CONJURATION D'ABSALON ET D'ACHITOPHEL
expliqua qu'il voulait faire l'acquisition de la colline, afin d’y ériger un autel, et il refusa l'offre gracieuse d’Arna, qui voulait lui faire don de la place et de ses dépendances. Un autel fut érigé en toute hâte, un sacrifice offert, et immédiatement le fléau cessa de sévir dans Jérusalem. La colline de Moria passa depuis lors pour un lieu privilégié, inaccessible au malheur, étant d’ailleurs le même où jadis Abraham avait voulu offrir son fils Isaac en holocauste.
Mais cette mortalité attira à David la désaffection du peuple, qui lui imputa le trépas de ces milliers d’infortunés frappés par « l’ange de la destruction ». Achitophel tira parti de cette désaffection pour se venger de David, et c'est Absalon qui fut l’instrument de cette vengeance. Il concerta avec lui un plan de conjuration, qui ne pouvait manquer d'aboutir.
___ Absalon envoya sous main des messagers dans toutes les direc-
tions, pour indiquer un signal aux partisans déjà gagnés à sa cause. C’est à Hébron, le chef-lieu de la tribu de Juda, que devait s'organiser et éclater d’abord la révolte contre David. Les Anciens de cette ville étaient déjà acquis à Absalon. Pour donner le change à son père sur le but de son voyage à Hébron, il imagina une fable quelconque, et David le laissa partir sans défiance.
Accompagné de ses amis, de ses gardes et de deux cents notables de Jérusalem qu'il avait invités sous quelque prétexte et qui ignoraient ses desseins, Absalon entra dans Hébron. Ces honnêtes notables contribuèrent, sans s’en douter, à la réussite de son plan. En effet, lorsqu'on vit à Hébron que des personnes considérables de la capitale s'étaient rangées au parti d'Absalon, on jugea que la cause de David était perdue. Achitophel, qui avait trouvé moyen de s'éloigner de la cour, se rendit également à Hébron, se déclara ouvertement pour Absalon, et apporta ainsi un appoint énorme à sa cause, car chacun savait qu’Achitophel était le bras droit de David. La perfide combinaison eut un plein succès. Pendant qu’on offrait des sacrifices, les Hébronites et les autres assistants proclamèrent Absalon roi et se déclarèrent contre David. Des parents même de ce dernier, mus par l'ambition, se mirent du côté d'Absalon; tel fut Amasa, son cousin, qui se croyait un grand homme de guerre et s’imaginait avoir été sacrifié à Joab. Des cour-
riers, envoyés aussitôt dans les différentes villes, y donnèrent au moyen du cor le signal convenu, sur quoi les conjurés se réunirent et crièrent : « Vive le roi Absalon ! » Ils entrainèrent dans leur parti tous ceux qui avaient encore sur le cœur le dénombrement ordonné par David, et ceux aussi qui espéraient trouver quelque avantage dans une révolution et un changement de règne. Les Benjamites, que l'avènement de David avait privés du rang qu'ils devaient à Saül; les Éphraïmites, ces éternels mécontents, durent applaudir particulièrement à la chute de David et accueillir d'autant mieux l’usurpateur qu'ils pouvaient espérer, par le renversement du vieux roi, recouvrer leur ancien crédit ou leur indépendance première. Ils auraient sans doute meilleur marché du vaniteux Absalon, dont la popularité devait être éphémère, qu'ils ne l’avaient eu de David. Un grand nombre de villes des diverses tribus envoyaient des députés à Hébron pour acclamer le nouveau roi, et son parti grossissait de jour en jour. Le complot, on le comprend, fut d’abord dissimulé par ses organisateurs; on ne permit à personne de voyager d'Hébron à Jérusalem, de peur que la chose ne transpirät. Ce n’est donc qu'en apprenant la défection des tribus de la maison de Juda et de celle d'Israël que David connut l’usurpation de son fils. Ce fut pour son cœur un coup douloureux ! Mais son parti fut bientôt pris. Il ne voulait pas exposer le pays à une guerre civile, comme l'y excitaient sans doute les fils dé Tserouya et d’autres partisans fidèles. Abandonné de toutes les tribus, il lui faudrait Ss'enfermer dans sa capitale. Celle-ci ne pourrait résister à l’assaut d’une telle multitude, et — il ne pouvait se faire illusion là-dessus — l’impie Absalon n'aurait aucun scrupule à noyer Jérusalem dans le sang. Ce qui surtout affligeait, accablait David, c'était de voir Achitophel associé à la criminelle entreprise de son fils. Il reconnaissait, mais trop tard, que la conspiration avait été préparée de longue main, que c'était un plan savamment müri, et que toute résistance de sa part n'aboutirait qu’à un désastre. Il annonça donc à ses gens qu'il allait quitter en hâte Jérusalem, avant qu'Absalon y arrivât avec ses nombreux adhérents. David put voir, en cette occurrence, qu'il avait aussi des amis fidèles, dévoués jusqu’à la mort. Lorsqu'il fut arrivé de son palais