prêtres. Aÿiathar, ce fidèle compagnon de David dans ses pérégrinations, était naturellement désigné comme grand prêtre de l'arche sainte à Sion. Toutefois, il existait encore un grand prêtre à Gabaon, installé par Saül après l'extermination de la
famille d'Héli à Nob. Le laisser absolument à l'écart, c'était provoquer la discorde. David se décida donc à le reconnaitre également comme grand prêtre, de sorte que les deux hommes fonctionnèrent au même titre : Abiathar à Jérusalem, et Sadoc à Gabaon. Il était naturel que David, disciple des chœurs de Lévites, lui-même poète et musicien, désirât introduire, à l'exemple de Samuel, des psaumes avec chœurs daus les offices solennels. Lui-même composait des cantiques de circonstance, lorsque son cœur, à la suite d’une victoire ou de quelque autre événement heureux, s’exaltait dans un transport de reconnaissance envers Dieu et d'enthousiasme poétique. C'est lui, sans doute, qui a créé cette forme de poésie intime et pieuse. À côté du psalmiste couronné, on nomme encore d'autres poètes et musiciens, ses contemporains : Asaph, Héman, petit-fils de Samuel, et Fedouthoun. C'est d'eux qu'étaient issus les « fils d'Asaph » et les « fils de Coré », qui ont acquis, à côté de David, un grand nom dans la littérature lyrique. Le culte spirituel, inauguré par Samuel, reçut de David une assiette solide et durable: et, bien que lui aussi rendit hommage au culte cérémoniel, il conféra une importance égale au chant des psaumes, qui saisit et élève l’âme. En un temps où, chez les autres peuples de la terre, la poésie venait à peine de naître, elle constituait déjà, en Israël, un élément essentiel de l'adoration divine.
Si David, au point de vue religieux, a été le fondateur d'un culte épuré, il a aussi, au point de vue moral, créé un État ayant la justice pour base. Il rendait la justice en personne, écoutait, sans se lasser, les débats des particuliers ou des familles, et rendait ses arrêts avec une stricte impartialité. Son trône n’était pas seulement le siège auguste de l’autorité et de la force, c'était aussi celui de la justice et de l’équité. David est resté, pour la postérité, le roi modèle, dont le trône a été le soutien du droit et le régulateur de la paix sociale. Par lui, Jérusalem devint la ville idéale où la saine piété et l’austère justice avaient trouvé leur centre.
Grâce à tous ces mérites, — l’affranchissement de la domination philistine, la sécurité reconquise, le règne de la justice, — David redevint ce qu’il avait été jadis, l’idole du peuple. L'affection et la fidélité lui arrivèrent d’elles-mêmes, sans contrainte.