‹ Histoire des Juifs (volume 2)Chapitre 43 sur 144 · DAVID ET LE PROPHÈTE NATHAN · texte numérisé non relu

DAVID ET LE PROPHÈTE NATHAN

sonne du roi. Cette fidélité ne faisait pas l'affaire de David. Il s'avisa donc d’un autre expédient, mais qui n'était rien moins qu’un crime. Puisqu'il ne pouvait, lui, sauver son honneur, Urie ne pouvait vivre. Il l’envoya donc au camp avec une lettre à Joab, où il lui ordonnait d’assigner au porteur, lors des sorties des . Ammonites, le poste le plus périlleux, où il était exposé à une . mort certaine. Cette prévision se réalisa: Urie tomba percé par une flèche ammonite. Bethsabée porta, selon l'usage, le deuil de son époux, après quoi David la prit pour femme, etelle lui donna un fils.

Dans tout autre pays, des fantaisies royales de ce genre n’auraient provoqué chez les courtisans que des chuchotements fort discrets; on les eût à peine blâmées et, en tout ças, bientôt oubliées. Quant au peuple, tout au plus une vague rumeur en serait-elle arrivée jusqu’à lui. Que s’est-il passé, après tout? Urie est mort en combattant : qui sait par quelle volonté? Joab seul. Sa veuve Bethsabée avait été admise dans le harem : qui pouvait s’en scandaliser? Il lui était ñé un fils. peut-être quelques mois trop tôt : qui aurait voulu vérifier le compte des mois? L’enfant pouvait passer pour un fils posthume d’Urie. —Mais, dans l'État israélite, il y avait un œil habile à percer les plus savantes ténèbres, et une conscience qui prenait une voix pour accuser le pécheur, ce pécheur eût-il été roi! Cet œil perçant, cette conscience vigilante et inexorable, c'était le prophétisme. C'était même là sa plus belle mission, de ne pas encourager le crime par de läches ménagements et par une complaisance coupable, de le montrer, au contraire, dans sa brutale réalité pour le flétrir. David pouvait croire que Bethsabée seule était dans le secret de l'adultère, que le seul Joab était initié au meurtre d'Urie. Brusquement, et à son grand effroi, il fut tiré de cette illusion.

Un jour, le prophète Nathan se présente à ses yeux, et demande la permission de lui transmettre une plainte. Tranquillement il lui raconte une parabole : Dans certaine ville existait un riche, possédant de nombreux troupeaux ; 1l avait un voisin pauvre, ayant pour tout bien un petit agneau qu'il avait élevé et qu'il aimait tendrement. Un jour, un étranger arriva chez l'homme riche; celui-ci, voulant le traiter, mais trop avare pour se priver

d’une de ses bêtes, déroba l'agneau du pauvre et le servit à son ami... À ce récit, le cœur honnête de David se révolte, et il s’écrie indigné : « Ce mauvais riche mérite la mort! Tout au moins doit-il payer au quadruple l'agneau qu'il a volé! » Le prophète lui répond : « CET HOMME, C'EST TOI-MÈME! »

Tout autre roi eût assurément châtié l'audacieux censeur qui osait dire la vérité à une tète couronnée, au représentant de Dieu sur la terre. David, le disciple du prophète Samuel, accepta humblement ja leçon, et, courbé par le repentir, il dit : « Oui, j'ai péché. » Sans aucun doute, il n’épargna ni les prières ferventes, ni les mortifications, ni les sacrifices expiatoires, pour obtenir de Dieu le pardon de ses méfaits. Quoi qu'il en soit, l'enfant conçu dans le péché mourut peu après, bien que David se fût consumé dans les larmes et le jeûne pour que Dieu le lui conservât. Bethsabée lui donna depuis un second fils, qu'on appela Fedidya et Salomon, et qui devint le favori de son père.

Toutefois, si Dieu pardonna à David ses actions criminelles, les hommes ne l'amnistièrent point, et elles eurent des suites fâcheuses pour son repos. Bethsabée était fille d'Éliam, un des guerriers héroïques de David, et petite-fille de son conseiller, Achitophel. Celui-ci jugea son honneur offensé par la conduite de David envers sa petite-fille, et ne lui pardonna jamais. Il se tut cependant et garda sa haine au plus profond de son cœur; mais il n'attendait que l’occasion d’en faire sentir les effets au roi. David fit tout au monde pour l’apaiser. 11 éleva au premier rang, comme reine, la femme qu'il avait déshonorée ; il lui promit en confidence que l'enfant né d'elle serait l'héritier de son trône, et confirma cette promesse par un serment solennel : tout cela pour complaire à Achitophel, dont les conseils lui étaient précieux, et pour le désarmer par la pensée de voir un jour son descendant assis sur le trône d'Israël. Mais Achitophel resta inflexible. Pour compliquer encore la situation, un triste incident survint dans la maison de David qui acheva d'empoisonner ses dernières années.

Son fils aîiné Awnon, qui se croyait sûr de lui succéder et autorisé à tout se permettre, aimait passionnément sa belle-sœur Thamar, fille de Maacha de Gessur et sœur d'Absalon; mais il

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