‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 4 sur 144 · MŒURS DES ÉGYPTIENS · texte numérisé non relu

MŒURS DES ÉGYPTIENS

et d’abominable dans leur mythologie, c'est qu'ils allaient chercher bien au-dessous de l'homme ces êtres à qui ils rendaient hommage et dont ils imploraient l'assistance. Ils donnaient à leurs dieux des formes bestiales et adoraient de vils animaux comme des puissances célestes.

Voilà quel culte abject les Israélites rencontrèrent en Égypte et eurent-journellement sous les yeux. Une telle aberration ne pouvait avoir que de fàâcheuses conséquences. Quand l'homme voit dans la brute une divinité, il descend lui-même forcément au niveau de la brute; aussi est-ce en brute que le peuple était traité par les rois et par les castes supérieures, celles des prêtres et des guerriers. Nul respect pour l’homme, nul souci de la liberté des indigènes, encore moins de celle des étrangers. Les pharaons se vantaient de descendre des dieux, et, comme tels, ils étaient déjà divinisés de leur vivant. Tout le pays était à eux; à eux, la population entière. S'ils laissaient aux laboureurs un coin de terre pour le défricher, c'était pure générosité de leur part. À proprement dire , il n’y avait point de peuple en Égypte, il n’y avait que des serfs. Le roi contraignait des centaines de mille hommes à des corvées pour les constructions colossales des temples et des pyramides. Quant aux prêtres égyptiens, ils étaient dignes des rois, dignes de leurs dieux. Que les pharaons accablassent le peuple des plus durs travaux, ils n’en étaient pas moins proclamés demidieux par les prêtres. Sous un tel régime le peuple dut perdre tout sentiment de dignité, dut fatalement s'abrutir; il s’accoutuma à un dégradant esclavage et ne fit jamais la moindre tentative pour secouer ce joug de fer.

La honteuse idolâtrie des Égyptiens les conduisit à des écarts plus honteux encore. La notion de chasteté leur devint absolument étrangère. Les animaux étant réputés dieux, partant supérieurs à l’homme, avoir commerce avec eux était chose ordinaire, qui n’entraînait ni punition ni déshonneur. On représentait les dieux dans les poses les plus impudiques ; les hommes étaient-ils tenus de valoir mieux que leurs divinités?

Rien n’est contagieux comme la sottise et le vice. Les Israélites, surtout ceux qui frayaient de plus près avec les Égyptiens, adoptèrent insensiblement les turpitudes et les dérèglements, consé-

DES CR RREE

Tr.

quencc de l'idolätrie. À cela se joignit encore une violente pression ‘extérieure. Longtemps les Israélites étaient restés libres dans le pays de Gessen, n’étant considérés que comme des nomades qui ne faisaient qu'alleret venir. Mais comme après des années, après un siècle, ils étaient toujours là, qu'ils s'étaient même multipliés, des conseillers d'un roi virent de mauvais œil cette indépendance, que ne possédaient pas les Égyptiens eux-mêmes. Afin d'y obvier, on déclara les Isradlites, eux aussi, serfs ou esclaves, et on les -astreignit à des corvées. C'est ainsi que cette province de Gessen, où naguère ils avaient vécu libres, se changea pour eux en -« maison d'esclaves », en « creuset de fer » où ils devaient être mis à l'épreuve et montrer s’ils sauraient persévérer dans leur doctrine héréditaire ou s'ils adopteraient les dieux du pays étranger. La plus grande partie des tribus ne résista point à cette épreuve. Elles avaient bien une vague conscience du Dieu de leurs pères, si différent des divinités égyptiennes; mais cette faible et confuse lueur s'effaçait de jour en jour. Le penchant à l'imitation, l’op- Pression rigoureuse et le dur labeur de chaque jour achevèrent de les hébéter, et éteignirent dans leur sein la dernière étincelle de la lumineuse doctrine des ancêtres. Dans leur rude esclavage,

ces malheureux ne savaient que faire d’un dieu invisible, qui ne

‘vivait que dans leurs souvenirs. Ils levèrent donc les yeux, à l’imitation des Egyptiens leurs maîtres, vers ces divinités visibles qui,

après tout, se montraient si propices à leurs bourreaux et les

comblaient de bénédictions. Ils adressèrent leurs hommages au -dieu-taureau Apis, qu'ils appelaient Air, et ils sacrifièrent aux boucs. La vierge d'Israël, devenue jeune fille, se prostitua à un <ulte impur. Ils croyaient sans doute, sous la forme d'un grossier ruminant, honorer le Dieu de leurs pères : une fois que l’imagimation s’affole et s'égare, de quelles monstruosités n'est-elle pas -Capable? La race juive aurait sombré dans l'abjecte idolâtrie et dans la dépravation égyptienne, si deux frères et leur sœur, instruments inspirés d'une puissance supérieure, n’eussent arraché Israël à cette funeste apathie : j'ai nommé Moiîse, Aaron et Miryam. |

En quoi consistait la grandeur de ces trois personnages? quelles forces secrètes agissaient en eux, et leur donnaient le pouvoir de

Page 1