L'EFFET DES VICTOIRES DE DAVID
humble et modeste après le succès, sans ombre de vanité ni d'orgueil. Il n'éleva point de monument pour célébrer ses triomphes, comme avait fait Saül; loin de là, il était persuadé, de même que son illustre général Joab, que Dieu seul lui avait donné la victoire. Cette confidnce en Dieu qu'on met dans la bouche de David allant combattre le géant Goliath : « Dieu est l'arbitre de la guerre, et il peut donner la victoire sans lance ni épée », il la. manifesta dans toutes ses héroïques épreuves. David exprime cette pensée fondamentale dans un psaume {le XVII): chanté probablement devant l’arche après cette période de guerres, et où il jette an regard rétrospectif sur tout son passé.
Deux pensées connexes, nées de ces grandes victoires, sont entrées si profondément dans la consciencé du peuple, qu’elles ont eu une action décisive sur tout son avenir. La première, entre autres formes variées, s'exprime ainsi :
Le salut du roi ne repose pas sur une grande armée, Ni celui du héros sur sa force personnelle ; Vaine ressource que le coursier pour donner la victoire!
« Dieu seul dirige la guerre et l’achève, décide la victoire ou ‘la défaite, et son assistance ne dépend pas du nombre des batail- Jlons.» — La seconde pensée, étroitement liée à la précédente, c'est Ja conviction que Dieu, lorsque Israël s'arme pour sa cause, fait toujours triompher ses légions, pour la gloire de son propre nom ou pour le salut de son peuple. C'est en conséquence. de cette pensée que le Dieu d'Israël a été désigné d'un nom particulier et tout à fait caractéristique ; on l’a appelé le « Dieu des armées » (Yhvok Tsebaoth), celui qui les fait triompher dans les combats. Depuis, au début de toute guerre, on invoqua le Roi Tsebaoth, et les légions d'Israël marchèrent au combat avec la pleine assurance qu'elles ne pouvaient succomber. Dans la suite des.temps, cette même assurance a enfanté des prodiges.
Autant David traitait avec rigueur les divinités des peuples vaincus, parce qu'il voyait en elles une source de corruption, autant il se montrait, après la victoire, clément à leurs adora-
teurs. Les Moabites seuls furent par lui durement châtiés et les Ammonites astreints au servage, tandis qu'aux autres peuples subjugués il imposait un simple tribut; on peut en conclure que les premiers étaient particuliérement coupables. Les peuplades étrangères établies dans le pays ne furent Pas inquiétées : tels les Jébuséens à Jérusalem, tels les Cananéens et les Héthéens dans d’autres provinces. Aussi, maints étrangers ou indigènes, d'origine non israélite, venaient grossir le nombre de ses vaillants ou lui amenaient des troupes. Le Héthéen Urie, l'un des trente héros de David, et qui devait être mêlé un jour à la destinée de ce roi, éprouvait un attachement profond pour la nationalité israélite. |
Cependant, la joie causée par cette brillante situation ne resta pas longtemps sans nuage. Le bonheur des États, comme celui. des individus, est rarement durable ; il faut qu’aux jours de soleil succèdent des jours sombres, pour que les facultés humaines ne s’engourdissent pas. Un seul faux pas de David lui coûta non seulement la paix et la sérénité de l’âme, mais compromit jusqu'aux fondements de l'État, édifiés par lui avec tant d'efforts. A son retour de l'expédition contre les Araméens, comme il se reposait des fatigues de la guerre, pendant que Joab, avec ses troupes et la phalange des héros, recommençait la campagne interrompue contre les Ammonites, David, de la terrasse élevée de son palais, où il gpûtait la fraicheur du soir, aperçut une belle femme qui se baignait. C'était la femme d’un de ses plus fidèles guerriers, du Héthéen Urie. Les maisons de ses braves étaient bâties sur le Sion, à proximité de son palais, et c'est ainsi que son regard rencontra la séduisante Befhsabée. Saisi, à cette vue, d'une passion violente qu'il ne sut pas maîtriser, il lui manda de venir le trouver. Elle obéit, et crut peut-être ne pouvoir rien refuser à son roi. Quelque temps après, informé par Bethsabée des conséquences de cet adultère, David songea à sauvegarder son honneur et n'aboutit ainsi qu’à aggraver son tort. Il fit venir Urie du camp de Rabba à Jérusalem, lui fit l’accueil le plus amical et lui permit de rentrer chez lui, d'y goûter le repos et les douceurs de la vie conjugale. Mais Urie, au lieu d’user de la permission, préféra passer la nuit à l'entrée du palais, avec les satellites attachés à la per-