‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 5 sur 144 · MOÏSE · texte numérisé non relu

MOÏSE

préparer une œuvre d'émancipation dont les sublimes effets ne devaient se borner ni à leur peuple ni à leur temps? Les annales de l’histoire nous ont conservé trop peu de données personnelles sur Moïse, moins encore sur son frère et sa sœur, pour que nous puissions comprendre, humainement parlant, par quels degrés leur intelligence s’éleva de la lueur crépusculaire de l'enfance au plein épänouissement de la lumière intuitive. Ce trio fraternel appartenait à la tribu que la supériorité de ses connaissances désignait pour le sacerdoce, à la tribu de Zéve. Sans aucun doute, cette tribu, ou du moins cette famille, avait conservé plus fidèlement le souvenir des patriarches, de leurs doctrines traditionnelles sur Dieu, et elle s'était préservée de l'idolätrie des Égyptiens et de leurs abominations. Aaron, Moïse et Miryam naquirent donc et grandirent dans une atmosphère morale et religieuse plus pure. Au sujet de Moïse, le document historique raconte que sa mére cacha pendant trois mois le nouveau-né, avant de l’exposer dans les eaux du Nil pour obéir à l’édit du roi. On ne peut guère douter que le jeune Moïse n'ait connu la cour du pharaon à Memphis ou à Tanis (Zsoan). Sans doute aussi, avec sa vive intelligence, il s'assimila les diverses sciences dont l'Égypte était le foyer. Le charme de sa personne et les rares facultés de son esprit durent lui gagner tous les cœurs ; mais ce qui le parait mieux encore que les avantages physiques et intellectuels, c'était sa douceur et sa modestie. « Moïse était l'homme le plus doux qui fût sur la terre », tel est le seul éloge que lui décerne l’histoire. Ce qu'elle vante en lui, ce n'est ni l’héroïsme ni les exploits guerriers, c'est l'abnégation, c’est la passion du sacrifice. La doctrine abrahamique d’un Dieu ami de la justice devait lui inspirer de l'horreur pour la hideuse idolâtrie dont il était témoin, et un profond dégoût des mœurs corrompues qui en étaient le fruit. La débauche éhontée, l’asservissement d’un peuple entier par un roi et des prêtres, l'inégalité des conditions, l’abaissement de l’homme au niveau de la brute et plus bas encore, les vices de l’esclavage, il put apprécier toutes ces pernicieuses horreurs, dont la contagion avait déjà gagné sa race.

Toute injustice avait dans Moïse un ennemi déclaré. Le cœur lui saignait à voir les enfants d'Israël voués à la servitude et sans

cesse exposés aux sévices des plus vils Égyptiens. Voyant un jour un de ces hommes frapper injustement un Hébreu, il ne put maitriser son indignation et il châtia le coupable. Puis il eut peur d’être découvert, s’enfuit de l'Égypte et gagna le désert. Il s’arrêta dans une oasis, aux environs de la chaîne du Sinaï, où demeurait une tribu de Madianites. Là, comme naguère en Égypte, il fut témoin d’un acte de violence, et là encore, animé d’un saint zèle, il vint en aide à de faibles bergères. Ce service lui valut la reconnaissance du père des jeunes filles, un cheikh ou prêtre madianite, dont l’une des filles devint sa femme. Il embrassa dans ce pays la vie pastorale. Là, dans l'isolement et la solitude, entre la mer Rouge et la Palestine, tandis qu’il cherchait pour les troupeaux de son beau-père un pâturage propice, l'inspiration prophétique le saisit.

Qu'est-ce que l'inspiration prophétique? Jusqu'à présent, ceux-là mêmes qui ont pénétré plus avant dans les mystères de l'univers et de l'âme, — ce petit monde qui embrasse le grand, — ceux-là, dis-je, en ont bien quelque soupçon, mais nulle idée claire. Le domaine de l'âme renferme des coins obscurs, qui restent impénétrables au regard du plus profond penseur. Mais on ne saurait nier que l’esprit humain, même sans le secours des organes physiques, ne puisse apercevoir de loin le mystérieux enchaînement des choses et le jeu des forces diverses. En vertu d’une faculté interne encore inconnue, les hommes ont découvert certaines vérités qui ne sont pas du ressort des sens. Cela prouve que l'âme possède certainès facultés qui dépassent le cercle des sensations et du jugement, qui ont la puissance de soulever le voile de l'avenir, de découvrir des vérités transcendantes, utiles à la conduite morale de l'homme, et même d'entrevoir quelque chose de l'Étre incompréhensible qui a combiné les forces de l'univers et qui en maintient le jeu. Sans doute les âmes vulgaires, préoccupées des soins de la vie matérielle, n’ont pas cette puissance. Mais une âme exempte d'égoïsme, supérieure aux appétits et aux passions, vierge des scories de la matière, une âme uniquement absorbée dans l’idée divine et aspirant exclusivement à la perfection morale, pourquoi une telle âme n'’obtiendrait-elle pas la révélation de vérités morales-et religieuses ? Pen-

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